« Désarmer ». C’est la formule que Léon XIV a employée comme une devise, depuis sa première apparition à la loggia de la basilique Saint-Pierre après son élection. À n’en pas douter, lors de son prochain voyage en France en septembre, le deux cent soixante-septième pape apportera sans relâche son message de paix, à la France mais aussi à l’Europe.

Depuis un an et son arrivée sur le Trône de Pierre, Léon XIV a repris les grands chantiers de son prédécesseur François : priorité aux pauvres, synodalité, défense de la dignité humaine face à l’avènement de l’intelligence artificielle… Le programme de l’Église reste identique. Mais dès le départ, le pape américano-péruvien a impulsé une manière d’être bien à lui : une certaine modération, un certain calme, un soupçon de réserve, voire de distance, un sourire courtois mais sans effusion, une tranquille façon de prendre le temps avec ses interlocuteurs… « Il est difficile à déchiffrer », note un observateur aguerri du petit monde du Vatican, qui a croisé le nouveau pape à diverses reprises. « Bien malin qui pourra se glisser dans la tête de Léon ! », plaisante un prêtre fonctionnaire du petit État. La « méthode Léon XIV », pourrait-on dire, est d’abord de prendre le temps d’observer et d’écouter. « C’est une personne qui réfléchit, qui travaille et planifie, mais qui ne communique pas tant que ce n’est pas abouti pour lui », abonde le père Alejandro Moral Anton, son ami et confrère qui lui a succédé à la tête de l’Ordre de Saint-Augustin.

Devise de léon XIV : l’unité dans la charité

Des lignes d’action se dégagent cependant depuis un an. Arrivé à la tête de l’Église catholique dans un monde divisé, le pape de spiritualité augustinienne est mû par l’une des devises de son ordre, « Unitas in caritate » (l’unité dans la charité). « Robert Prevost est un pacificateur : il cherche à unir, à créer la communion », confie encore le père Moral Anton. Fervent partisan de l’accueil, il a ainsi repris la célèbre formule de son prédécesseur, « Todos, todos, todos », et s’est montré soucieux de recevoir tous les courants catholiques, des plus conservateurs aux progressistes, y compris en matière de liturgie — un dossier particulièrement sensible. Dans son approche, Léon XIV est un pape mathématicien, qui observe une rigueur de canoniste. Plusieurs motu proprio et décrets signés de lui ont déjà régularisé des vides juridiques laissés par François. « Il a étudié le droit et, logiquement, c’est quelqu’un pour qui les règles sont essentielles », argumente le père Moral Anton.

Un renouveau moral

Si, après l’effervescence du conclave, les projecteurs médiatiques s’étaient détournés du Vatican, un épisode a créé un regain d’intérêt : la « passe d’armes » entre Donald Trump et Léon. « Je n’ai aucune peur de l’administration Trump », a affirmé le pontife, balayant tranquillement les insultes du président des États-Unis qui avait qualifié sa politique étrangère de « lamentable ». Les discours du voyage de Léon XIV en Afrique, concomitants à cette séquence, avaient été scrutés à la lueur de ce que la presse avait qualifié de « clash » entre les deux Américains. « Mais lorsque le pape parle, il ne vise pas Trump, il met en lumière certaines attitudes qui vont à l’encontre de l’Évangile, et cela peut concerner tous les dirigeants », proteste un collaborateur de la diplomatie vaticane. Dans cet esprit, tout porte à croire que, comme il l’a fait devant le Parlement espagnol en juin, Léon XIV appellera à un renouveau moral de la politique lors de sa venue en France en septembre. Le pape aura alors plusieurs tribunes pour s’exprimer : devant les autorités françaises, au siège de l’unesco, ou encore auprès de l’Europe, puisqu’une partie du déplacement sera consacrée au Vieux Continent.

Le pape comme trait d’union

Pour un ambassadeur asiatique près le Saint-Siège, Léon XIV possède « une voix unique sur la scène internationale ». « Les responsables politiques ont leurs intérêts et leurs rapports de force. Le pape, lui, bénéficie d’une autorité morale d’une autre nature, qui inspire le respect bien au-delà du monde catholique ». « Qui encore aujourd’hui tient ce genre de discours pour la paix ? Personne ! », s’exclame quant à elle une diplomate d’un pays occidental. Selon un historien travaillant au Vatican, c’est la marque de fabrique du plus petit État du monde : « Depuis Benoît XV et le premier conflit mondial, la stratégie de Rome est de ne pas condamner unilatéralement et d'être un trait d'union entre les uns et les autres, y compris dans les conflits microscopiques qui n'intéressent personne ». Léon XIV « assume à frais nouveaux l’enseignement de ses prédécesseurs », avec ceci de particulier qu’il se situe « à la croisée des chemins », analyse cet expert. Et de faire valoir son parcours entre États-Unis et Pérou, où il a côtoyé le monde riche et pauvre, dévot et athée. Déjà ses premières grandes nominations, comme celle, surprenante, de la toute jeune préfète du dicastère pour la Communication, illustrent que son chemin lui a accordé une liberté, dont il usera certainement en France sur les enjeux sociétaux.

Anna Kurian, directrice de l’agence presse vaticane I.Media

 

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