Par Julia Itel – Publié le 28/02/2023

Ensemble, les sept péchés capitaux forment un système de classification du mal. Pourquoi dit-on qu’ils sont « capitaux » ? Quels sont-ils ? 

D’où viennent les 7 péchés capitaux ?

Les Pères du désert

Dès les premiers siècles du christianisme, dans la volonté de marcher dans les pas du Christ et de préparer l’avènement du monde nouveau, de nombreux individus décident de se retirer du monde et d’aller dans le désert (Égypte, Palestine, Syrie, Turquie). C'est le début du courant ascétique. Si certains choisissent la solitude (on les appelle « anachorètes » ou « ermites »), d’autres préfèrent toutefois la vie en groupe ; ce sont les cénobites. Le courant cénobitique s’institutionnalise entre le IIIe et le IVe siècles. On assiste alors à l’essor du monachisme et au développement d’une pensée doctrinale et théologique incarnée par les Pères du désert

Parmi ceux-ci, Evagre le Pontique (345-399), un moine ayant vécu à la fin du IVe siècle dans le désert égyptien, observe ses frères et comprend que l’âme humaine – et même celle de l’ascète – est souvent dominée par des passions. Il souhaite, pour les membres de sa communauté, encourager la croissance spirituelle en atténuant les tentations qui assaillent les moines. Il écrit ainsi un traité pratique énumérant les huit maladies de l’âme : la gourmandise, la luxure, l’avarice, la tristesse, la colère, l’acédie, la vaine gloire et l’orgueil. 

La liste est reprise par Jean Cassien (365-435), un contemporain d’Evagre, dans son recueil Institutions cénobitiques, aux livres V-XII, qui définit les règles et pratiques propres à la vie monastique (et qui seront reprises plus tard par Benoît de Nursie). Aux « huit vices » entravant le chemin spirituel, il oppose la vertu de l’humilité.

Grégoire le Grand

Grégoire Ier (540-604), dit Grégoire le Grand, est le 64e pape de l’Église catholique et l’auteur de plusieurs œuvres patristiques majeures. Dans son ouvrage Morales sur Job, il poursuit la réflexion théologique initiée par Evagre et Cassien sur les vices de la psyché humaine. Il opère plusieurs changements.

D’abord, il place au-dessus de tous l’orgueil, « la racine du mal tout entier » comme il l’écrit, mère de tous les autres vices. D’autre part, il réduit leur nombre à sept et supprime l’acédie, qu’il associe à la tristesse. Enfin, il souhaite exporter ce système de classification du mal hors du monastère pour l’intégrer à l’ensemble de l’Église. La théologie du péché et donc de la lutte contre les tentations va alors prendre une ampleur considérable au Moyen Âge.


Succès médiéval

Si elle est, dans un premier temps, réservée aux moines, la notion de péché capital s’étend ensuite aux laïcs. En effet, auparavant publique, la repentance s’individualise par la pratique de la confession, rendue obligatoire lors du concile de Latran, en 1215. Le chrétien est désormais invité à faire, au moins une fois par année, son examen de conscience

La théorie des péchés capitaux (et de la notion subséquente d’enfer) imprègne la culture théologique et culturelle de cette période comme le prouvent une importante production d’écrits ecclésiastiques et littéraires (comme La Divine Comédie de Dante, 1306-1321) et artistiques. L’iconographie médiévale, dépeignant le type d’individus soumis à ses pulsions, sert notamment à inciter le chrétien à se confesser.

À voir « Y a-t-il un péché que Dieu ne peut pas pardonner ? »

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Pourquoi les 7 péchés sont dits « capitaux » ?

Contrairement à ce que l’on pense, les péchés capitaux ne sont pas forcément les plus graves. « Capital » vient du latin caput, qui signifie « tête ». Ainsi, les péchés capitaux sont ceux à la tête, à l’origine, d’autres vices ; c'est-à-dire, ceux qui donnent naissance à plusieurs autres péchés. 

C'est Saint Thomas d’Aquin (1225-1274) qui, dans Somme de théologie (1266-1273), élabore la doctrine des vices capitaux (il n’utilise pas encore le terme « péché »). Selon lui, les vices capitaux sont des dispositions morales à l’origine du mal car elles engendrent d’autres vices. Pour grandir moralement et spirituellement, il convient alors d’aller à la racine du mal. Par exemple, la colère peut engendrer une dispute, voire, dans les cas les plus graves, un meurtre. Dans ce cas-ci, on voit bien que le meurtre est plus grave que la colère, dont il est originaire. Il s’agit donc des pulsions qui poussent les humains à faire de mauvais choix.


Quels sont les 7 péchés capitaux ?

Mais, qu’est-ce qu’un péché au juste ? Saint Augustin le définit comme « toute action, parole ou convoitise contre la loi éternelle ». Depuis Saint Thomas d’Aquin, sept péchés capitaux sont retenus. Les voici :


L’orgueil

D’après Grégoire le Grand, puis Thomas d’Aquin à sa suite, l’orgueil est le plus « capital » des péchés capitaux. Il est celui responsable de tous les autres. En effet, Adam et Ève – responsables de la chute originelle de l’homme – n’ont-ils pas justement péché par orgueil ? Ceux qui ont voulu être « comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal » (Gn 3, 5) ont ainsi oublié leur condition d’humain et ont cru, un instant, pouvoir supplanter le pouvoir de Dieu… 

L’orgueil, c'est donc un excès de vanité, de contentement de soi qui pousse l’individu à se passer de l’aide de Dieu. C'est se croire tout puissant, supérieur aux autres et à Dieu. 


La gourmandise

La gourmandise, ou plutôt la gloutonnerie, est le fait de manger (et boire) avec excès ; c'est le désir immodéré de nourriture. La gourmandise nous questionne sur la maîtrise que nous avons de nous-mêmes. Rappelons que la doctrine des vices capitaux est née au sein du courant monastique. Les moines devaient pratique l’ascèse et donc la modération (voire la restriction) de prise de nourriture. Appliqué à l’ensemble des chrétiens, le péché de la gourmandise peut éloigner le croyant des nourritures spirituelles.


La luxure

La luxure est la recherche effrénée des plaisirs sexuels. Contrairement à l’amour qui est don de soi et partage avec l’autre, la luxure entraîne l’appropriation, la consommation, du corps de l’autre pour son seul plaisir. 


L’avarice

L’avarice implique un rapport à l’argent et aux biens matériels immodéré. C'est lorsque ce que l’on a n’est jamais assez, qu’il en faut toujours plus. Elle peut être liée à l’avidité et à la rapacité. Ici, le dieu « argent » remplace l’amour véritable qu’incarne Dieu.


La paresse

Autrefois nommée « acédie » (paresse spirituelle), la paresse questionne notre rapport à l’effort qu’il soit matériel ou spirituel. C'est le goût excessif pour l’oisiveté, le désœuvrement. C'est gâcher le potentiel qui est en chacun de nous au profit de l’indolence et de la passivité.


La colère

La colère est une réaction émotionnelle instinctive et violente qui peut se retourner contre soi et contre les autres. Elle peut être à la fois physique, verbale et silencieuse. Une colère excessive, empêchant tout contrôle de soi, peut parfois entraîner des actions criminelles, tel qu’un meurtre.


La jalousie

La jalousie, enfin, représente une incapacité à se satisfaire de ce que l’on a et à envier l’autre pour ce qu’il a et que je n’ai pas. La jalousie résulte d’une frustration, d’un manque qui peut être vécu comme humiliant.