Par Julia Itel – Publié le 15/07/2022

Qui sont Adam et Ève ?

D’après le Livre de la Genèse, Adam et Ève sont les deux premiers humains à avoir vécu sur Terre. Créés par Dieu, ils sont donc respectivement le premier homme et la première femme et sont à l’origine de l’humanité tout entière.  
 

Quelle est l’histoire d’Adam et Ève ?

La création du monde (Gn 1 et 2)

Le mythe de la « naissance » du premier humain est divisé en deux sections. Le Livre de la Genèse (chapitre 1) s’ouvre sur le récit de la Création de l’Univers qui s’est faite en six jours. Dieu, après avoir créé le ciel et la terre, les eaux et les animaux, crée ensuite Adam, le premier homme. Dieu le fait « à son image » ; il est donc parfait dès ses origines. Il le crée également « homme et femme » (Gn 1, 27), c'est-à-dire que sa nature est mixte. Le septième jour, Dieu se repose.

Le deuxième récit de la Genèse se préoccupe moins de l’origine de la Terre et davantage de l’homme. La Terre est encore vierge de végétation et Dieu pense qu’il serait bon de créer un homme pour travailler son sol, ce qui donne également à ce dernier une action créatrice. À partir d’une source d’eau et de la poussière, il modèle le premier homme, Adam (« homme »), dont l’étymologie vient de l’hébreu adama, « argile ». De cette matière d’abord inerte, il insuffle ensuite « dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant » (Gn 2, 7) : l’homme est donc à la fois d’origine terrienne, né de la glaise, mais également un être divin, portant en lui le souffle de Dieu.

Le Seigneur le place ensuite dans le jardin d’Éden, un endroit merveilleux où poussent toutes sortes d’arbres aux fruits délicieux qu’Adam a le droit de goûter, à l’exception de ceux de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, sous peine de mourir. Dieu reconnaît qu’il faut à l’homme un compagnon. Il crée donc les animaux et laisse Adam les nommer. Mais leur aide n’est pas suffisante. Alors, Dieu crée un être à partir d’Adam lui-même. Il l’endort et façonne, à partir d’une de ses côtes, la femme. Lorsqu’Adam la voit, il s’exclame : « Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! ». Il lui donne le nom d’Ishsha, celle « qui fut tirée de l’homme – Ish » (Gn 2, 23). 

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Ève a-t-elle été créée à partir de la côte d’Adam ?

Cette citation a fait l’objet de nombreuses polémiques et son interprétation dépend, finalement, de la traduction choisie. D’après l’historienne et théologienne Cristina Simonelli qui a écrit Ève. La première femme (2022), le terme hébreu employé initialement est tselah, qui peut être traduit par « côté, hanche » et éventuellement « moitié ». Dans le Septante, la traduction grecque de la Bible, tselah a été traduit par pleura, qui signifie « hanche ». Puis, dans la traduction latine, c'est le terme costa, « côte », qui lui est préféré et qui, éventuellement.

Cette différence de traduction détermine donc la manière dont on peut voir la naissance de la femme. Si l’on reprend le mot hébreu, tselah, on peut donc considérer que la femme a été proposée par Dieu comme la moitié de l’homme. Issue de sa propre chair qui a été dédoublée, Ishsha est donc offerte à Adam comme son égale compagne, celle avec qui il va pouvoir se lier dans l’amour. 


La chute (Gn 3)

Le serpent, décrit comme le plus rusé des animaux, tente la femme en lui assurant que si elle mange le fruit de l’arbre défendu « [ses] yeux s’ouvriront, et [qu’ils seront] comme des dieux, connaissant le bien et le mal » (Gn 3, 5). La femme réfléchit, se dit qu’il serait agréable de manger ce fruit puisqu’il donne l’intelligence. Alors, elle le goûte puis l’offre à son mari. Prenant soudain conscience de leur nudité, ils se vêtissent de feuilles de figuier. 

Puis, Dieu interpelle Adam et lui demande où il se trouve, car le couple a pris peur et s’est caché. Le premier homme lui révèle qu’ils ont été trompés par le serpent et qu’ils ont désobéi. Dieu punit alors le serpent à ramper et à manger de la poussière pour le reste de sa vie. Il condamne ensuite la femme à enfanter dans la douleur et à être soumise à son mari ; et l’homme au labeur et à devenir mortel : 

« C'est à la sueur de ton visage que tu gagneras ton pain, jusqu'à ce que tu retournes à la terre dont tu proviens ; car tu es poussière, et à la poussière tu retourneras. » (Gn 3, 19) 

Ils sont ensuite chassés du jardin d’Éden, désormais gardé par deux anges armés. La transgression de l’homme et de la femme envers l’interdit leur fait ainsi changer de statut : ils deviennent mortels et donc spécifiquement humains. C'est ainsi qu’Adam donne à son épouse le prénom d’Ève (hébreu Havvah), qui signifie « la vivante », car elle est la mère de tous les vivants, de tous les humains qui naîtront après eux. Après s’être unis sexuellement, Ève donne naissance à trois fils : Caïn, Abel et Seth. Avec eux s’ouvre l’histoire humaine.

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Le fruit défendu est-il une pomme ?

Là encore, il s’agit sans doute d’une erreur de traduction. La Genèse ne spécifie quel fruit est produit par l’arbre de la connaissance. Lorsque la Bible a été traduite en latin, il est possible qu’il y ait eu confusion dans la terminologie. En latin, le fruit se dit pomum, ce qui a peut-être été repris ensuite dans la représentation du fruit défendu. Mais le mal et la pomme ont également une racine étymologique commune, puisqu’il se disent respectivement malum et malus en latin. 


Origines du récit de la Création

Quand a-t-il été écrit ?

L’histoire d’Adam et Ève aurait été écrite, d’après les spécialistes, au VIe siècle av. J.-C. dans un contexte socio-politique difficile pour les Hébreux.

En effet, en 597 av. J.-C., Nabuchodonosor II conquiert la Judée, ce qui provoque l’exil de nombreux Hébreux à Babylone et leur asservissement pendant plusieurs décennies. Bien qu’exposés aux mythes locaux, certains Hébreux conservent la mémoire de leur culte à Yahvé et perpétuent les rites de leur pays. D’après les historiens, c'est pour préserver cette identité que la Torah a été rédigée, ce qui a permis aux Hébreux de devenir juifs. 


Des origines mésopotamiennes

Exilés à Babylone, les Hébreux ont donc été en contact étroit avec les mythes mésopotamiens. Parmi eux, Enuma Elish qui est l’épopée de la création du monde et dont on trouve quelques occurrences avec le récit biblique. Les Hébreux ont probablement été aussi inspirés par le mythe de l’Atrahasis, qui raconte comment un homme a survécu au déluge et obtenu l’immortalité, et par celui de Gilgamesh, ce demi-dieu tombé amoureux d’une figure humaine façonnée d’argile.


La vie d’Adam et Ève

Peut-être parce que les versets de la Genèse ne sont pas assez explicites, est composée dans le milieu juif du Ier siècle avant ou après J.-C. La Vie d’Adam et Ève. Cet ouvrage a pour objectif de reconstituer la vie des premiers humains et de comprendre pourquoi le serpent les a tentés. C'est là qu’est élaboré le rapprochement entre le serpent et le diable, à l’origine du mal. 


Le péché originel

Ce texte va circuler pendant plusieurs siècles, notamment au sein des premières communautés chrétiennes et ainsi inspirer de nombreux auteurs, dont l’apôtre Paul qui va explicitement parler de péché. Pour ce dernier, Jésus est venu sur Terre pour nous libérer des conséquences de la désobéissance d’Adam.

La notion de « péché originel » ne se trouve pas dans la Bible. C'est Augustin d’Hippone qui, à la fin du IVe siècle, va en faire une doctrine. Selon lui, nous sommes tous marqués par le mal, dès notre conception, car nous sommes de facto conçus dans le péché. C'est un héritage que l’on porte depuis les origines de l’humanité et qui est dû au désir d’Adam d’avoir voulu devenir l’égal de Dieu. Le péché originel est donc, d’après Augustin, le fruit de l’orgueil et du désir qui nous enchaîne au monde terrestre.

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Jésus, nouvel Adam / Marie, nouvelle Ève

Dans le Nouveau Testament, puis dans la tradition chrétienne de manière générale, Jésus est donc souvent perçu comme le nouvel Adam venu délivrer l’humanité dans son ensemble. Son mort sacrificielle permet ainsi aux chrétiens de regagner le paradis et de restaurer l’alliance avec Dieu. 

De la même manière, Marie est considérée comme la nouvelle Ève, celle qui rachète la faute de la première humaine. D’un côté, puisqu’elle accepte sans condition le projet divin de mettre au monde le Fils de Dieu, elle s’oppose à la figure de la vierge désobéissante que représente Ève au jardin d’Éden. Ensuite, puisqu’elle est mère du nouvel Adam, donc du nouvel humain, elle témoigne de l’ère nouvelle qui s’annonce.