Par Julia Itel – Publié le 03/02/2023

Pourquoi et comment les papes changent-ils de nom ? Quelle explication se trouve derrière cette tradition ? Réponse ici.

À qui revient le choix du nom du pape ?

Lorsqu’il est élu par le conclave, c'est-à-dire l’assemblée des cardinaux électeurs, et une fois après accepté sa nouvelle fonction, le pape doit répondre à la question du cardinal doyen (ou protodiacre) : « De quel nom voulez-vous être appelé ? » (Quo nomine vis vocari ?). Le choix de son nom pontifical lui revient ; c'est donc un choix personnel et subjectif. En effet, en tant que chef de l’Église catholique et donc en tant que premier représentant de Dieu sur Terre, le pape n’a plus de supérieur hiérarchique à qui se soumettre. Le pape est donc le seul à choisir son nouveau nom et c'est l’un des premiers actes ritualisant le début de son pontificat. 
 
En savoir plus sur l’élection du pape
Une fois son choix établi, le nouvel Évêque de Rome s’avance sur la loggia de la basilique Saint-Pierre et son nom est proclamé à la foule de fidèles juste après que l’Habemus papam ait été prononcé par le cardinal doyen. 


Pourquoi le pape choisit-il un nouveau nom ?

Le changement de prénom dans l’Église

Dans la tradition judéo-chrétienne et, plus spécifiquement, dans les textes bibliques, changer de nom est un signe de conversion à Dieu, de changement de statut et de mission. Par exemple, dans l’Ancien Testament, Dieu insuffle à Abram son nouveau prénom : Abraham, « le père de tous ». Dans le Nouveau Testament, Simon, un des disciples de Jésus et le premier Évêque de Rome, est renommé Pierre (de l’araméen Kephas qui signifie « roc ») par ce dernier et reçoit la mission d’être « la pierre [sur laquelle Jésus] édifiera [s]on Église ».

De la même manière, dans la tradition monastique, le novice doit choisir un nom religieux au moment de la prise d’habit. Ainsi, ce rituel marque l’entrée dans la vie religieuse du novice et son dévouement en tant que serviteur de Dieu.


Changer son nom de baptême 

Il semblerait que jusqu’au VIe siècle, les papes aient gardé leur nom de baptême. La première mention d’un pape ayant changé son prénom est Jean II, élu pape en 533. Nommé « Mercure », en référence au dieu païen, il le troque pour celui de Jean, un prénom chrétien. 

La pratique se systématise et devient une norme implicite à partir du Xe siècle. Par exemple, en 955, le pape Jean XII abandonne « Octavien » pour le prénom de Jean. Un de ses successeurs, Jean XIV, dont le nom de baptême est Pierre, choisit de changer celui-ci afin de laisser la lumière à saint Pierre, le premier pape de l’Église catholique. La coutume est depuis restée.


Rendre hommage 

Dans la plupart des cas, le pape nouvellement élu choisit son nom de pontificat en référence à l’un de ses prédécesseurs à qui il voue une certaine admiration. Cette coutume est connue sous l’appellation pietas, signifiant « piété ».

Pendant un certain temps, il était commun pour le nouveau pape de choisir son nom en hommage à celui qui l’avait élu cardinal. Plus récemment, les derniers papes ont décidé de faire honneur à l’un de leur prédécesseur récent ou bien en mémoire d’un saint les ayant particulièrement marqués. Par exemple, Paul VI et François ont ainsi rendu hommage respectivement à saint Paul de Tarse et à saint François d’Assise. 
 
À voir « Frère(s) François, un pape en chemin avec François »
Jean Paul Ier, né Albino Luciani, est le premier pape à faire le choix d’un double nom. Il montre ainsi son estime et sa gratitude pour ceux qui l’ont directement précédé, c'est-à-dire Jean XXIII et Paul VI. Paul VI ayant initié le concile Vatican II et donc l’ouverture de l’Église catholique au monde moderne, Jean Paul Ier se place ainsi dans son sillage et marque sa volonté de continuer la mission de son prédécesseur. Mort peu de temps après son élection, son successeur Karol Wojtyla qui a pensé un temps s’appeler Stanislas, comme le saint patron de la Pologne dont il est originaire, a plutôt opté pour Jean Paul II afin de perpétuer le programme souhaité par Jean Paul Ier.

Benoît XVI, quant à lui, salue l’héritage de deux Benoît : saint Benoît de Nursie, qui a fondé l’ordre monastique des Bénédictins, et Benoît XV, ayant œuvré pour la paix durant la Première Guerre mondiale.


Le système de la numérotation

Benoît XIV, XV, XVI… De quand date le système de numérotation ? Jusqu'au VIIIe siècle, lorsqu’un pape choisissait de s’appeler comme l’un de ses prédécesseurs, il rajoutait la mention « junior », « secundus junior », etc. À partir de l’élection de Grégoire III, en 731, les choses sont simplifiées. Désormais, on rajoute seulement un numéro pour différencier les homonymes. 


Quels sont les noms de pape les plus portés ?

Parmi les noms de pape les plus souvent adoptés, on retrouve dans l’ordre: Jean (porté 21 fois), Grégoire, Clément, Benoît, Léon, Innocent et Pie.

Le prénom François n’a jamais été porté par un pape jusqu’à l’arrivée du pape actuel. En rompant la tradition séculaire de porter le nom de l’un de ses prédécesseurs, le pape François – premier pape non européen – souligne ainsi l’influence que saint François d’Assise a eu sur lui dès sa jeunesse et des thématiques qui lui sont chères, tel que son engagement envers les plus démunis et le respect pour la Création.