Par Julia Itel – Publié le 26/06/2026

La France, considérée comme « fille aînée de l’Église », entretient avec la papauté une relation ancienne et complexe. Visitée depuis le haut Moyen Âge par les souverains pontifes, la France a accueilli des papes venus sacrer des rois, prêcher des croisades, poser des premières pierres de cathédrales, etc. Elle a même, pendant près de 70 ans, abrité la papauté à Avignon. Si depuis la deuxième moitié du XXe siècle, les voyages apostoliques concernent davantage les périphéries de la chrétienté, l’hexagone reste une destination privilégiée des successeurs de Pierre. Alors qui des derniers papes est déjà venu en France ? Et pour quelle raison ?

 

Jean Paul II, la France au cœur (1980-2004)

Jean Paul II est le pape qui a le plus marqué la France contemporaine de ses visites. Il y a effectué huit voyages apostoliques en 25 ans de pontificat, faisant du pays sa destination étrangère la plus fréquentée après sa Pologne natale. Lorsqu’il vient à Paris en 1980, du 30 mai au 2 juin, la capitale n’a pas été visitée par un pontife depuis près de 200 ans ! Alors qu’il officie une messe au Bourget, moins fréquentée qu’anticipé (témoignant de la sécularisation de la France), il débute ainsi sa série de visites en apostrophant le peuple français : « France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? ». Il termine sa première visite française à Lisieux, où l’attend une foule chargée d’émotion devant ce pape venu de l’autre côté du rideau de fer…

Pour sa deuxième visite, en 1983, il se rend à Lourdes, sanctuaire marial auquel il voue une dévotion toute particulière. En effet, il attribue sa survie à l’attentat de la place Saint-Pierre deux ans plus tôt, à la Vierge Marie. Trois ans plus tard, il revient sur le sol français pour se rendre d’abord à Lyon, puis à Annecy. Il y rend hommage aux saints et aux martyrs de ces terres, et prend le temps de se recueillir chez le curé d’Ars, qu’il admire profondément.

En 1988, Jean Paul II se déplace dans l’Est français et prend la parole au Parlement européen, à Strasbourg, pour défendre les racines chrétiennes de l’Europe. Il revient huit ans plus tard, cette fois à Reims, pour célébrer, le 22 septembre 1996, le 1500e anniversaire du baptême de Clovis, ravivant ainsi le débat sur l’identité chrétienne de la France. Un an plus tard, il profite d’un déplacement en Afrique pour venir à La Réunion. 

L’un de ses voyages les plus mémorables est sans conteste pour sa venue aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), organisées à Paris en 1997. Plus d’un million de jeunes assistent à la messe du pape, officiée au Champ-de-Mars et à l’hippodrome de Longchamp, ce qui nuance les pronostics d’une Église française jugée vieillissante et en déclin. Au premier appel lancé 17 ans plus tôt, le peuple français répond au pape polonais. À cette occasion, Jean Paul II béatifie à la cathédrale Notre-Dame de Paris Frédéric Ozanam, le fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul.

Le dernier voyage apostolique de Jean Paul II en France se déroule les 14 et 15 août 2004 à Lourdes. Déjà très affaibli, le pape effectue un ultime pèlerinage « apostolique » pour commémorer le 150e anniversaire du dogme de l’Immaculée Conception. Venu comme un pèlerin, malade lui aussi, il peut bénéficier d’un instant de prière seul dans la grotte de Massabielle afin de rendre hommage à la Vierge, sous laquelle il avait placé la protection de son pontificat. 

 

Benoît XVI, le pape des intellectuels (2008)

Contrairement à son prédécesseur, Benoît XVI ne vient qu’une seule fois en France, en septembre 2008. Néanmoins, son passage marque grandement les esprits. Après avoir été reçu par le président Nicolas Sarkozy, il commence son voyage le 12 septembre par un discours au Collège des Bernardins, destiné au monde de la culture et des lettres. Théologien de formation, Benoît XVI y développe une réflexion magistrale sur les racines spirituelles de la culture européenne. Partant de l’expérience monastique médiévale, il montre que c'est la quête de Dieu qui a engendré la quasi-intégralité de la civilisation occidentale, depuis la culture de la parole et de l’écriture jusqu'à la musique sacrée, en passant par la valorisation du travail manuel et artisanal. Il conclut son discours en plaidant pour une raison ouverte à la transcendance, tout en avertissant qu’une culture exclusivement positiviste (i.e. rationaliste et évolutionniste) qui évacuerait la question de Dieu constituerait « un échec de l’humanisme ».

Cette première journée se termine par la célébration des vêpres en la cathédrale Notre-Dame de Paris à laquelle se joignent près de 2000 prêtres, religieux, religieuses, séminaristes, diacres et personnes consacrées. Sur le parvis, 40 000 jeunes attendent la sortie du pape sur le parvis de Notre-Dame. Le lendemain matin, Benoît XVI officie une grande messe aux Invalides devant 260 000 personnes qui communient ensemble dans la foi. 

Après ces deux journées parisiennes, le pape se rend à Lourdes, considéré comme le premier sanctuaire catholique dans le monde, pour le 150e anniversaire des apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous. Comme Jean Paul II, il entretient lui aussi une relation particulière à ce lieu et, plus largement, au culte de la Vierge Marie. En effet, lors de sa visite, il confie à des journalistes se sentir déjà proche de Bernadette en raison de la concomitance entre le jour de la fête de sainte Bernadette et le jour de sa propre naissance. Il parcourt sur place les quatre étapes du chemin du Jubilé, foulé par plus de 850 000 pèlerins, participe à la procession mariale aux flambeaux et célèbre une messe en plein air le 14 septembre devant plus de 150 000 fidèles venus du monde entier. Sa visite est entièrement tournée vers les malades et les « tout petits » qui, en cet espace même, peuvent éprouver l’amour de Dieu qui est « plus fort que la mort, plus fort que nos faiblesses et nos péchés ».

Benoît XVI, le théologien devenu pape

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François, le pape des périphéries (2014-2025) 

Le pape François effectue, quant à lui, trois déplacements en France, sans qu’aucun d’entre eux ne soient reconnus comme des visites d’État officielles à dimension nationale. En effet, depuis son élection le 13 mars 2013, le pape argentin place son pontificat sous le signe de l’attention aux périphéries et aux marges de l’Église catholique. Critique à l’égard du traitement de la France envers la foi chrétienne (rappelons les événements du mariage pour tous, de la fermeture des églises pendant le Covid ou le refus d’accueillir des bateaux d’immigrés sur le sol français), le pape François choisit de ne jamais s’y rendre dans le cadre d’une visite d’État classique, préférant des séjours ciblés.

Sa première visite en France date du 25 novembre 2014, lorsqu’il se rend à Strasbourg pour prononcer d’abord un discours devant le Parlement européen, puis un autre devant le Conseil de l’Europe. S’il se déplace en France, ce n’est pas tant pour la visiter que parce qu’elle abrite le siège de l’Europe… C'est donc devant les députés européens qu’il vient ici s’exprimer, presque trente ans après Jean Paul II. Devant les parlementaires, il dénonce la solitude croissante des citoyens européens et appelle le continent à retrouver ses idéaux fondateurs. Il lance notamment cet avertissement resté célèbre : « On ne peut tolérer que la Mer Méditerranéenne devienne un grand cimetière ! ».

La deuxième a lieu les 22 et 23 septembre 2023. Le pape François se rend alors à Marseille, à l’occasion des Rencontres méditerranéennes, c'est-à-dire un forum réunissant évêques, responsables politiques et représentants de la société civile autour des enjeux de la Méditerranée. S’il choisit Marseille, c'est pour une raison simple et congruente avec son pontificat : la question migratoire. Sa posture ferme et solidaire envers les exilés, affichée dans son discours devant les autorités françaises, ne laisse aucun doute : « Marseille a un grand port et elle est une grande porte qui ne peut être fermée. Plusieurs ports méditerranéens, en revanche, se sont fermés. Ceux qui risquent leur vie en mer n'envahissent pas, ils cherchent hospitalité ». Ce discours, déjà évoqué dans son élocution devant les parlementaires européens, appelle l’Europe à un sursaut de conscience. 

Enfin, son dernier voyage apostolique se déroule en Corse, à Ajaccio, le 15 décembre 2024. Le pape aurait ainsi décliné implicitement l’invitation d’Emmanuel Macron à assister à la réouverte de Notre-Dame de Paris le 7 décembre, en préférant se rendre une semaine plus tard dans un « diocèse périphérique de France » pour une visite pastorale. François choisit alors de fouler pour la première fois le sol de l’île de beauté et répondre à l’invitation du cardinal François Bustillo pour clore un congrès sur la religiosité populaire en Méditerranée.

François, le pape d'un nouveau monde

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Léon XIV, une visite très attendue (2026) 

Élu en mai 2025, Léon XIV est le premier pape nord-américain de l’histoire. Il effectuera une visite apostolique en France du 25 au 28 septembre 2026, à l’invitation du président Emmanuel Macron, des autorités ecclésiastiques et du directeur général de l’UNESCO. Il s’agit de la première visite officielle depuis celle de Benoît XVI en 2008. Cette visite, très attendue, se déroulera dans trois villes : le pape se rendra d’abord à Paris, puis à Lourdes et enfin à Metz

Dévoilé par la Conférence des évêques de France le 9 juin 2026, le programme articule cinq rendez-vous : des vêpres solennelles à Notre-Dame de Paris le vendredi 25 septembre, en présence du clergé de toute la France, suivies d'une grande veillée de prière avec les jeunes au Stade de France ; une messe sur la place de la Concorde et les Champs-Elysées le samedi 26 ; une messe sur la prairie face à la Grotte de Massabielle, au sanctuaire de Lourdes le dimanche 27 ; et enfin une messe à la cathédrale Saint-Étienne de Metz le lundi 28 septembre, journée consacrée au thème de la paix et de l'Europe. 

 

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