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Homélie du Père Thierry Lamboley, jésuite à Marseille

Avec le seigneur, la vie pétille !

Oserai-je dire ici que ce qui fait notamment le champagne, ce sont ses bulles ? Supprimez-les et vous avez « seulement » un bon vin blanc, savoureux, mais qui a perdu toute effervescence. Il ne pétille plus. Il réjouit beaucoup moins le palais de celui qui le déguste. C’est un peu la même chose avec le Seigneur : enlevez-lui ses bulles, il devient beaucoup plus fade et notre vie de chrétien perd beaucoup de sa saveur. Et quelles sont ces bulles divines ? Les lectures bibliques de ce dimanche nous en offrent une véritable dégustation.

Il y a tout d’abord ces petites bulles, tout en finesse, de la bienveillance du Père. C’est une bienveillance tout à fait délicate : elle ne demande pas que nous soyons savants ou lettrés pour la reconnaître. Elle s’exprime de façon simple, tendre et généreuse. Le psaume nous l’a rappelé : « La bonté du Seigneur est pour tous ». Ces fines bulles viennent dissoudre en nous les images dures ou terrifiantes que nous pourrions avoir de Dieu, le Père : un vieil homme, barbu de préférence, et pas forcément aux traits bien sympathiques. Le Père ne veille pas sur nous avec un bâton. Il n’est pas mal-veillant comme ces logiciels qui viennent pirater nos ordinateurs, mais il est bien-veillant. Ses bulles de bonté enlèvent toute forme de dureté dans nos cœurs et elles nous font devenir, à notre tour, bienveillant à l’égard des autres.

Ensuite, l’évangile nous fait déguster des bulles d’une douceur étonnante. Ce sont celles de la douceur du Fils. Jésus le dit lui-même : « Je suis doux et humble de cœur. » Cette douceur, elle nous a été racontée dans la première lecture par une image toute simple : celle d’un roi qui vient à nous, non pas monté sur un cheval de combat, mais sur un âne. C’est comme si le président de la république française remontait les Champs-Élysées dans une vieille deux chevaux décapotable ! Jésus, notre roi, est un roi victorieux, mais il est surtout un roi qui n’en impose jamais. Il ne demande pas de porter quelque chose de lourd. Son fardeau est léger. C’est parfois nous qui nous donnons des choses trop lourdes à porter (tous ces « il faut » que nous nous imposons). Parfois ce sont les autres ou les événements qui nous accablent et nous font ployer sous un lourd fardeau. Jésus, lui, il est léger, humble, doux… Il n’accable jamais. Il redresse avec douceur. Une preuve de la douceur du Fils ? Elle procure le repos. La douceur de Jésus fait retrouver le calme, loin de toute agitation ou angoisse.

Dernières bulles, vous l’aurez sans doute deviné, celles de la vitalité de l’Esprit. A quoi reconnaît-on cette vitalité de l’Esprit en nous ? Par la joie qu’elle nous transmet. « Exulte de toutes tes forces », demande le prophète Zacharie. « Je t’exalterai, mon Dieu, je louerai ton nom, toujours et à jamais », répond en écho le psalmiste. Cette joie qui pétille en nous a une saveur particulière : elle a le goût de la résurrection de Jésus qui est aussi notre résurrection. Car Jésus, affirme saint Paul, « donnera la vie à nos corps mortels par son Esprit qui habite en vous ». L’Esprit pétille en nous quand, par exemple, il nous donne d’affronter avec courage les épreuves de la vie. L’Esprit pétille en nous quand, malgré le fait de nous sentir tout-petits devant le Seigneur, nous nous sentons grandir devant lui. Et quand cela arrive, quelle joie !

Bienveillance du Père, douceur du Fils, vitalité de l’Esprit : profitons de cet été pour laisser ces bulles évangéliques pétiller dans notre vie. Mieux encore : faisons déguster sans modération, tout autour de nous, la joie pétillante de Dieu. L’Évangile, comme le champagne, se déguste toujours à plusieurs.