Par Julia Itel

La figure du prophète est centrale dans les trois religions abrahamiques. Ainsi, le judaïsme lui consacre une section entière de sa Bible, les Nevi’im ; le christianisme relit ces écrits comme l’annonce du Christ ; l’islam enfin reconnaît en Mohammed le « sceau des prophètes », dernier d’une longue lignée qui compte notamment Abraham, Moïse et Jésus. Contrairement à une idée répandue, le prophète n’est pas seulement un devin chargé de prédire l’avenir. Il est celui qui transmet une parole reçue de Dieu dans un moment précis de l’histoire, souvent marqué par une crise. Des prophètes d’Israël à Jean le Baptiste, cet article retrace ce qu’est un prophète dans la tradition judéo-chrétienne. 

 

Que signifie le mot « prophète » ?

Définition

Le mot « prophète » vient du grec prophêtês, composé de pro, qui signifie « devant » ou « pour », et de phêmi, qui signifie « dire » ou « parler ». Le prophète est ainsi celui qui parle au nom d'un autre, celui qui transmet une parole qui ne vient pas de lui.

 

Le prophète dans la tradition biblique

Le prophète est une figure centrale de la Bible hébraïque, que le christianisme reprendra pour constituer ce qu’il nomme « l’Ancien Testament ». Celle-ci est désignée dans la tradition juive par l’acronyme TaNaKH, qui renvoie à ses trois ensembles de livres : la Torah (la Loi), les Nevi’im (les Prophètes) et les Ketouvim (les Écrits). Les deux premiers sont essentiels pour comprendre ce qu’est un prophète.

La Torah, composée des cinq premiers livres de la Bible (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome), occupe la place la plus sacrée de la tradition juive puisqu’il contient la révélation faite par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï et le don de la Loi, dont le Décalogue constitue le cœur. Les Nevi’im se divisent quant à eux en deux parties. Les « prophètes antérieurs » (livres de Josué, Juges, Samuel, Rois) forment un ensemble narratif et « historique » qui s’ouvre après la mort de Moïse et qui s’achève avec la prise de Jérusalem par les Babyloniens en 586 avant J.-C. On y rencontre les figures de Samuel, Nathan, Élie ou Élisée, dont l’action est racontée plutôt que consignée dans un livre propre. Les prophètes « postérieurs » rassemblent, en revanche, les livres portant le nom d’un prophète : Isaïe, Jérémie, Ezéchiel et les Douze (Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahoum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie). Ces derniers prolongent l’activité prophétique au-delà de l’Exil. C'est au sein de ce second ensemble que l’on distingue les « grands » et les « petits » prophètes, une distinction qui ne traduit aucune hiérarchie mais qui repose sur la longueur des textes.

En hébreu, un prophète est un navi, c'est-à-dire une personne qui reçoit et transmet un message divin. Contrairement à une idée répandue, dans la Bible, le prophète n'est pas un devin chargé de prédire l'avenir. Sa mission consiste à faire entendre la parole de Dieu dans une situation historique précise. En effet, le prophète apparaît à des périodes particulières de l’histoire du peuple d’Israël dans le but de rappeler au peuple les exigences de l'Alliance, de dénoncer les injustices, de mettre en garde contre l'idolâtrie et d’inviter à la conversion. S’il lui arrive d’annoncer des événements à venir, c'est toujours en lien avec la relation entre Dieu et son peuple, qu’il s’agisse du châtiment ou de la restauration d’Israël. 

Le prophète est donc à la fois un messager, un témoin et une figure de son temps. Sa parole s’adresse aussi bien au peuple qu’aux prêtres et aux rois, qu’il conseille parfois mais n’hésite pas à affronter. Par exemple, Nathan reproche à David d’avoir fait tuer Urie pour épouser Bethsabée (2 S 12, 1-15) ; Élie s’oppose au roi Achab et à son culte de Baal (1 R 18). Cette liberté de parole face au pouvoir, souvent payée au prix de la persécution, constitue l’un des traits les plus constants de la figure prophétique.

PARLER : Histoire du prophète Jérémie

Pour voir cette vidéo pour devez activer Javascript et éventuellement utiliser un navigateur web qui supporte la balise video HTML5

Les principaux prophètes de l’Ancien Testament 

Moïse, le premier grand prophète 

Moïse occupe une place particulière dans la tradition biblique puisqu’il est considéré comme le premier grand prophète de l'Ancien Testament. En effet, il est celui à qui Dieu se révèle dans l'épisode du buisson ardent (Ex 3, 1-15). Il reçoit alors la mission de libérer les Hébreux de l'esclavage en Égypte et de les conduire vers la Terre promise. Médiateur de l'Alliance conclue entre Dieu et son peuple au mont Sinaï, il reçoit les Dix Commandements et transmet la Loi aux Hébreux. 

Le livre du Deutéronome annonce d'ailleurs la venue d'un prophète semblable à Moïse auquel le peuple devra prêter attention (Dt 18, 15-18). Ce passage sera repris dans le Nouveau Testament et rapproché de Jésus-Christ (Ac 3, 22).

 

Isaïe, Jérémie et Ézéchiel : les grands prophètes

Comme mentionné plus haut, l’expression « grands prophètes » ne renvoie pas à une hiérarchie d’importance mais à l’étendue des livres qui leur sont attribués, par opposition aux douze « petits prophètes » dont les écrits sont plus brefs. Dans la Bible hébraïque, Isaïe, Jérémie et Ézéchiel ouvrent la section des « prophètes postérieurs », à laquelle la tradition chrétienne ajoute Daniel. Ces trois figures prophétiques partagent plusieurs traits. 

D’abord, ils vivent dans un temps troublé pour le peuple juif. Isaïe exerce son activité à Jérusalem dans la seconde moitié du VIIIe siècle av. J.-C., alors que l’Empire assyrien étend sa domination, détruit le royaume d’Israël au nord en 722 et assiège Jérusalem en 701 (Is 36-37). Jérémie prophétise à la fin du VIIe siècle et au début du VIe, au moment où Babylone s’impose dans la région, jusqu’à la prise de Jérusalem et la destruction du Temple en 586. Ézéchiel, quant à lui, fait partie des déportés de 597 et s’adresse à une communauté exilée, privée de sa terre, de son roi et bientôt de son Temple. 

Ensuite, ils découvrent leur vocation de prophète, rapportée dans un récit inaugural qui fonde la légitimité de leur parole. Isaïe voit Dieu siéger dans le Temple entouré de séraphins ; un charbon ardent purifie ses lèvres et il répond à l’appel divin par un « Me voici » (Is 6, 1-8). Jérémie, appelé dès le sein de sa mère, objecte qu’il est trop jeune et ne sait pas parler, avant que Dieu ne touche sa bouche pour y placer ses paroles (Jr 1, 4-10). Ézéchiel reçoit l’ordre de manger un rouleau couvert de lamentations, qui devient doux comme le miel dans sa bouche, symbolisant une parole divine littéralement intériorisée (Ez 2, 8 - 3, 3).

Puis, la parole qu’ils révèlent associe généralement la dénonciation des fautes du peuple à l’annonce d’un avenir renouvelé. Isaïe condamne l’injustice sociale et un culte vidé de son sens (Is 1, 10-17), tout en annonçant un temps où les épées seront changées en socs de charrue (Is 2, 4) et où régnera un roi juste issu de la lignée de David (Is 11, 1-9). De son côté, Jérémie dénonce l’illusion d’une sécurité garantie par le Temple (Jr 7, 1-15) mais promet une nouvelle Alliance inscrite dans les cœurs (Jr 31, 31-34). Enfin, Ézéchiel reproche au peuple ses idolâtries et annonce la chute de Jérusalem, avant de promettre un « cœur nouveau » et un « esprit nouveau » (Ez 36, 26). 

Enfin, cette parole s’accompagne de visions mystiques et prophétiques. Ézéchiel est sans doute le plus visionnaire des trois. Sa vision du char divin (Ez 1), signifiant que la présence divine n’est pas attachée au seul Temple de Jérusalem, a notamment inspiré le développement de la mystique juive de la merkabah puis de la kabbale. 

Mis ensemble, ces trois récits montrent le prophète comme un intermédiaire entre Dieu et les humains qui interprète les événements de son temps à la lumière de la volonté divine. Sa parole, souvent mal reçue par ses contemporains, ouvre néanmoins une perspective d’espérance dans un temps présent empreint de souffrance pour le peuple juif… 

 

Les femmes prophétesses 

Dans la tradition juive, les femmes ne sont pas absentes de la fonction de prophétie. En effet, le Talmud de Babylone (traité Meguila 14b) affirme que 48 prophètes et 7 prophétesses ont prophétisé en Israël : Sarah, Myriam, Déborah, Hannah, Abigaïl, Houldah et Esther. Or, seules trois d’entre elles (Myriam, Deborah et Houldah) portent explicitement ce titre dans le texte biblique. Les quatre autres sont désignées de la sorte par les sages grâce à une méthode d’exégèse permettant de définir a posteriori les qualités propres à la fonction du prophète. Ils en concluent ainsi que la prophétie représente avant tout une relation privilégiée à la volonté divine, celle-ci pouvant se manifester de différentes façons (ex : perception chez Sarah, autorité politique chez Déborah, etc.). 

Enfin, si la tradition a retenu sept femmes comme prophétesses, c'est en raison de la portée particulière de leur parole à travers les générations. Esther, par exemple, aurait demandé aux sages de la Grande Assemblée de consigner son histoire pour les générations futures, en leur rappelant que seules étaient écrites les prophéties ayant une valeur pour toutes les époques. Elle est d’ailleurs la seule prophétesse à avoir ajouté un commandement à la Torah, à savoir la fête de Pourim et la lecture du rouleau d’Esther, pratiques qui inscrivent son intervention dans la mémoire rituelle du peuple juif.

 

Les prophètes dans le Nouveau Testament

L’annonce de la venue du Messie

Les chrétiens héritent des écrits prophétiques d’Israël mais en proposent une lecture nouvelle, centrée sur la figure de Jésus. Pour ces derniers, les écrits prophétiques constituent une préparation à la venue du Christ. L’Ancien Testament porte alors les promesses et l’attente, tandis que le Nouveau Testament témoigne de leur accomplissement en Jésus, reconnu comme le Messie annoncé par les Écritures. Les Évangiles font ainsi régulièrement référence aux textes prophétiques pour éclairer sa vie et sa mission. 

L’Évangile selon Matthieu accorde à cet égard une place particulière aux prophéties d’Isaïe. Dès le récit de l’enfance de Jésus, l’évangéliste présente la conception de Jésus comme l’accomplissement de la parole. Comparons les deux textes : 

« Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). » (Is 7, 14)

« Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous » Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse, mais il ne s’unit pas à elle, jusqu’à ce qu’elle enfante un fils, auquel il donna le nom de Jésus. » (Mt 1, 23-25)

Matthieu recourt de nouveau à Isaïe pour inaugurer le ministère public de Jésus. Son installation à Capharnaüm accomplit alors l’annonce d’une lumière se levant sur le peuple assis dans les ténèbres : 

« Pas la moindre lueur pour celui qui sera dans l’angoisse. Dans un premier temps, le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ; mais ensuite, il a couvert de gloire la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain, et la Galilée des nations. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. » (Is 8, 23-9, 1)

« Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe : Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée. » (Mt 4, 12-16)

Enfin, la figure du Serviteur souffrant, rejeté et humilié d’Isaïe a été rapprochée par les premiers chrétiens de la Passion du Christ : 

« Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! […] Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous. Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. » (Is 52, 13-53, 3-12)

 

Jean le Baptiste, le grand prophète du Nouveau Testament 

Jean le Baptiste occupe une place singulière dans la tradition néotestamentaire. Héritier de la tradition prophétique d'Israël, il annonce la venue du Messie et désigne Jésus comme celui que le peuple attend depuis des générations. Décrit par Jésus comme « bien plus qu’un prophète » (Mt 11, 9), il est considéré par la tradition chrétienne comme le dernier grand prophète de l'Ancienne Alliance et le Précurseur du Christ. Comme le résume Luc : « La Loi et les Prophètes vont jusqu’à Jean le Baptiste » (Lc 16, 16).

Sa naissance est déjà présentée comme l'accomplissement d'une attente prophétique. Dans l'Évangile selon Luc, l'ange Gabriel annonce à Zacharie que son fils sera rempli de l’Esprit Saint dès le sein de sa mère, rappelant la vocation de Jérémie (Jr 1, 5), et qu’il marchera devant le Seigneur « avec l’esprit et la puissance d’Élie » (Lc 1, 15-17). Cette dernière formule renvoie au prophète Malachie, qui annonce le retour d’Élie avant le jour du Seigneur (Ml 3, 23) : « Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable. »

L’épisode de la Visitation, également présenté par Luc (1, 39-45), donne à cette vocation une première manifestation. En effet, lorsque Marie entre dans la maison de sa parente Elisabeth alors enceinte de Jean et qu’elle la salue, l'enfant que porte celle-ci tressaille d’allégresse. C'est ainsi qu’Elisabeth, remplie de l’Esprit Saint, reconnaît en Marie « la mère de mon Seigneur ». Jean est donc, avant même sa naissance, le premier à reconnaître la présence de Jésus.  

De plus, la prédication de Jean le Baptiste reprend les traits des prophètes d’Israël. Vivant dans le désert, vêtu selon la tradition de poils de chameau et d’une ceinture de cuir comme Élie (Mt 3, 4 ; 2 R 1, 8), il proclame un baptême de conversion pour le pardon des péchés (Mc 1, 4). Les évangélistes rapprochent ainsi sa mission de la parole d’Isaïe : « Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (Is 40, 3 ; Mt 3, 3). 

Son rôle atteint son point culminant lors du baptême de Jésus dans le Jourdain, rapporté par les quatre Évangiles (Mt 3, 13-17 ; Mc 1, 9-11 ; Lc 3, 21-22 ; Jn 1, 29-34). Chez Matthieu, Jean hésite d’abord, estimant que c’est lui qui a besoin d’être baptisé par Jésus : « C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et tu viens à moi ! » (Mt 3, 14) Lorsque Jésus sort de l’eau, l’Esprit descend sur lui comme une colombe et une voix céleste le proclame « Fils bien-aimé » (Mt 3, 17). Dans l’Évangile selon Jean, le Baptiste témoigne lui-même de cette scène et désigne Jésus comme « l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29), invitant ses propres disciples à le suivre. Il se définit alors entièrement par rapport à celui qu’il annonce : il refuse d’être identifié au Messie (Jn 1, 19-23) et déclare qu’« il faut qu’il [Jésus] croisse et que moi je diminue » (Jn 3, 30).

Jean le Baptiste est donc le premier témoin de la présence du Christ, Sauveur de l’humanité. C'est avec son témoignage que s’achèvent les attentes prophétiques vétéro-testamentaires, accomplies en la personne de Jésus.

Jean le Baptiste

Pour voir cette vidéo pour devez activer Javascript et éventuellement utiliser un navigateur web qui supporte la balise video HTML5

Jean l’évangéliste

Pour clôturer cet article sur les prophètes, il convient de nous intéresser à la figure de Jean l’évangéliste, à qui la tradition attribue la rédaction du quatrième évangile, de quelques épîtres et surtout du dernier livre du Nouveau Testament, l’Apocalypse, dont le nom grec apokalupsis signifie « révélation ». Contrairement au sens courant du terme, souvent associé à une catastrophe ou à la fin du monde, l'Apocalypse cherche avant tout à dévoiler le sens de l'histoire et à révéler la venue du Royaume de Dieu. Elle appartient à un genre littéraire particulier, apparu au sein du judaïsme au IIe siècle avant Jésus-Christ, dans un contexte de crises politiques et religieuses, dont le livre de Daniel, rédigé au moment des persécutions d’Antiochus IV Épiphane (v. 167-164 av. J.-C.), constitue l’exemple biblique le plus ancien. À travers des visions, des rêves et un langage ésotérique, les textes apocalyptiques expriment l'espérance d'une libération et d'un monde renouvelé.

L’Apocalypse de Jean s’inscrit dans cette tradition. Son auteur, qui se présente sous le nom de Jean et affirme se trouver sur l’île de Patmos, reçoit une révélation qu’il doit transmettre aux sept Églises d’Asie Mineure (Ap 1, 1-4). Le livre, qui se définit lui-même comme une prophétie, est traditionnellement daté de la fin du Ier siècle, sous le règne de l’empereur Domitien, dans un contexte de tensions entre les premières communautés chrétiennes et le culte impérial qui les persécutent. Rome y apparaît sous les traits de « Babylone », rappelant la puissance qui avait détruit Jérusalem au temps de Jérémie et d’Ézéchiel (Ap 17-18). L’auteur, Jean, proclame heureux celui qui lit et ceux qui écoutent « les paroles de la prophétie » (Ap 1, 3), et l’ange qui le guide se dit le compagnon de service de Jean et de « ses frères les prophètes » (Ap 22, 9). Le livre reprend d’ailleurs plusieurs traits des grands prophètes évoqués plus haut. Jean reçoit sa mission dans une vision inaugurale du Christ glorieux (Ap 1, 9-20), qui fait écho aux récits de vocation d’Isaïe et d’Ézéchiel. Comme Ézéchiel, il reçoit l’ordre de manger un petit livre, doux comme le miel dans sa bouche mais amer dans ses entrailles. Sa parole associe enfin, elle aussi, dénonciation et espérance : les lettres aux sept Églises reprochent à certaines communautés leur tiédeur ou leurs compromissions (Ap 2-3), tandis que la vision finale annonce « un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21, 1), reprenant la promesse d’Isaïe (Is 65, 17), ainsi qu’une Jérusalem nouvelle qui rappelle le Temple restauré décrit par Ézéchiel (Ez 40-48).

L’Apocalypse témoigne ainsi de la vitalité de la prophétie dans le christianisme primitif, bien qu’elle change ici de forme. En effet, contrairement aux prophéties de l’Ancien Testament, elle ne s’adresse plus seulement à un roi ou à un peuple dans une situation historique précise. Elle se fait écrit visionnaire, destiné à être lu dans les assemblées, et elle rappelle ainsi que l’espérance biblique ne se limite pas à l’attente d’un Messie mais qu’elle s’ouvre sur la promesse du salut et du Royaume de Dieu.

 

 

Nos évènements

Abonnez-vous au Bulletin
du Jour du Seigneur

Vous recevrez tous les deux mois en avant-première la programmation détaillée des messes, 2 mois à venir ainsi que des articles de culture chrétienne, spiritualité, patrimoine.

Je m'abonne en ligne J'abonne un proche

Aperçu du bulletin

Pour s'abonner
par courrier

CFRT / Le Jour du Seigneur
Abonnement Bulletin
45 bis, rue de la Glacière
75013 Paris

Je télécharge le bon d'abonnement

Newsletters

Recevez chaque
semaine vos
newsletters

Abonnez-vous à nos newsletters pour recevoir chaque semaine des réflexions inspirantes et des nouvelles du Jour du Seigneur. Ne manquez pas l’occasion de faire partie de notre communauté.

Les différentes newsletters