Au sens propre, le mot grec eu charistia signifie « reconnaissance, gratitude ». C’est au cours d’une prière d’action de grâce que Jésus institua l’eucharistie au cours du dernier repas pris avec ses disciples, la veille de sa mort.

Les quatre évangiles rapportent cette scène, la dernière Cène, du latin cena, « le dîner ». « Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin. », rapporte l’évangéliste Jean qui était présent. Dans l’épître aux Corinthiens, l’apôtre Paul relate que « la nuit même où il fut livré, le Seigneur prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon Sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Telle est l’origine de l’eucharistie.

Dans le monde sémitique, la nourriture a valeur sacrée. On bénit Dieu pour le pain, l’eau, le vin ou les fruits qui sont ses dons. Le repas lui-même a valeur religieuse. Manger en commun établit entre les convives, et d’eux à Dieu, des liens sacrés. Dans la révélation biblique, nourriture et repas servent dès lors à exprimer la communication de vie que Dieu fait à son peuple. Jésus choisit précisément un rite de nourriture pour se donner lui-même et se rendre présent sous les espèces du pain et du vin. Un jour, à Hippone en Kabylie, saint Augustin, raconte qu’il entendit une voix lui dire : « Je suis l’aliment des forts, grandis et mange-moi ! Mais tu ne me transformeras pas en toi comme si j’étais un aliment matériel, c’est toi qui seras transformé en ce que je suis. »

L’eucharistie est une source et un sommet. Les pères de l’Eglise et les saints en parlent comme d’un trésor. Réelle et pleine présence du Christ, l’eucharistie est parmi les sept sacrements celui par lequel Jésus-Christ livre son corps et son sang afin que les chrétiens qui le reçoivent soient unis à lui dans la sainte communion. Par elle, ils sont ainsi liés au seul corps du Christ, l’Église. Le dimanche est le jour par excellence de la célébration de l’eucharistie. Toutefois, les prêtres perpétuent le sacrifice de la messe tous les jours. De nombreux fidèles s’en nourrissent quotidiennement car l’eucharistie n’est pas qu’un devoir dominical, mais une rencontre gratuite avec l’amour de Dieu. Les chrétiens peuvent exactement redire ce que déclaraient les martyrs d’Abitène en Tunisie, au IVe siècle : « Nous ne pouvons pas vivre sans le repas du Seigneur. »

La célébration de l’Eucharistie

La messe comporte une liturgie de la Parole, avec des chants, des prières et plusieurs lectures tirées de la Bible expliquées dans une homélie et une liturgie eucharistique, au cours de laquelle les offrandes du pain et du vin sont transformées sur l’autel pour devenir le corps et le sang du Christ.

Au terme de la prière eucharistique, l’assemblée des fidèles donne son assentiment par un Amen solennel. On peut alors prononcer le Notre Père qui est la prière des fils réconciliés avec le Père grâce au sacrifice de son Fils fait homme – et procéder au rite de la paix en signe de réconciliation des frères entre eux. L’assemblée se déplace ensuite en procession vers l’autel pour recevoir la communion eucharistique. Des rites d’entrée (chant, vénération de l’autel, encens, signe de croix, prière pénitentielle) et des rites de conclusion (bénédiction et envoi) encadrent la célébration eucharistique.

La Communion

Qui veut s’unir au Christ et participer à la table eucharistique peut faire sa communion. Il faut pour cela être baptisé et dans les dispositions requises. Avec l’âge de raison, les enfants font leur première communion. Ce jour-là, ils reçoivent l’hostie consacrée par le prêtre au cours de la messe paroissiale ou privée. Ce sacrement de l’initiation chrétienne est aussi appelé communion privée. Il est administré dès que l’enfant est en âge de comprendre qu’il communie au corps du Christ et devient lui-même membre de ce corps. Toutefois de plus en plus d’adultes, baptisés dans leur enfance, se rapprochent de l’Église et demandent à recevoir l’eucharistie. Pour ces « recommençants », des parcours catéchétiques permettent de grandir dans la foi avec d’autres chrétiens. En communiant, ils entrent progressivement dans l’intimité du Fils pour participer par lui à la vie de la trinité. « De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. » dit Jésus dans l’évangile de Jean. (Jn 6, 57)

Au cours des âges, on a démultiplié les mots pour désigner le sacrifice eucharistique. D’abord, « messe » piqué à la formule latine conclusive « ite missa est ! » puis « repas du Seigneur », « fraction du pain », « assemblée eucharistique », « mémorial de la Passion », « sainte et divine liturgie », « saints mystères », « sainte communion ». Cette multiplication des mots exprime la richesse spirituelle de l’eucharistie, immense source d’inspiration pour les théologiens poètes comme Thomas d’Aquin ou Jean Chrysostome, alias « la bouche d’or ».

 

Magali Michel