Avec les défis posés par l’IA mais aussi la sortie programmée des États-Unis de 66 organisations internationales, la visite du pape à l’Unesco va conférer à son voyage en France une tournure à la fois très politique et très internationale.

Pour la deuxième fois de son histoire, l’Unesco s’apprête à recevoir la visite d’un pape. Le 25 septembre prochain, quarante-six ans après la venue de Jean-Paul II, Léon XIV se rendra au siège parisien de cette agence des Nations unies dédiée à l’éducation, la science et la culture. L’occasion pour Léon XIV de consolider les bonnes relations avec l’Unesco, qui compte194 Etats-membres à ce jour, et dont il avait déjà reçu le directeur général, l’Égyptien Khaled Ahmed El-Enany Ali Ezz, au Vatican en juin dernier. Mais aussi une manière d’envoyer des signaux très forts depuis Paris au reste du monde sur des sujets qui fâchent, à commencer par l’intelligence artificielle, aujourd’hui dominée par une poignée de superstars de la Silicon Valley.

« Protéger l’esprit humain »

On sait le pape Léon XIV très concerné par cette question, au point d’y avoir consacré sa première encyclique, Magnifica Humanitas, publiée le 25 mai dernier. C’est aussi le cas de l’Unesco. En 2021, l’agence avait adopté le premier et encore aujourd’hui le seul instrument de régulation mondial de l’IA : une recommandation intitulée « Éthique de l’intelligence artificielle ». Reposant sur quatre valeurs fondamentales - dignité humaine, paix, diversité et respect de l’environnement-, elle recoupe de nombreux points soulevés par le pape. « Il y a une convergence forte entre la réflexion du Saint Père dans Magnifica Humanitas et le travail de l’Unesco sur l’IA depuis 2021. Chacune à leur manière, nos institutions cherchent à préserver la dignité de l'esprit humain, de la création, de la réflexion critique, à l'heure des machines intelligentes », indique Matthieu Guével, directeur de la communication de l’Unesco.

Le jour de la venue de Léon XIV à l’Unesco, l’IA sera donc au centre des discussions. Dans la matinée, un grand forum réunira des enseignants, des artistes ou encore des journalistes pour réfléchir aux impacts de l’IA sur leur profession. « Ce forum sera l’occasion de poursuivre la réflexion de l’encyclique et de lui donner une traduction concrète », selon Matthieu Guével.

Église universelle d’un côté, « America first » de l’autre

Cette visite à l’Unesco devrait aussi permettre à Léon XIV de rappeler son attachement à la coopération internationale, à l’heure où de plus en plus de pays lui tournent le dos – à commencer par celui qui l’a vu naître. En janvier dernier, les États-Unis ont en effet ratifié leur décision de quitter 66 agences internationales, dont l’Unesco, au 31 décembre 2026. Un processus initié par Donald Trump, avec qui Léon XIV entretient des rapports tendus. Au printemps dernier, les deux chefs d’Etat avaient connu une violente passe d’armes, le président des États-Unis accusant le Saint-Père d’être « faible » et « mauvais en politique étrangère ». Il est clair qu’au moment où Léon XIV prendra la parole à l’Unesco, leur bras de fer opposant deux visions du monde – Église universelle d’un côté, « America first » de l’autre- continuera de se jouer, ne serait-ce que symboliquement. Et que son voyage sur le sol français prendra alors une tournure à la fois très politique et très internationale.

Guerre et paix

L’Unesco et le Vatican ont décidément bien des points en commun. Et notamment celui, fondamental, de considérer qu’une paix durable ne peut reposer sur les seuls accords économiques, politiques ou technologiques. « Une paix durable doit se construire sur des fondements plus solides. C’est le sens du travail de l’Unesco pour la coopération dans l’éducation, la science et la culture », rappelle Matthieu Guével, citant la devise de l’Unesco : « Les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ».

Une devise adoubée par Jean-Paul II en son temps. Lors de son passage à l’Unesco, en 1980, il avait déclaré, dans un discours resté célèbre : « Oui, l’avenir de l’homme dépend de la culture ! Oui, la paix du monde dépend de la primauté de l’Esprit ! Oui, l’avenir pacifique de l’humanité dépend de l’amour ! ». Nul doute qu’en septembre prochain, Léon XIV saura à son tour conforter les membres de l’Unesco dans leur mission. Et parler au monde entier depuis Paris, plus capitale que jamais.

 

Claire Derville

Pour aller plus loin :

Voyage du pape Léon XIV en France : quel est le programme ?

Qu'est-ce-que l'UNESCO ?

Pourquoi le pape Léon XIV se rend-il à Lourdes ?

Entre le pape Léon XIV et la France, une histoire d’amitié

 

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