Par Julia Itel – Publié le 02/12/2024

Premier livre de la Bible, la Genèse nous plonge au cœur des origines : celle de l'univers façonné par la main de Dieu, de l'humanité marquée par la chute et d'une famille imparfaite choisie pour devenir le peuple d'Israël. Entre récits mythiques et alliances divines, ce texte fondateur nous invite à réfléchir sur les grandes questions de la vie, du péché, et de la promesse d'une rédemption.

 

Qu’est-ce que la Genèse ?

Dérivé du grec genesis, qui signifie « commencement, origine », la Genèse est le tout premier livre de la Bible, composée de deux parties : l’Ancien Testament (que l’on considère aussi comme la Bible juive) et le Nouveau Testament. Dans la version hébraïque de la Bible, celle-ci commence par le mot bere’chit, « au commencement ». C'est ce premier mot qui aurait ainsi donné le nom au livre de la Genèse. 

Le livre de la Genèse propose un récit mythique des origines. Contrairement au livre de l’Exode qui évoque l’histoire d’un peuple, celui d’Israël, la Genèse raconte l’histoire de la création, certes, mais surtout celle de plusieurs individus fondateurs. Elle est ainsi divisée en deux grandes parties. 

La première rassemble le cycle des origines (Genèse 1-11). Elle contient les récits de la Création, de la Chute du jardin d’Éden, d’Abel et Caïn, du déluge et de la tour de Babel. La seconde concerne les récits des patriarches (Genèse 11-50), ces figures fondatrices qui incarnent la relation privilégiée entre Dieu et le peuple choisi. Ce récit marque une transition des origines universelles vers une histoire centrée sur un peuple particulier : Israël, le peuple de l’alliance. Ce cycle narratif raconte l’histoire d’un Dieu fidèle qui choisit d’accompagner une famille imparfaite, avec ses défis et ses failles, mais aussi avec ses moments de foi et de transformation spirituelle.

Le cycle des origines 

Le récit de la Création (Gn 1-2)

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. » 
Cette première partie débute avec le récit de la Création. Selon ce récit, l’univers a été créé par Dieu en six jours, culminant avec la création de l’homme et de la femme. Faits à l’image de Dieu, ces derniers doivent œuvrer pour la beauté du monde. Le septième jour, Dieu se repose, consacrant ce jour comme un temps sacré de repos. 

Le récit de la Création n’est pas un récit historique ou scientifique ; il n’a pas pour but de décrire scientifiquement la naissance de l’univers. Plutôt, il a comme dessein de démontrer que l’humanité, et pas seulement le peuple d’Israël, bénéficie d’une relation privilégiée avec Dieu. 

Les tablettes de la foi - La création

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Adam et Ève, ou la Chute du jardin d’Éden (Gn 1,27)

Adam, le premier homme, et Ève, la première femme, vivent en harmonie avec Dieu dans le jardin d’Éden. Cependant, leur désobéissance, en mangeant le fruit interdit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, entraîne leur expulsion du jardin et l’irruption du péché originel dans l’histoire humaine. Cette rupture marque le début des souffrances et des tensions dans les relations entre les humains, la nature et Dieu.

 

Caïn et Abel, ou le premier meurtre de l’histoire (Gn 4,1-16)

Les générations suivantes perpétuent cette désobéissance. Avec l’histoire de Caïn et Abel, les fils d’Adam et Ève, c'est l’origine de la violence humaine qui est ici mise en avant. Jaloux de son frère qui reçoit plus d’amour de sa mère, Caïn tue Abel, commettant le premier meurtre de l’histoire biblique. Ce drame familial montre comment le péché, cité pour la première fois ici, affecte les relations humaines par la violence dès les débuts de l’humanité.

Pourtant, Dieu ne rejette pas Caïn. Il lui permet même de s’installer au pays de Nod, à l’est d’Éden, où il fonde une famille et même une civilisation. Protégeant la vie à tout prix, Dieu montre ainsi que la violence fait partie de la condition humaine, mais qu’elle est surmontable. Il est ainsi nécessaire de la maîtriser pour la métamorphoser.

 

L’histoire du Déluge, ou celle de l’Arche de Noé (Gn 6,5-9,17)

Face à la corruption croissante de l’humanité, Dieu décide de purifier le monde par un déluge. Noé, un homme juste et descendant d’Adam, est choisi pour construire une arche et sauver sa famille ainsi qu’un couple de chaque espèce animale. Après 40 jours et 40 nuits de déluge, Dieu établit une alliance avec Noé, promettant de ne plus jamais détruire la terre par l’eau. Ce pacte est symbolisé par l’arc-en-ciel, signe de l’alliance renouée entre Dieu et l’ensemble de la création.

 

La tour de Babel (Gn 11, 1-9)

Le cycle des origines s’achève avec le récit de la tour de Babel, qui explique l’origine des différentes langues et cultures, tout en mettant en garde contre l’arrogance humaine. Les hommes, animés par l’orgueil et le désir de rivaliser avec Dieu, tentent de construire une tour qui atteindrait le ciel. En réponse, Dieu brouille leur langage, rendant la communication impossible et dispersant les peuples à travers la terre. 

 

Les patriarches

Abraham, le père des croyants (Gn 12-25, 18)

L’histoire des patriarches commence avec Abraham, considéré comme le « père des croyants » et le patriarche des trois religions monothéistes. Dieu l’appelle à quitter sa patrie pour se rendre vers une terre promise. Mais en échange, il lui demande de sacrifier son fils Isaac. Alors qu’Abraham s’apprête à obéir, un ange intervient pour arrêter le sacrifice et remplacer Isaac par un mouton. 

Parce qu’il a démontré sa fidélité et sa confiance absolue en la providence divine, Dieu renouvelle alors son alliance et promet au patriarche une descendance innombrable et la possession d’un territoire, la terre de Canaan. En remplaçant le sacrifice humain, fréquent dans les cultures environnantes, par un sacrifice animal, Dieu montre également qu’il n’est pas un Dieu de mort, mais un Dieu de vie.

 

Jacob et les douze tribus d’Israël (Gn 25, 19 -36)

Isaac épouse, ensuite, Rébecca qui donne naissance à deux garçons : Ésaü et Jacob. Jacob, le plus jeune et ambitieux des deux, obtient par ruse la bénédiction paternelle destinée à Ésaü. Contraint de fuir, Jacob part chez son oncle Laban, où il travaille durant de longues années pour épouser Rachel, dont il est épris. Mais trompé par Laban, il se marie d’abord avec Léa, la sœur aînée de Rachel, avant d’obtenir finalement la main de cette dernière. De ces unions naissent douze fils, qui deviendront les ancêtres des douze tribus d’Israël.

La veille de son retour en Canaan, alors qu’il s’apprête à rencontrer son frère dont il redoute toujours la colère, Jacob passe une nuit mystérieuse à lutter avec un être inconnu, interprété comme un ange. Cette lutte, à la fois physique et spirituelle, est un tournant décisif. Jacob refuse de lâcher prise jusqu’à ce qu’il obtienne une bénédiction. Ce combat symbolise son cheminement intérieur : il ne cherche plus à obtenir par la ruse ou la tromperie, mais par une confrontation directe avec Dieu et avec lui-même. Au terme de cette lutte, Jacob reçoit un nouveau nom : Israël, qui signifie « celui qui lutte avec Dieu ». Ce nom marque un changement profond dans son identité. Il devient non seulement le père biologique d’une grande lignée, mais aussi le père spirituel du peuple élu.

Joseph, le patriarche (Gn 37-50)

Joseph est le fils préféré de Jacob et Rachel. Jaloux de l’attention que lui porte leur père, ses frères conspirent contre lui et le vendent à des marchands qui l’emmènent en Égypte, où il devient esclave. Malgré des débuts difficiles, Joseph connaît une ascension extraordinaire. Grâce à son don d’interpréter les rêves, il est appelé par le pharaon pour expliquer un songe prémonitoire sur une famine imminente. Impressionné, le pharaon fait de Joseph son intendant, chargé de gérer les réserves de nourriture du pays. Alors que la famine frappe la région, ses frères se rendent en Égypte pour acheter du grain, sans reconnaître Joseph. Ce dernier les met à l’épreuve pour voir s’ils ont changé. Illustrant le triomphe du pardon, il se révèle à eux, leur pardonne et les invite à s’installer en Égypte avec leur père.

 

Qui est l’auteur du livre de la Genèse ?

Traditionnellement, la Genèse est attribuée à Moïse, à qui Dieu s’est révélé, tout comme les quatre autres livres du Pentateuque – ou de la Torah (Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome). En réalité, les exégètes et historiens suggèrent qu’elle est le fruit d’une rédaction collective. 

Comme pour l’ensemble des textes de l’Ancien Testament, le livre de la Genèse est composé de plusieurs « couches rédactionnelles », ou plusieurs sources distinctes, compilées en un seul corpus (bien que les spécialistes ne s’entendent pas toujours sur leur distinction) : la source yahviste (J), utilisant le nom « Yahvé » pour Dieu et mettant l’accent sur l’aspect narratif et humain du récit ; la source élohiste (E), où Dieu est nommé « Élohim » et qui privilégie une vision plus spirituelle ; et la source sacerdotale (P), marquée par un style formel et des préoccupations liturgiques. 

L’objectif des rédacteurs de la Genèse, et de l’Ancien Testament, semble converger vers un même dessein : renforcer l’identité d’un peuple singulier et uni en s’appuyant sur un récit fondateur, marqué par l’intervention divine. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette démarche. Tout d’abord, Israël, en affirmant l’existence de sa propre loi et de ses origines, pourrait avoir cherché à s’affirmer comme une nation distincte face à ses puissants voisins. Cependant, c’est surtout dans le contexte des bouleversements politiques et sociaux de l’époque que ce processus prend tout son sens. En 722 avant J.-C., lorsque Samarie, la capitale du royaume du Nord, tombe aux mains des Assyriens, une partie du peuple hébreu est contrainte à l’exil en Mésopotamie. Parallèlement, d’autres réfugiés, parmi lesquels des scribes et des élites lettrées, trouvent asile dans le royaume de Juda, notamment à Jérusalem.

Deux hypothèses principales émergent de ce contexte : la première suggère que les exilés, soucieux de préserver leur culture face à l’assimilation, auraient initié la rédaction de textes comme la Genèse, en y intégrant des éléments empruntés aux récits mésopotamiens ; la seconde attribue à la communauté réfugiée du sud une volonté d’unifier les différentes tribus autour d’un nouveau récit mythologique. Ce récit, porteur de sens et d’espoir, aurait aidé le peuple à surmonter l’adversité et les menaces constantes des grands empires voisins.

 

De quand date la Genèse ?

Les récits de la Genèse inspirés des mythes mésopotamiens

Les découvertes archéologiques en Mésopotamie ont permis de démontrer que les auteurs de la Genèse avaient connaissance des grandes épopées mésopotamiennes, comme celles de Gilgamesh ou d’Atrahasis, lorsqu’ils ont notamment rédigé les récits de la Création et du Déluge. 

L'Épopée de Gilgamesh, par exemple, relate l’histoire d’Uta-Napishtim, un héros sauvé par les dieux d’un déluge destiné à anéantir l’humanité. Comme Noé dans la Genèse, Uta-Napishtim construit un bateau pour abriter sa famille et des animaux. Une fois le déluge terminé, il envoie un oiseau pour vérifier si la terre est sèche. Ces parallèles montrent que les rédacteurs de la Genèse connaissaient ces récits et les ont recontextualisés pour refléter une théologie unique : dans la Genèse, le déluge n’est pas un caprice des dieux mais une action de justice divine, suivie d’une promesse de réconciliation symbolisée par l’arc-en-ciel.

Dans l’Enuma Elish, récit babylonien de la création, le monde naît d’un conflit entre les dieux. Le dieu Marduk triomphe de Tiamat, personnification du chaos, et façonne le monde à partir de son cadavre. Alors que les récits mésopotamiens mettent en scène des dieux en lutte, le récit biblique affirme, au contraire, la souveraineté d’un Dieu unique qui agit dans la paix et la perfection. En effet, dans la Genèse, la création provient plutôt d’un acte pacifié et ordonné de Dieu. 

 

Datation de la Genèse

Ainsi, même si ces derniers trouvent leur origine dans des traditions orales anciennes, la compilation écrite de la Genèse daterait de l'époque de l'exil babylonien (vers 597-539 av. J.-C.) ou de la période post-exilique, lorsque les communautés juives ont cherché à structurer leur identité autour de textes sacrés (vers 538-333 av. J.-C.).

 

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