Par Julia Itel – Publié le 10/07/2026

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt 16, 18-19). C'est par ces mots que le Christ confie à l’apôtre Pierre la charge de gouverner son Église. Ce dernier, qui fonde le siège épiscopal de Rome, y meurt en martyr aux alentours de l’an 64. C'est sur cette double fondation, un mandat reçu de Jésus et un lieu où l’apôtre s’enracine, que repose la tradition de la succession pétrinienne : chaque pape est ainsi présenté comme l’héritier de la mission pastorale confiée à Pierre.

 

Qui est Pierre, le « premier pape » de l’histoire ?

Né Simon, fils de Jonas, Pierre, qui est l’un des premiers disciples de Jésus, est un pêcheur vivant au bord du lac de Tibériade. Dans le Nouveau Testament, il occupe une place singulière. Toujours nommé en premier parmi les douze apôtres, il est le premier à reconnaître en Jésus le Messie. C'est à cette occasion que le Christ lui donne son nouveau nom, Kephas, qui signifie en araméen « le roc » (traduit en grec par Petros), et une mission toute particulière :

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux » (Mt 16, 18-19)

D’autres passages des Évangiles viennent conforter la prééminence de Pierre, surnommé « le prince des apôtres ». Jésus lui confie par exemple la tâche, durant sa Passion, d’affermir ses frères (Lc 22, 32) ; il est aussi le premier à entrer dans le tombeau du Christ (Jn 20, 6). D’autre part, il est celui à qui Jésus se manifeste après sa résurrection et à qui il confirme sa mission pastorale : « Sois le pasteur de mes brebis » (Jn 21, 16). L’ensemble de ces scènes fonde, dans la tradition catholique, l’idée d’une autorité pastorale confiée à Pierre et qui, naturellement, sera transmise à travers lui à ses successeurs.

 

Pierre, premier évêque de Rome 

Après avoir fondé l’Église de Jérusalem, Pierre arrive à Rome vers 64, accompagné de Paul. Il y meurt la même année en martyr, persécuté, après que l’empereur Néron ait déclaré les chrétiens coupables d’un incendie ayant ravagé la cité éternelle… La tradition raconte que Pierre, fuyant la menace, presque arrivé aux portes de Rome, aperçoit soudain Jésus. Il lui demanda alors : « Quo vadis domine ? » (« Où vas-tu Seigneur ? ») ; ce à quoi Jésus répond : « Je vais à Rome pour être crucifié une seconde fois ». Pierre comprend alors qu’il doit faire demi-tour et mourir en martyr. 

Entre 1939 et 1950, des fouilles menées sous la basilique Saint-Pierre et commanditées par Pie XII, mettent au jour une nécropole sur le site antique du cirque de Caligula (orné d’une obélisque ramené d’Égypte et qui se trouve toujours là, sur la place Saint-Pierre). Or, il s’avère que ce site a servi de lieu d’exécution des chrétiens et les morts étaient alors enterrés à proximité. Les fouilles ont également révélé la présence d’un cénotaphe du IIe siècle dédié à Pierre, preuve qu’un culte lui était rendu très tôt, à cet emplacement précis. 

Il est peu probable que Pierre ait été désigné de son vivant « premier évêque de Rome ». Ce titre n’apparaît que plus tard dans les textes pour légitimer ses successeurs. Sa qualité de témoin direct du Christ était sans doute perçue comme supérieure à celle d’évêque. Il n’en reste pas moins que son influence sur la première communauté chrétienne de Rome est fondamentale.

 

De l’apôtre fondateur aux « successeurs de Pierre »

Dès la fin du IIe siècle, Irénée de Lyon puis Eusèbe de Césarée dressent les premières listes des « successeurs de saint Pierre », plus tard reprises par le Liber Pontificalis. Le principe évoqué est celui de l’apostolicité (ou de la fondation apostolique) : à une époque où de multiples communautés chrétiennes coexistent sans autorité centralisée, se rattacher au premier des apôtres confère une légitimité décisive. Selon l'historien Thomas Tanase (Histoire de la papauté en Occident, 2019), cette apostolicité, appuyée par la doctrine de la primauté pétrinienne, sert précisément à hiérarchiser des communautés rivales et à asseoir l'autorité de certaines d'entre elles sur les autres.

Par exemple, à la fin du Ier siècle, le pape Clément intervient pour réconcilier les chrétiens de Corinthe divisés, tandis qu’en 144, le pape Pie réunit un synode excluant le gnostique Marcion. Ces épisodes permettent à Irénée de Lyon de reconnaître l'Église de Rome comme une référence doctrinale. Au IIIe siècle, Cyprien de Carthage la qualifie de cathedra Petri, la « chaire de Pierre », et d'Ecclesia principalis, instituant ainsi la prépondérance de l’évêque de Rome comme représentant spirituel et politique de l’Église. 

La succession pétrinienne renvoie donc à assumer la continuité d’une mission, soit celle confiée par le Christ à Pierre et exercée ensuite par chacun de ses successeurs sur le siège de Rome, devenu depuis le centre de la papauté

 

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