La spiritualité, qu'est ce que c'est ?

La notion de spiritualité, du latin ecclésiastique spiritualitas est liée, en Occident, à la Religion, à la relation de l’être humain avec son Dieu et le salut de son âme. Elle désigne également la quête de sens, d’espoir, ou de libération. Le chrétien retient le mot Esprit. Nul ne peut revendiquer le monopole de l’Esprit, pour les Chrétiens  qui sont baptisés d’eau et d’Esprit. « Le vent souffle où il veut » (Jean 3,8).

Après avoir remplacé les spiritualités de l’animisme ou du paganisme, les spiritualités juive, chrétienne, musulmane se sont développées pendant plusieurs siècles en Occident, jusqu’au siècle des Lumières. La spiritualité chrétienne est un chemin de Foiqui ne peut être vécue sans la prière fidèle à l’Écriture, mémoire de l’histoire du Peuple que Dieu ne cesse de rassembler, de sauver et de nourrir en Jésus-Christ (Marie- Noëlle Thabut).

Qu'est ce que la spiritualité ?

La spiritualité religieuse, mot d’origine latine, religare, se traduit par relier, attacher, racine du mot religions qui signifie, par extension : se relier à Dieu, au divin à une réalité transcendante. Un lien qui conduirait l'homme à se relier aussi à lui-même, aux autres, à la nature ou à l’univers. L’étymologie latine relegere, « relire », se place dans la perspective d'une nouvelle lecture.

La spiritualité n'est pas limitée à une démarche conceptuelle ou dogmatique. L'expérience spirituelle, ou expérience mystique, est indissociable de la démarche intellectuelle par la recherche d'intériorité, de dépassement des limitations de la condition humaine, ou de connaissance de soi, de sagesse, de transcendance. La spiritualité peut parfois aboutir à des démarches corporelles, émotionnelles et mystiques. Pour certains, le but de la spiritualité est une exploration profonde de l'intériorité, conduisant à l’éveil spirituel, une conversion intime. Différentes pratiques spirituelles sont liées à la pratique religieuse : la méditation, la prière, la lecture de textes sacrés, (lectio divina), l’audition. Le travail manuel ou intellectuel, l'écriture, le chant de musique sacrée, les secours aux nécessiteux, la réflexion, l’engagement dans la société.

Un recueil aux Éditions Facultés Jésuites de Paris, interroge : qu’est-ce qu’une spiritualité chrétienne ? À quelles conditions, la « descente vers la profondeur » peut-elle nourrir une foi plus juste ? Il évoque la quête spirituelle, même la plus personnelle, qui questionne et reprend inlassablement la réflexion théologique, car, au cœur de la foi, la rencontre de Dieu est ce qui met en marche vers Lui et vers l’autre (Christoph Theobald). Peuvent alors s’énoncer quelques critères fondamentaux d’une spiritualité chrétienne aujourd’hui (Bernard Forthomme) : l’accessibilité (dans l’audace filiale), la norme évangélique, la résurrection critique qui met en crise toutes nos complaisances avec la mort, l’affranchissement (dans une vie enracinée intérieurement), la voie de la vie et de la vérité qui atteste en Église. Mais en deçà de cette diversité des approches et des langages, se donne à sentir une même attention à l’homme d’aujourd’hui, de chair, de sang et d’esprit, qui tâtonne pour trouver une vérité, un salut, un dynamisme qui donne sens à sa vie. (coll. « Les Rencontres du Centre Sèvres », 2012)

Les différentes spiritualités

La spiritualité diffère selon les courants spirituels. Pour les Chrétiens, dès la Pentecôte, la manifestation de l’Esprit se fait en toutes langues. Elle va l’être tout au long de la Tradition chrétienne, par la diversité des dons de l’Esprit, créateurs de courants, de familles spirituelles. Pour faire école, un courant spirituel chrétien s’appuie sur des critères précis ; l'accent mis sur un point de la vie chrétienne qui donne une cohérence d’ensemble à la démarche spirituelle. Une manière de prier et d’approcher la mission. Des éléments de pédagogie spirituelle, un choix de textes bibliques préférés, et l’enracinement dans une expérience spirituelle personnelle forte et déterminante.

Parmi ces courants, on note les plus anciens : la spiritualité des ermites une spiritualité d’exception, où l’on quitte tout bien terrestre pour ne penser qu’à Dieu : ascèse, pénitence, pauvreté, obéissance, vie effacée enfouie dans le silence de la solitude qui devient plénitude. Ses grandes figures vont de saint Antoine (251-356) à la chartreuse de saint Bruno (1035-1101). Les Chartreux sont des ermites avec une part de vie commune. Aujourd’hui, les Petites Sœurs de Bethléem sont des ermites. La spiritualité monastique s’institutionnalise ensuite. Née en Gaule date de 361 avec la fondation de Ligugé par saint Martin, elle se développe avec saint Benoît, en 529 ; il établit une règle de vie en monastère qui s’impose progressivement en occident au 9ème siècle. Saint Bernard de Clairvaux au XIIe siècle est l’une des personnalités qui ont marqué l’ordre bénédictin. Le XIIe siècle, période de renouveau économique, est également caractérisé par une effervescence religieuse. Une nouvelle soif de Dieu s’empare d’hommes et de femmes de conditions sociales et d’âges différents. Certains inaugureront de nouveaux chemins spirituels au sein de l’Église ; c’est la spiritualité des mystiques. Un des plus originaux sera le béguinage. Parmi les grandes figures spirituelles : Hildegarde de Bingen. Maître Eckhart, dominicain (1260-1328), a centré son message sur « Dieu vient habiter en nous ». Son œuvre a posé les fondations philosophiques et théologiques. Autre courant, la spiritualité des ordres « mendiants » que le XIIIe siècle voit naître à l’initiative de saints François d’Assise, Dominique, Thomas d’Aquin et Bonaventure. Ces ordres mendiants prônent un retour à un esprit de pauvreté et à la fraternité des origines : les dominicains ou frères prêcheurs, les franciscains ou frères mineurs, les clarisses. Ils quittent le cloître et font du monde à la fois le lieu de leur vie consacrée et le champ de leur mission.

La spiritualité ignatienne est née d’une expérience spirituelle que fait en 1522, Ignace de Loyola et qui oriente sa vie. Il note dans un cahier certaines découvertes qui pourraient aider les autres à faire cette expérience. Ces notes deviendront « Les Exercices Spirituels ». Les idées forces de saint Ignace : confiance dans l’homme, éducation de la liberté, respect des médiations, prise au sérieux du monde comme lieu de la présence de Dieu. La spiritualité ignatienne prépare pour universelle de l’Église des hommes et des femmes qui se veulent, par la grâce de Dieu, pleinement libres et disponibles. Parmi les grandes figures des Jésuites : saint Ignace de Loyola (1491-1556), saint François Xavier (1506-1552).

La spiritualité carmélitaine renouvelle dans l’Ordre le sens de la prière et de la pauvreté. Parmi les grandes figures sont sainte Thérèse d’Avila (1515-1582), saint Jean de la Croix (1542-1591) et plus proches : sainte Thérèse de Lisieux ( 1873-1897), La spiritualité de « l’École Française » correspond au renouveau de la vie chrétienne en France du 17ème siècle. Pierre de Bérulle (1575-1629) est à la source d’un puissant élan spirituel et missionnaire, baptisé à la fin du XIXe siècle « École Française de spiritualité », à laquelle participèrent saint Jean Eudes, saint Vincent de Paul (1581-1660) fondateur des prêtres de la Mission, Louise de Marillac (1591-1660) des Filles de la Charité, et Jean-Jacques OLIER (1608-1657) fondateur de la compagnie de Saint Sulpice. Il s’ensuit les courants de la spiritualité salésienne, la spiritualité missionnaire, la spiritualité foucauldienne, la spiritualité « au cœur des villes » avec Madeleine Delbrêl (1904-1964) et enfin la spiritualité conjugale guidée par les équipes Notre-Dame.

 

Domitille BLANC TAVERNIER