Par Julia Itel – Publié le 08/07/2022

Qui était Marie-Madeleine ? Tantôt l’apôtre des apôtres, tantôt la pécheresse repentie…entre légende et personnage historique, lumière sur le premier témoin du Christ ressuscité. 


Qui est Marie-Madeleine ?

Marie-Madeleine apparaît treize fois dans les Évangiles canoniques et fait partie du groupe de femmes qui suit les enseignements de Jésus. Elle est considérée comme le premier témoin de la résurrection du Christ


Jésus et les femmes

D’après Luc (8, 1-2) et Marc (15, 40-41), Jésus est accompagné pendant son ministère du groupe des Douze ainsi que de plusieurs femmes. Parmi elles, on trouve Marie, appelée Madeleine (car originaire de Magdala), et « de laquelle étaient sortis sept démons » donc probablement guérie par Jésus. Luc nous apprend que ces femmes, plutôt de haut rang, soutiennent Jésus financièrement grâce à leurs ressources.

Au Ier siècle, il n’est pas courant de voir des femmes suivre un prédicateur comme Jésus à travers la Galilée. En effet, celles-ci sont encore soumises à l’autorité de leur père ou de leur mari et ne peuvent prendre part à la vie publique. Néanmoins, il semblerait que le message prophétique de Jésus, promettant que dans le Royaume de Dieu, les inégalités seront renversées. Ce message d’espérance a pu séduire ces femmes, désireuses d’acquérir un autre statut que celui de subordonnées à l’homme.


Le premier témoin de la Résurrection

Les quatre Évangiles canoniques mentionnent la présence de ces femmes lors de la dernière semaine de vie de Jésus ainsi qu’au moment de sa crucifixion (Mt 27, 55 ; Mc 15, 40-41 ; Lc 23, 49 ; Jn 19, 25). Ce sont même elles, à la différence des hommes, qui vont au tombeau préparer le corps de Jésus et se rendent compte de son absence. 

Mais pour Jean, seule Marie-Madeleine est présente devant le tombeau vide. Éplorée de ne pas trouver le corps de son ami cher à son cœur, Marie de Magdala se met à pleurer. C'est alors que le Christ se présente à elle. Si elle le prend d’abord pour un jardinier, Jésus l’interpelle aussitôt : 
 

« Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître. Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit. (Lc 20, 16-18)

Ainsi, non seulement Marie-Madeleine est-elle le premier témoin du mystère pascal mais, en plus, elle est envoyée par Jésus pour annoncer sa résurrection aux apôtres. C'est la raison pour laquelle plusieurs Pères de l’Église, comme Hippolyte de Rome ou Tertullien, l’appelleront « apôtre des apôtres ».

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La pécheresse repentie

En réalité, celle que l’on appelle Marie-Madeleine est une création littéraire du pape Grégoire le Grand, au VIe siècle ap. J.-C. En effet, Marie-Madeleine serait née de la fusion entre plusieurs figures évangéliques : Marie de Magdala, amie fidèle du Christ et guérie par celui-ci des sept démons/vices, Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazare, et la pécheresse anonyme citée par Luc (7, 37), qui oint les pieds de Jésus. 

Grégoire Ier crée une Madeleine propre à servir son intention de réformer moralement l’Église. Grâce au personnage de Marie-Madeleine, considérée désormais comme une pécheresse repentie et pardonnée, il promeut une théologie de la pénitence. Il en fait le témoin ultime de la miséricorde divine (elle symbolise l’humanité sauvée) et un modèle de conversion personnelle pour les chrétiens. 


Marie-Madeleine était-elle l’épouse de Jésus-Christ ?

Les écrits apocryphes

Après la scène de la Résurrection à laquelle elles assistent en tant que témoins privilégiés, les femmes qui entouraient Jésus disparaissent du Nouveau Testament. Il faut attendre le IIe siècle et l’émergence d’écrits apocryphes pour que la figure de Marie-Madeleine connaisse un nouvel engouement.

C'est surtout dans les écrits gnostiques que Marie-Madeleine est mise en valeur. En effet, la littérature la présente comme l’initiée par excellence, celle à qui Jésus a révélé son enseignement le plus secret. Plusieurs ouvrages relatent en effet un dialogue entre Jésus et Marie-Madeleine comme la Pistis Sophia, l’Évangile de Philippe, l’Évangile de Thomas, Le dialogue du Sauveur, ou encore l’Évangile selon Marie.


La compagne du Seigneur

Dans l’Évangile selon Philippe, Marie-Madeleine est présentée comme la « compagne » du Seigneur qui « aimait Marie plus que les autres disciples […] l’embrassait souvent sur la bouche ».

Cette citation, qui a inspiré de nombreuses théories dont Le Da Vinci Code, repose sur une lecture gnostique du couple. Il s’agirait plutôt de la réconciliation, à travers le baiser, du principe féminin et du principe masculin dont dépend le salut.


Madeleine contre Pierre

Dans ces écrits, inspirés de l’Évangile de Jean qui donne une place importante à Marie-Madeleine, cette dernière est souvent érigée contre Pierre, représentant de l’autorité officielle et donc de l’institution ecclésiastique. Le christianisme primitif était, en effet, composé de différents courants, souvent en compétition les uns avec les autres. Marie-Madeleine a donc pu être considérée comme la représentante du courant gnostique.


Marie-Madeleine en Provence

Marie, l’ermite

Dans les légendes du Moyen-Âge, Marie-Madeleine se mue en ermite. Dans un milieu monastique du sud de l’Italie, au IXe siècle, est composée la Vie érémitique (inspirée de La vie de Marie l’Égyptienne, écrit deux siècles plus tôt) qui raconte comment Marie de Béthanie, au lendemain de l’Ascension, décide de se retirer au désert. Pendant trente ans, elle vit d’extase et de contemplation et n’a pour compagnie que les anges. 


Saint-Maximin la Sainte-Baume

Une autre légende, datant cette fois du XIe siècle et transcrite par les moines de Vézelay dans la Vie apostolique, relate l’arrivée de la première communauté chrétienne en Provence, après avoir fui les persécutions en Palestine. 

Marie-Madeleine, accompagnée de sa sœur de Marthe, de son frère Lazare, de ses servantes Marie Jacobé et Marie Salomé, ainsi que de l’apôtre Maximin, débarquent aux Saintes-Maries-de-la-Mer, en Camargue. Dans l’objectif d’évangéliser la région, ils se dispersent : Marthe part à Tarascon, Marie-Madeleine et Lazare se dirigent vers Marseille, Maximin à Aix-en-Provence. Lazare devient le premier évêque de Marseille et Maximin d’Aix-en-Provence. 

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Marie-Madeleine, quant à elle, se retire à la grotte de la Sainte-Baume, située au nord de Marseille. Elle y passe, selon la tradition, les trente dernières années de sa vie et se fait enterrer à Saint-Maximin.

Au XIIIe siècle, la découverte d’ossements à Saint Maximin fait penser que Marie-Madeleine est morte là. Grâce à l’initiative de Charles II d’Anjou, on y fait construire la basilique Sainte-Marie-Madeleine qui deviendra un haut lieu de pèlerinage. Gardée par les Dominicains, le sanctuaire abrite le crâne de la sainte.   


Marie-Madeleine, l’évangélisatrice

Réduite au statut de rédemptrice par Grégoire Ier, Marie-Madeleine a été réhabilitée plus tard comme évangélisatrice. En 2016, le pape François a élevé sa célébration liturgique au rang de fête. Désormais, chaque 22 juillet, elle est commémorée en tant que disciple et non plus en tant que pénitente.

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