La fête de l’Epiphanie, lundi 6 janvier 2020

Ce n’est déjà pas une fête attribuée à Epiphane ! Plutôt à des rois, des mages en ordre de trois et par trois âges selon la tradition. Venus de Perse, de Mésopotamie, Babylone plus exactement (Irak actuel), ces astrologues sont guidés par un astre sans pareil aux mille feux à destination de Bethléem en Judée pour adorer et louer un tout petit être, un roi en devenir, au nom de Jésus. Ces messagers puissants deviendront ses serviteurs pour répandre la bonne nouvelle qu’un sauveur nous est né.

L’origine de l’Epiphanie

Dans la culture hellénistique, c’était une fête, une ode à une divinité comme celle d’Apollon à Delphes. A Rome, ce vocable avait une connotation impériale et désignait la venue d’un souverain ou encore une allusion à la célébration du culte « Sol Invictus » (Soleil invaincu) dédié à Mithra, déité indo-iranienne issue du mazdéisme. A l’Antiquité, les Romains qui sont très friands de fêtes en organisent et n’oublient pas de commémorer l’une des plus populaires en janvier : « Les Saturnales » pour magnifier les Dieux épiphanes (Saturne, entre autres) et pour porter leur joie à l’allongement des jours à venir propices à toute fécondité, à la fin de l’hiver. Qui dit fête, dit festin, et à cette occasion apparaît la fève (haricot sec) que l’on cache dans une pâtisserie ou un pain en forme de disque solaire pour « tirer les rois. » Ce disque peut être l’argument de beaucoup d’interprétations liturgiques et présages comme une sainte auréole par la brioche ou encore l’éclat des rayons du soleil par une galette. Le roi élu en question, grâce à la fève, peut ordonner ce qu’il souhaite le temps du gala. Si c’est un esclave, il peut bénéficier de toutes les faveurs en conséquence, uniquement ce jour dédié mais attention à ne pas être trop despote ! Au milieu du IIIe siècle av. J.-C, dans la Septante, version grecque du texte hébreu de l’ancien testament, l’épiphanie reflète la figure lumineuse du Seigneur. Ainsi, après, Saint Paul l’emploie pour signifier également la manifestation du Seigneur dans l’épitre à Timothée (2 Timothée 1,10). A la fois juive et païenne, l’Epiphanie se célébrait bien avant Noël ! C’est seulement à la 2e moitié du IVe siècle (350), en occident, le 6 janvier, douze jours après Noël et au dimanche qui suit le 1er janvier, pour être plus précis, que l’on identifie cette date à l’adoration des mages. Mais pas uniquement, il a y aussi le baptême de Jésus et son premier miracle aux noces de Cana. Cette période semble aussi être à l’origine d’une autre fête païenne (la naissance du Dieu Eon par Perséphone).

Le sens de l’Epiphanie

Du grec « epiphaneia », le mot signifie apparition ou manifestation. Plus profondément, il se réfère ici à la manifestation dans la chair du Christ qui s’incarnant de la Vierge Marie à Noël vient pour le Salut des hommes. En Orient, on célèbre le baptême de Jésus alors qu’en Occident, on l’associe à la venue des rois de contrées différentes : Melchior, Balthazar et Gaspard, tous pourvus de cadeaux à l’attention du divin enfant selon les pères de l’Eglise. Et plus précisément par Saint Irénée, au IIe siècle, dans son traité « Adversus Haereses»/« Contre les hérésies » où il y dévoile la nature  des présents offerts : l’or pour sa royauté, l’encens pour sa divinité et la myrrhe pour sa mortalité. L’Epiphanie est très représentative de la venue, de la révélation du Messie qui se fait connaître par toutes les nations, en l’occurrence, représentés par ces mages, véritables ambassadeurs de l’époque. Cela dit, ces derniers ont été décriés par certains exégètes et des biblistes nous interpellent même sur le sens du mot grec « magos » énoncé par Saint Matthieu qui révèlent bien des significations surprenantes : prêtres perses, magiciens voire faux devins !  A propos, seul l’évangéliste Matthieu mentionne cet épisode sans plus de détail dans le nouveau testament. Cependant, à l’unanimité, on conserve en mémoire des astrologues d’Orient confiant de leur prédiction sur le messianisme juif qu’un Dieu naîtra homme pour aimer toute l’humanité et déverser des messages d’espérance au nom de Dieu, le père.

L’intemporalité de la fête de l’épiphanie dénote que ces trois voyageurs, précurseurs, étaient en quête de sens, de lumière comme, de manière contemporaine, tous les Hommes et cela jusqu’à la fin des temps.

Liens :
La venue des mages (Mt 2, 1-12)
La prophétie d’Isaïe (60, 3-6)

Laurent ADICEAM DIXIT