Par François Le Roux - Modifié le 25 avril 2022

Qu'est-ce que l'Évangile ?

Origine du mot "évangile"

"Évangile" est un mot très ancien. Avant Jésus, le terme évangile est utilisé pour annoncer une victoire ou encore la montée sur le trône d’un nouvel empereur. Dans l’Ancien Testament, il annonce le succès des rois, des héros. Il est utilisé pour annoncer des événements fondamentaux comme celui du retour des exilés de Babylone en terre d’Israël (587-538 av JC).

Le mot français « évangile » est la traduction du grec euangelion, littéralement « bonne nouvelle ». Le premier à utiliser ce mot est Marc qui écrit son texte entre les années 64-70 ap. J.-C. Au début de son récit, Marc désigne le terme euangelion pour désigner l'annonce de cette bonne nouvelle : "Commencement de l’Évangile de Jésus-Christ Fils de Dieu" (Mc1,1).

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Qu’y a-t-il donc de bon et de nouveau dans ces quatre écrits qui fondent la foi chrétienne ? Sont-ils des histoires de la vie de Jésus ? Si c’est le cas, pourquoi sont-ils différents les uns des autres ?


Canon de l'Évangile

Un évangile est donc un texte écrit qui raconte la vie et le message de Jésus-Christ. Au cours du Ier siècle, quatre évangiles sont rédigés par quatre auteurs différents : Matthieu, Marc, Luc et Jean. Ensemble, ils forment le canon de l'Évangile (car reconnus par l'Église) et font partie du Nouveau Testament. Les autres évangiles, non reconnus officiellement par l'Église, sont dits "apocryphes". 

Il convient de préciser qu'aucun disciple qui accompagnait Jésus sur les routes de Palestine n’a pris en note ses gestes et ses paroles. Les évangiles ne sont donc pas des livres souvenirs sur Jésus ; ils n’ont pas été écrits immédiatement après sa mort ni sa résurrection, mais plusieurs années plus tard. Leur rédaction commence, en effet, vers 65 après la mort de Jésus et se prolonge jusqu’à la fin du premier siècle.

Chaque évangéliste organise son récit en fonction de la communauté à laquelle il s’adresse. L’Évangile de Marc a été composé à Rome entre 64 et 70 ; celui de Matthieu en Palestine entre 80 et 90 ; et celui de Luc a été rédifé dans les milieux grecs de Syrie entre 80 et 90. L’Évangile de Jean, plus tardif, a été écrit entre 90 et 100, probablement en Asie Mineure, à Ephèse.

Chaque auteur a mis par écrit les traditions orales qui se transmettaient au sein des premières communautés chrétiennes. Il reçoit et transcrit le témoignage de ceux qui ont connu Jésus de son vivant. Ainsi, les quatre évangiles mélangent l’information historique et la manière de croire en Jésus, le Christ, le Fils de Dieu. Les trois premiers évangiles sont appelés synoptiques (du grec sunoptikos, "sous un seul regard") car ils ont de telles ressemblances de fond et de forme qu’ils peuvent être édités en trois colonnes parallèles.


Quelle est la différence entre Évangile et Bible ?

La Bible peut être comparée à une bibliothèque composée de 73 livres dont la rédaction s’étale sur près de 1300 ans. Si on classait sur une étagère les livres de l’Ancien Testament, il y en aurait 46. Si on dispose sur un autre rayon, ceux du Nouveau Testament, il y en aurait 27 dont les les 4 premiers livres sont les quatre évangiles. 


Quels sont les quatre évangiles ?

Matthieu

Il est placé en premier dans le Nouveau Testament. Son récit contient 28 chapitres ce qui en fait le plus long. Il est écrit dans les années 80-90 quand la séparation entre le christianisme et le judaïsme est effective. L’auteur s’adresse à une communauté judéo-chrétienne rejetée par les communautés juives. Ainsi, l’évangéliste souligne l’importance de l’enseignement de Jésus avec cinq grands discours. En contact étroit avec les rabbins juifs, Matthieu cherche à éclairer les premiers chrétiens en Palestine. Ils leur montrent comment les Écritures trouvent en Jésus leur accomplissement.


Marc

Son évangile suit celui de Matthieu dans la Bible. Pourtant, Marc est le premier auteur de ce genre narratif. C’est aussi le plus court des quatre récits. La rédaction se fait entre 64 (début des persécutions de l’empire romain contre les chrétiens) et 70 (destruction du Temple de Jérusalem). Dans son texte, Marc montre moins le contenu de l’enseignement que Jésus en acte d’enseigner. Dans un récit aussi bref, la Passion et la Crucifixion prennent une place importante.


Luc

Il est appelé de troisième évangile et contient 24 chapitres. L’auteur est probablement un chrétien d’origine païenne, grand connaisseur de la littérature grecque et de la Bible. Sa rédaction s’est faite vers 80-85. Luc présente lui-même son Évangile comme un récit ordonné de ce que Jésus a fait et enseigné, composé après enquête sérieuse auprès des témoins. L’histoire qu’il rapporte est une histoire du salut. Plus clairement que les autres, il dépeint Jésus comme le Prophète et le Sauveur. Son évangile baigne dans une atmosphère de joie, de louange et de prière. Il accorde une grande importance à Marie et aux femmes qui ont suivi Jésus. Évangéliste de la miséricorde et de la pauvreté, Luc insiste sur le renoncement imposé aux disciples qui veulent suivre Jésus ; la Croix est son lot quotidien. Cet Évangile s’adresse à des lecteurs païens.


Jean

C’est le quatrième évangile ; il propose 21 chapitres. Comme ceux de Matthieu et de Luc, il est écrit après la rupture entre la communauté juive et la communauté chrétienne. Sa rédaction finale daterait de la fin du Ier siècle. L’Évangile de Jean est profondément original. Le cadre, le langage, le système de représentations ne sont plus ceux de Matthieu, de Marc et de Luc. Ne retenant que quelques faits essentiels, Jean a l’art du dialogue et du monologue. Il plonge dans un univers symbolique pour dévoiler la richesse de la vie du croyant dans le Christ. Jésus est glorifié sur la Croix et il transmet l’Esprit à ses disciples. La vie chrétienne s’épanouit dans la foi et les sacrements. Être chrétien, pour Jean, c’est aimer comme Jésus a aimé.