Je fais un don

Frères et soeurs,

Dieu serait-il jaloux au point de nous demander de tout abandonner pour le suivre ? Faut-il y voir l’image d’un tyran alors que nous ne cessons de dire qu’Il est un Père et que le Christ est un frère ?
 Je crois qu’il nous faut dépasser ce qui est sans doute une compréhension trop superficielle d’une première lecture de ce texte d’Évangile.
 De quoi s’agit-il ? Il s’agit, je crois, d’un dialogue qui nous révèle ce qu’est la vraie liberté, la liberté du disciple.
 Voici donc un homme qui situe sa relation à Dieu dans un schéma de mérite et de récompense, de vertu qui donne des droits.
  "Que faut-il FAIRE pour AVOIR la vie éternelle ? "
 Et le Christ ne refuse pas la question… Au contraire ! "Tu connais les commandements" lui dit-il. Et ce fut l’occasion pour cet homme de se rappeler les commandements sans oublier d’en revendiquer la pratique et de faire état de sa vertu.
 Le dialogue aurait pu s’arrêter à ce constat mais c’est justement cet aveu de perfection qui permet au Christ d’aller plus loin. "Posant son regard sur lui, dit l’Évangile, Jésus se mit à l’aimer." Non pas qu’il ne l’aimait pas auparavant mais parce que Jésus veut situer le dialogue à un autre niveau, celui de l’Amour et de l’Alliance et non plus du permis et du défendu.
  "Une seule chose te manque", dit Jésus à cet homme venu à sa rencontre. "Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et puis viens et suis-moi." VA, VENDS, VIENS… les trois "V" du disciple !
 Mais je suis frappé par cette façon de dire : "Une seule chose te manque"… Ne croyez-vous pas que, dans nos vies, beaucoup de choses changeraient si nous comprenions mieux ce qu’est cette "seule chose qui nous manque" ? Et sans doute, cette "chose" est-elle différente pour chacun… mais s’il fallait la ramener à ce qui nous est commun, je parlerais de la RADICALITÉ. Il y a dans notre vie, je crois, un appel à la radicalité, c’est-à-dire à dépasser nos médiocrités ou nos bonnes consciences pour atteindre la joie du don total à Dieu et à ce que pour quoi nous sommes appelés à vivre aujourd’hui sur cette terre.
 Il n’y a pas la joie sans radicalité parce qu’il n’y a pas bonheur dans la tiédeur ou la demi-mesure. L’homme n’est grand que dans la conscience et la rencontre de ce qui le dépasse. Non pas de ce qui l’anéantit, mais de ce qui lui révèle la véritable mesure de ce qui fait sa grandeur.
 Et voici donc cet homme de l’Évangile appelé à entrer dans un autre chemin de perfection : celui de l’alliance vécue jusqu’au don de qui il est. Mais "il devint triste, dit l’Évangile, car i1 avait de grands biens". La possession devient une prison alors que la pauvreté conduit à la liberté. Mais ne confondons pas ! L’Évangile ne fait pas l’éloge de la misère qui est un autre enfermement. Il invite à la pauvreté faite de dépossession, de vulnérabilité, de fragilité… là où le coeur de pierre fait place au coeur de chair.
 Nous vivons dans un monde où la tristesse l’emporte trop souvent sur la vraie joie. Il y a la morosité et le désenchantement qui sont souvent les fruits de nos insatisfactions et de nos déceptions. C’est l’amertume de ceux qui s’enferment dans les prisons de leurs possessions. Il nous faut donc choisir et découvrir où est la vraie liberté. VA, VENDS et VIENS, dit le Christ, il faut une grande et belle liberté intérieure pour répondre à cet appel. Car je crois que la rencontre du Christ est toujours source de vraie liberté.
 Avez-vous remarqué que la possession effrénée des biens matériels ou autres est toujours source de tristesse alors que la pauvreté – au sens de la dépossession et de la disponibilité du coeur – est toujours source de vraie joie ? Voici l’enjeu de l’Évangile. Au début de cette semaine missionnaire, nous voici invités à la liberté et à la joie du disciple.
 Au-delà des mots qui se lisent, il y a une expérience à vivre. Ils sont nombreux ces hommes et ces femmes devenus, par leur vie, les témoins et les missionnaires de cette joie de l’Évangile Ils sont les hommes et les femmes libres dans notre monde qui inversent trop souvent les priorités.
  "Une seule chose te manque", nous dit le Christ. Oserons-nous rejoindre ce manque qui dit aussi notre désir profond d’Absolu et de Vérité pour mettre nos pas dans ceux du Christ et faire de notre vie un chemin de béatitude ?
 L’Évangile vient ajuster notre vie au diapason du véritable bonheur. Et cela change tout !

Références bibliques :

Référence des chants :