Par Julia Itel – Publié le 07/07/2026
La Garde suisse pontificale protège le pape depuis 1506. Comptant 135 hommes, elle représente la plus petite armée au monde. Reconnaissable à son uniforme coloré et sa hallebarde, elle recrute uniquement des Suisses catholiques célibataires. Cet article retrace son histoire et ses conditions de recrutement.
La Garde suisse pontificale, c'est quoi ?
La plus petite armée au monde
La Garde suisse pontificale est le corps militaire chargé de la protection du pape et de la sécurité du Vatican. Souvent qualifiée de « plus petite armée du monde », elle est aussi la plus ancienne encore en activité (sa fondation remontant à plus de 500 ans).
Sa devise, Acriter et Fideliter (« courage et fidélité »), définit bien l’esprit qui anime ce corps depuis sa création et pour lequel Jules II avait tant souhaité recruter des mercenaires suisses pour veiller à sa protection. La Garde suisse pontificale ne doit pas être confondue avec la gendarmerie de l’État de la Cité du Vatican, qui participe aussi à la protection du pape.
Les missions de la Garde suisse
Depuis 1970, la Garde suisse est la seule force militaire encore attachée au Saint-Siège. En effet, les autres corps armés pontificaux comme la Garde noble et la Garde palatine ont été dissous par Paul VI.
Ses missions principales sont : veiller à la sécurité du pape et du palais apostolique, ce qui inclut d’assurer une présence continue au Saint-Siège ; contrôler les entrées officielles de la Cité du Vatican ; assurer la sécurité du conclave lorsque le siège est vacant ; accompagner le pape lors de ses voyages apostoliques : et assurer les services d’ordre et d’honneur lors des événements publics tels que des visites officielles, des réceptions ou des audiences.
Comment la Garde suisse est-elle organisée ?
Depuis 2015, les gardes suisses sont au nombre de 135 (au lieu de 110), afin de répondre à l’augmentation des missions. Le corps est organisé comme une compagnie mais il possède le rang d’un régiment. Ce dernier est placé sous l’autorité d’un commandant, actuellement le colonel Christoph Graf, originaire du canton de Lucerne, qui a été nommé par le pape François en 2015. Le commandant est assisté d’un vice-commandant et d’un chapelain. Un major et deux capitaines encadrent trois sections, elles-mêmes dirigées par des lieutenants, tandis qu’un sergent-major supervise la formation, l’assermentation et les activités sportives des gardes. C'est également lui qui porte le drapeau du Vatican lors de la bénédiction Urbi et Orbi ayant lieu à Pâques et à Noël.
En dehors des heures de service, la vie de caserne s’organise autour de plusieurs activités telles que le football (la Garde a monté une équipe, le FC Guardia) ou la fanfare, qui se produit notamment lors de l’assermentation des jeunes recrues. La cantine est tenue, quant à elle, par cinq sœurs Albertines de Pologne qui veillent à servir de la cuisine italienne mais également suisse pour ne pas trop dépayser les Helvètes.
Quelle est l’histoire de la Garde suisse ?
Une institution fondée en 1506
La création de la Garde suisse remonte au pontificat de Jules II (1443-1513), surnommé le « pape guerrier ». Le 21 juin 1505, il demande à la Confédération helvétique de lui fournir un corps permanent de soldats pour assurer sa protection et celle du Vatican.
Les mercenaires suisses jouissent à cette époque d’une réputation redoutable en Europe, forgée par leurs victoires face aux troupes bourguignonnes et habsbourgeoises. Considérés comme les meilleurs soldats de leur temps, alors qu’ils sont pourtant dépourvus de cavalerie et peu pourvus en artillerie, les soldats sont remarqués pour leur tactique de mouvement mais aussi pour leur grande discipline et leur loyauté sans faille. Des pays comme la France et l’Espagne n’hésitent ainsi pas à les engager sur les champs de bataille. Cette émigration est facilitée par la situation économique précaire de la Suisse : les régions alpines peinent à nourrir leur population et de nombreux jeunes hommes s’engagent comme mercenaires à l’étranger pour gagner leur vie.
Un premier contingent quitte la Suisse en septembre 1505 et rejoint Rome à pied, en plein hiver, en passant par le col du Saint-Gothard. Le 22 janvier 1506, environ 150 hallebardiers, commandés par Kaspar von Silenen, du canton d’Uri, entrent officiellement dans la Ville éternelle par la Piazza del Popolo. À leur arrivée, ils sont bénis par le pape, marquant dès lors la fondation officielle du corps.
Le sac de Rome et l’assermentation des gardes suisses
Quelques années plus tard, le 6 mai 1527, les troupes de l’empereur Charles Quint envahissent Rome. Alors que des milliers de lansquenets déferlent sur la ville, ce que l’on nommera plus tard « le sac de Rome », les gardes suisses se barricadent dans la cour d'entrée de la basilique Saint-Pierre et résistent pendant des heures pour permettre au pape Clément VII de fuir vers le château Saint-Ange par un passage secret. 147 d'entre eux perdent la vie ce jour-là.
En mémoire de ce sacrifice, la cérémonie annuelle de prestation de serment des nouvelles recrues (l’assermentation) se tient chaque 6 mai dans la cour Saint-Damase au Vatican.
Gardes Suisses du Vatican : au service de sa papauté
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Quelles sont les conditions pour être garde suisse ?
Pour devenir garde suisse, il convient de remplir des critères précis qui sont d’ordre administratifs, physiques et personnels. Le candidat doit être un homme, de nationalité suisse, célibataire au moment de son engagement, catholique pratiquant, âgé de 19 à 30 ans et mesurant a minima 1,74 mètre. Il doit également avoir effectué une formation professionnelle, telle qu’un apprentissage ou une maturité (l’équivalent suisse du baccalauréat), et avoir terminé son école de recrues au sein de l’armée suisse, dont le service est obligatoire pour les hommes. La candidature repose aussi sur une exigence de réputation et de santé irréprochables. Le candidat doit fournir un extrait du registre des poursuites et du casier judiciaire, et se soumettre à un examen médical rigoureux incluant un test psychologique.
La procédure de sélection comprend plusieurs étapes, dont un premier entretien au centre d'information et de recrutement de Glaris, puis une journée de recrutement à Zurich au cours de laquelle le commandant et le chapelain de la Garde s'entretiennent directement avec le candidat pour évaluer ses motivations et son attachement à la foi. Une fois admis, chaque garde doit s’engager pour une durée minimale de 26 mois. Logé et nourri, il est rémunéré environ 1200 euros par mois.
Le mariage est autorisé à partir de 25 ans, après avoir effectué au moins trois années de service et après s’être également engagé à poursuivre pour trois années supplémentaires.
Les uniformes des gardes suisses
L’uniforme traditionnel
Reconnaissable par ses vives couleurs et son casque à plume, l’uniforme des gardes suisses est inspiré du style Renaissance et, notamment, des fresques de Raphaël. Conçu au début du XXe siècle par le commandant Jules Repond, l’uniforme « de gala » de la Garde suisse pontificale est rayé de bleu, de jaune et de rouge. Si les deux premières couleurs rappellent la maison Della Rovere du pape Jules II, la troisième a été ajoutée pour rendre hommage à la famille Médicis.
Porté de jour à la plupart des postes, il se complète d'une haute collerette blanche, de gants blancs et d'un casque métallique, le morion, surmonté d'une plume dont la couleur varie selon le grade du garde qui la porte. Les gardes suisses portent aussi une hallebarde, considérée comme une arme multifonctions, et depuis plus récemment un pulvérisateur de gaz irritant, ainsi qu’une arme à feu.
D’autres uniformes adaptés aux circonstances
Chaque garde dispose en réalité de plusieurs tenues, adaptées aux circonstances, toutes bénies par le pape. L’uniforme de gala, décrit plus haut, se porte de jour à la plupart des postes. L’uniforme bleu d’exercice, plus sobre, est réservé au service de nuit et à la garde de la porte Sainte-Anne, par laquelle passe le plus grand nombre de visiteurs. Les officiers portent également un uniforme diplomatique lors des événements officiels. Enfin, un uniforme d’intervention plus moderne a été introduit pour répondre aux exigences actuelles de formation en matière de sécurité.
