Les récents attentats à Paris nous plongent dans l’horreur et dans une redoutable ambiance de fin du monde. Notre planète est en danger. Il y a les menaces d’un déséquilibre écologique, il plane toujours le péril nucléaire, et il y a toutes ces violences et ces guerres qui bousculent dramatiquement la vie de tant d’hommes, de femmes et d’enfants. Oui, il y a bien des raisons de s’inquiéter.

 

Et voici que l’Evangile de ce dimanche semble s’aligner sur cette perspective pas très réjouissante de fin du monde. Il nous annonce une grande détresse et des bouleversements de toutes sortes. Voilà qui a de quoi nous effrayer. On aurait envie de dire : parlons d’autre chose ! On préfèrerait que Jésus nous parle de bonheur et pas de fin du monde.

 

Il faut aller au-delà de cette impression alarmiste, et c’est Jésus lui-même qui nous invite à aller plus loin. Mais Jésus ne veut pas faire comme si aucun danger ne planait sur nos têtes, il est réaliste ; et face au monde difficile, celui de son temps comme le nôtre aujourd’hui, il veut délivrer un message de confiance. Un renouveau est possible. L’inespéré peut surgir comme les bourgeons qui pointent au printemps sur les branches d’un arbre qu’on aurait pu croire détruit par la rigueur de l’hiver : « Laissez vous instruire par la comparaison du figuier, nous dit Jésus : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche ! ».

 

Jésus ne cherche pas à prédire des catastrophes à venir. Bien des malheurs sont déjà présents dans le monde : l’actualité nous le rappelle cruellement ; et nos existences personnelles peuvent aussi connaître de rudes secousses quand la violence nous agresse, quand nos santés se fragilisent, quand des relations affectives se brisent ou quand des projets qui nous étaient chers rencontrent l’échec. C’est précisément dans ce contexte où monte la peur de voir le malheur nous engloutir que Jésus dévoile que l’horizon de nos existences ne se limite pas à celui de ce monde où le combat pour la vie est souvent bien rude. Jésus élargit l’espace de nos vies à la dimension du projet de Dieu qui veut que son règne vienne.

 

Un tel message est à la fois réaliste et porteur d’espérance. En fait, Jésus ne parle pas de fin du monde mais de la fin d’un monde ; fin d’un monde de mal et de malheur pour que vienne un monde nouveau : le monde où le bien sera vainqueur et où l’amour triomphera de tout !

 

La foi n’est pas une baguette magique qui changerait nos conditions de vie comme par enchantement ; elle est une force que Dieu nous donne comme le pain quotidien afin de pouvoir traverser, jour après jour, les épreuves liées à notre histoire personnelle et aussi au témoignage de notre foi. Car la contradiction pour un chrétien est à prévoir partout. Pour nos frères et sœurs d’Orient, la persécution est aujourd’hui bien déclarée ; la menace d’extermination est là ; et certains témoignent jusqu’au martyr. Dans nos pays occidentaux dits de société de consommation, la persécution peut avoir aussi une certaine réalité mais elle est feutrée, discrète : elle prend la forme de l’indifférence, de la marginalisation et de la relégation des convictions religieuses dans la sphère du privé.

 

Dans ce contexte de tension et quand la violence nous frappe, comme elle vient de la faire de manière aveugle dans les attentats de Paris, il n’y a pas de prédiction à faire au nom de l’Evangile. Et il ne faut pas non plus se faire d’illusion. La vie sur terre – notre vie personnelle comme celle de l’Eglise et de la société – sera toujours confrontée au mal qui peut prendre tant de formes. C’est alors qu’il nous faut entendre la parole rassurante de Jésus : « Le Fils de l’homme est proche. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas ! »

 

La Parole de Jésus : voilà la force qui nous sauve ! La Parole de Jésus nous donne de voir le monde autrement, elle nous dit que l’avenir est à la miséricorde et au pardon, elle nous ouvre à l’inattendu qui vient de Dieu. Depuis le matin de Pâques, un monde nouveau est né. Dieu qui a relevé Jésus de la mort, ne nous abandonne pas. En Jésus ressuscité, il nous ouvre un chemin de libération. Ce secours qui nous vient du Seigneur, il nous est donné non comme une arme vengeresse mais comme une semence à faire grandir, comme une plante qui bourgeonne et dont il faut prendre soin afin qu’elle porte du fruit. Dieu est à l’œuvre et il est là avec tous ceux et celles qui travaillent, courageusement et souvent humblement, pour bâtir la solidarité et la fraternité.

 

Dans notre monde qui connaît bien des fractures et où tant de gens s’enlisent dans le désenchantement et la peur du lendemain, nous avons à être comme des veilleurs qui guettent l’aurore et qui ne redoutent pas les frayeurs de la nuit. « Le fils de l’homme est proche ; il est à votre porte ».  Et si Jésus dit que nous ne connaissons pas l’heure de sa venue, c’est parce qu’elle est une constante actualité. Chaque instant de nos vies est la date et l’heure où il vient nous rejoindre. Chaque jour est un temps favorable pour marcher avec le Christ dans la confiance, et pour être avec lui les artisans d’un monde qui se renouvelle sans bruit, sous la poussée de l’amour.

Références bibliques : Dn 12, 1-3 ; Motet de Roland de Lassus ” Domine, in auxilium meum respice” ; He 10, 11-14.18 ; Mc 13, 24-32

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