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La parole de Jésus, aujourd’hui, est particulièrement forte. En même temps un peu vexante, pourrait-on dire. "Les publicains et les prostituées vous précédent dan le royaume de Dieu." Et nous qui faisons tous nos efforts pour ne pas être des prostituées et des publicains ! Pourtant, cette phrase ne devrait pas nous étonner. Il suffit d’ouvrir l’Evangile pour constater que Jésus est souvent entouré de gens "peu recommandables", mais qui accueillent sa parole et se mettent généreusement à sa suite.

Il est bon, cependant, de situer le texte d’aujourd’hui dans son contexte. En effet, entre la parabole des ouvriers de la onzième heure lue dimanche dernier et l’évangile d’aujourd’hui, il s’est passé bien des choses. Jésus est entré solennellement à Jérusalem (c’est le dimanche des Rameaux), puis il a chassé les marchands du Temple. "Ma Maison est une maison de prière et vous en avez fait un repaire de brigands". Les grands prêtres et les anciens ont été profondément choqués et ils ont interpellé Jésus : "Par quelle autorité fais-tu cela ?" Et Jésus leur a renvoyé une autre question : "Et d’où venait donc le baptême de Jean ? Avec vous, c’est toujours la même chose. Déjà Jean-Baptiste, vous n’avez pas voulu comprendre. Les prostituées et les publicains, eux se sont convertis." Effectivement, tout au long de l’Evangile, nous assistons à des conversions : les plus célèbres sont Zachée, Maris Madeleine, mais il y a aussi l’auteur de l’évangile de ce jour, Matthieu, qui était assis à sa table de publicain au moment où Jésus l’a appelé.

Aujourd’hui encore, dans nos communautés chrétiennes, nous pouvons rencontrer des "convertis". Et notamment dans les communautés nouvelles, telle que celle qui accueille : la communauté du Verbe de Vie. Humblement, il nous faut reconnaître que ces "convertis" nous mettent parfois bien mal à l’aise. Leur radicalité, leur foi joyeuse nous posent parfois question à nous qui sommes des "habitués" et qui nous sommes parfois faits une vie confortable à l’ombre de l’Evangile. Nous avons codifié, ritualisé, et nous pouvons être très durs pour ceux qui n’entrent pas dans nos règlements. Il faut bien reconnaître, d’ailleurs, que ces "convertis" ont de la peine à se situer dans certaines de nos communautés qu’ils trouvent trop tièdes, manquant d’audace, divisées sur des choses qui ne sont pas l’essentiel. Ils nous interpellent. Nous laisserons-nous par ceux sui, toute leur vie, font un écho direct à l’Evangile de Jésus ?

Pour Jésus, les étiquettes sont souvent trompeuses. De plus, les jeux ne sont pas encore faits. La petite parabole qu’il nous raconte illustre parfaitement : on peut dire oui et ne pas aller à la vigne, dire non et y aller. Il ne faut jamais faire un arrêt sur image. Ce qui compte, aux yeux de Dieu, c’est l’histoire de notre liberté qui peut toujours se convertir, se reprendre et choisir le bon chemin. Et nous, nous avons l’habitude de juger un acte isolé, sur un mot hors contexte, sur un titre, sur une réputation. Ici, nous revient en tête la phrase de l’Evangile : "Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés." Nous ne connaissons pas l’histoire de chacun ni d’où il vient, ni où il va. Dieu seul voit les coeurs, lui seul sait quelle est la vérité de notre oui ou de notre non. Et le regard qu’il porte sur chacun de nous est d’espérance : il peut toujours se convertir.

Ecoutez cette autre parabole : il y avait, au centre du village, un énorme bloc de pierre informe qui défigurait toute la place. On ne savait même plus d’où il venait. Un jour, ce fut décidé : il faut l’ôter. Mais un sculpteur, venant d’un pays étranger, passa par là et apprit la nouvelle. Il vint se proposer : "Je peux faire de ce rocher une oeuvre d’art dont vous serez fiers." Le marché fut conclu et, pendant des semaines, derrière la palissade qui entourait le bloc de pierre, on l’entendit travailler. Enfin, au bout de plusieurs semaines, on put dévoiler la sculpture et l’on découvrit un magnifique cheval. Applaudissements. Un enfant interrogea le sculpteur : "Comment savais-tu qu’il y avait un cheval dans ce bloc de pierre ?" Ne jugeons donc pas ; restons humbles, ainsi que nous y invite saint Paul dans la deuxième lecture.
 Ayons, comme Dieu, ce regard qui espère toujours trouver en chacun une merveille.

L’évangile d’aujourd’hui nous invite à un pas de plus, celui de la conversion. Oui, les prostituées et les publicains nous précédent dans le Royaume, ils ont parfois une longueur d’avance sur nous, mais il est toujours temps de nous mettre à leur suite ! Nous qui, si souvent, récitons le Notre Père, quand nous déciderons-nous à passer des paroles aux mots et à faire sa volonté ? Et peut-être tout simplement à la chercher. La foi n’est pas d’abord une question de rites et de dogmes, mais de conversion : nous décider enfin à faire ce que Dieu attend de nous, à réaliser son rêve de fraternité pour tous les hommes. Revenons à la première lecture, celle du Prophète Ezéchiel. La situation du peuple de l’Alliance est déplorable. C’est le temps de l’exil à Babylone. Tout s’est effondré. A qui la Faute ? A nos pères, disent certains. "Les pères ont mangent des raisins verts, et les dents des fils ont été agacées" (Ez 18,1). A Dieu, disent d’autres. Et Ezéchiel de répondre : La balle est dans votre camp. A vous de vous convertir pour que le monde change.

On parle aujourd’hui de déchristianisation, de perte de repères, d’indifférence, d’individualisme, de matérialisme…Et les analyses sociologiques ou autres ne manquent pas pour nous expliquer tout cela. Il y a sans doute une part de vérité. Mais Jésus, à travers la liturgie d’aujourd’hui, nous invite à prendre nos responsabilités, à nous convertir. Il est urgent, si nous voulons que la foi chrétienne continue dans nos pays, que nous retrouvions la radicalité de l’Evangile, celle qui anime les "convertis". Ce qui est fade, en effet, ne se transmet pas.

Oui, Frères et Soeurs, la véritable question restera toujours celle de notre propre conversion. Il y a urgence. Dieu nous renvoie sans cesse à notre liberté. Que cette eucharistie aide à nous situer dans le sillage de Jésus et de son Evangile.

Références bibliques :

Référence des chants :