La visite d’un pape en France est un événement hautement codifié. Pour mieux comprendre les règles, usages et traditions qui s’appliqueront au moment de la venue de Léon XIV du 25 au 28 septembre à Paris, Lourdes et Metz, suivez notre décryptage en huit questions-clés !
Comment qualifier la visite du pape ?
Oubliez le terme de visite d’État. Pour qualifier la venue du pape Léon XIV en France, un seul s’applique : celui de voyage apostolique. Car c’est l’Église de France qui a d’abord convié le chef spirituel des catholiques pour un déplacement pastoral. Néanmoins, le pape ayant également le statut de chef d’État du Vatican, Léon XIV sera reçu comme tel par les autorités françaises. Vendredi 25 septembre à 10h, le président de la République viendra l’accueillir à son arrivée à Orly avant de lui ouvrir les portes de l’Élysée à partir de 11h.
Que va-t-il se passer à l’Élysée ?
Eût égard au timing serré, mais aussi au statut particulier du pape, il est d’usage que seule une partie du protocole réservée aux chefs d’État s’applique lors de la visite d’un pape. Ce sera le cas le 25 septembre prochain. Léon XIV foulera un tapis rouge à son arrivée au palais présidentiel, et il prononcera un discours tout comme Emmanuel Macron, mais il n’y aura ni fanfare de la Garde républicaine, ni repas sous les ors de la République. Après cette rencontre diplomatique, Léon XIV s’en ira déjeuner à la nonciature à Paris, où il passera également une nuit avant de s’envoler pour Lourdes le lendemain en fin d’après-midi.
À quelles réserves sont tenus les représentants de l’État en matière de laïcité ?
Ils ne peuvent manifester de convictions religieuses. Faire le signe de croix, se mettre à genoux, communier ou encore baiser l’anneau du pape leur est interdit. Pour saluer le pape, une poignée de main est de rigueur. En revanche, ils ont le droit d’assister à la messe et d’appeler le Souverain Pontife « Votre Sainteté » selon l’usage protocolaire.
Comment s’habiller pour la visite du pape ?
Contrairement au fameux dress code qui s’applique lorsqu’on se rend au Vatican pour une audience privée avec le pape (tenue noire formelle et mantille pour les femmes, interdiction du blanc réservé aux reines catholiques), aucune consigne n’est donnée aux laïcs qui assisteront aux événements liés à sa visite en France, y compris dans un cadre diplomatique. Néanmoins, l’usage veut que l’on privilégie une tenue relativement couvrante. Parmi les fidèles réunis pour les événements publics, on devrait voir pas mal de blanc, puisque c’est la couleur du t-shirt officiel de sa venue.
Qui finance quoi entre l’Église et l’État ?
En vertu de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État, l’essentiel de ce qui a trait aux événements pastoraux est à la charge de l’Église de France : construction d’autels, sonorisation et éclairage, installation d’écrans géants ou encore de sanitaires sur les sites retenus. Une addition estimée à 27 millions d’euros, qu’elle espère régler grâce aux dons des fidèles. La contribution de l’État est cependant essentielle : comme il le ferait pour d’autres chefs d’État et d’autres manifestations publiques, il assurera la sécurité du pape et du public via le déploiement de plus de 15 000 policiers et gendarmes tout au long de son programme à Paris, Lourdes et Metz.
Les rues de Paris, Lourdes et Metz seront-elles pavoisées avec le drapeau du Vatican ?
Non, toujours en vertu de la loi de 1905, les municipalités françaises n'installeront pas le drapeau du Vatican dans l’espace public du fait de son statut d’État confessionnel. En revanche, les Champs-Élysées devraient être pavoisés avec le logo symbolisant la venue du pape.
En quoi ce voyage diffère-t-il des visites précédentes du pape François ?
Léon XIV ayant répondu favorablement à une double invitation de la Conférence des évêques de France et du Président de la République, son voyage revêt une dimension nationale et officielle. Ce n’était pas le cas des trois déplacements qu’avait fait François à Strasbourg en 2014, Marseille en 2023 et Ajaccio en 2024. Le Vatican avait à chaque fois précisé que le pape ne venait pas « en France » mais pour un événement spécifique, à l’invitation d’un évêque ou d’une institution supranationale (le Parlement européen pour Strasbourg, le Cardinal Aveline pour les Rencontres méditerranéennes à Marseille et le Cardinal Bustillo pour un colloque sur la piété populaire à Ajaccio).
Qui accompagnera le pape dans la papamobile ?
Le Vatican a fait acheminer à Paris et Lourdes deux papamobiles qui comportent trois places à l’arrière. Outre celles réservées au pape et à un membre de sa garde rapprochée (par exemple, son secrétaire privé, le prêtre péruvien Edgard Iván Rimaycuna Inga), il est d’usage, en France, que la troisième soit occupée par l’évêque ou l’archevêque qui reçoit le Saint-Père. À Paris, cet honneur reviendra donc à Mgr Ulrich, et à Lourdes à Mgr Micas.
Claire Derville
Merci à Parvine Lacombe, cheffe du Bureau central des cultes au ministère de l'Intérieur et à Daniel Jouanneau, ancien chef du protocole de la République et auteur de Souvenirs d’un chef du protocole (éd. Plon), pour leur aide.
