Je fais un don

Bénédicte, qui a 9 ans, a repris les réunions de catéchisme, mercredi dernier, après les vacances de printemps. La dame qui fait le catéchisme lui a parlé de la résurrection de Jésus. Vous auriez vu ses yeux qui brillaient, et aussi l’étonnement de Damien, de Jean-Lionel, des cinq garçons et filles qui étaient autour de la table. C’était la première fois qu’ils entendaient dire que le Christ Jésus était vivant et qu’on pouvait aujourd’hui encore le prier, lui parler.

De retour à la maison, Bénédicte s’est plantée devant sa maman : « Maman, la dame nous a dit que Jésus est ressuscité après sa mort. Comment se fait-il que tu ne me l’avais jamais dit ? »

Je ne sais pas comment la maman a répondu ; je sais ce qu’elle a pensé. Elle ne l’avait jamais dit à Bénédicte parce qu’elle ne l’avait jamais cru !

Mes amis, nous vivons une époque où la foi chrétienne n’est plus un héritage de famille. Combien de « Bénédicte » n’entendront jamais parler de Jésus à la maison ? Il faut donc que d’autres s’en chargent.

Oui, nous sommes passés de « l’héritage à la proposition ». Les évêques de France invitent résolument à une pastorale de « la proposition de la foi dans la société actuelle ».

Leur « Lettre aux catholiques de France », en 1996, nous désigne tous comme chargés de cette proposition de la foi.

Je devine votre réaction, qui est celle de beaucoup de chrétiens qui ont de la peine à se sentir personnellement concernés quand il s’agit de la mission. Vous pensez peut-être que c’est tout de même un peu réservé aux prêtres ou à quelques laïcs mais, en tout cas, des spécialistes formés… Mes amis, la proposition de la foi est confiée à l’Église tout entière, c’est-à-dire à nous tous, prêtres et laïcs.

C’est cette conviction que je voudrais renouveler en vous aujourd’hui, en ouvrant peut-être quelques chemins que vous pourrez sûrement emprunter.

*
* *

Pour cela, je me servirai des paroles de l’apôtre Pierre, que nous avons entendues tout à l’heure : « Soyez toujours en mesure de rendre compte de l’espérance qui est en vous… mais faites-le avec douceur et respect. »

« Faites-le avec douceur et respect. » Qu’est-ce que cela veut dire ?

Cela veut dire qu’il ne faut pas « asséner » des vérités, qu’il ne faut pas imposer un chemin, mais proposer l’Évangile de Jésus.

L’Évangile s’offre, refusant toute croisade. L’arrogance tue, la modestie, l’humilité ouvrent les coeurs. Tout est dans le ton. Il faut allier la douceur du témoin et pourtant la fermeté du message. Il faut offrir le message avec précaution et pourtant sans réserve.

Sans réserve, bien sûr. On m’a cité, ces derniers jours, une conversation autour d’une table. Un homme, ce soir-là, que l’on savait croyant – il ne s’en cachait pas – a été sollicité par ses amis à rendre compte de sa foi… À bout d’arguments peut-être, il s’est contenté de dire : « La résurrection de Jésus, la présence du Christ dans ma vie ?… oui… enfin… c’est peut-être une façon de parler ! »

Eh bien ! non et non ! Il ne faut pas réduire l’essentiel de la foi chrétienne à « une façon de parler ».

Tout à l’heure, le prêtre nous a dit : « Le Seigneur soit avec vous. » Est-ce une façon de parler ?…

Quand je prie le Christ, est-ce que je parle à quelqu’un ou non ? Est-ce une façon de parler ?…

Dans l’Évangile de ce dimanche, Jésus dit : « Je ne vous laisserai pas orphelins,… Je vous enverrai mon Esprit… Je suis avec vous tous les jours. » Est-ce une façon de parler ?…

L’Eucharistie, la messe, Jésus au milieu de nous, est-ce une façon de parler ?…

Ce qui « enterre » le message du Christ, vous l’avez compris, c’est la façon de parler approximative, réductrice, de certains chrétiens.

Un théologien, je crois, s’apprête à écrire un livre – il en a écrit plusieurs – où il dira : « Non, Dieu n’est pas mort ; c’est l’Église qui est fatiguée. »

*
* *

Eh bien ! j’ai envie de rejoindre votre bonne santé dans l’Église. Tous les chrétiens ne sont pas fatigués !

Et puis, nous sommes là pour nous refaire une santé.

Pour que « nous soyons toujours en mesure de rendre compte de l’espérance qui est en nous », selon la consigne de l’apôtre Pierre, je vous propose deux chemins… deux conditions… Je les emprunte à une parole de Jésus lui-même, à une parabole où il nous dit que le Royaume de Dieu, c’est comme un festin de noce… et qu’il faut aller aux carrefours des chemins inviter tous ceux que nous rencontrerons.

Eh bien ! – notre invitation doit être assez joyeuse, puisque c’est un festin de noce. – notre invitation doit être assez actuelle, lancée dans les meilleurs carrefours.

( Notre invitation est-elle assez joyeuse ? Cette semaine, j’ai reçu un coup de téléphone : une maman prévenait que son enfant ne viendrait plus au catéchisme : « Deux années, ça suffit bien, il a fait son temps ». Et puis, elle a ajouté : « Son père et moi, nous pensons qu’il ne faut pas les ennuyer trop tôt avec tout ça ! »

Comment peut-on en arriver là ?

Quand ils pensent au message du Christ, à quoi pensent ces parents-là, pour avoir envie de l’épargner à leurs enfants ?

Pour trop de gens, la foi chrétienne se réduit à une doctrine abstraite et froide, une morale ennuyeuse, répressive.

Étonnez-vous qu’on n’ait aucune envie de la transmettre à ses enfants. Les chrétiens sont porteurs d’une invitation au bonheur, le disons-nous assez ? Peut-être que le principal obstacle à la mission, c’est que les chrétiens – nous-mêmes – nous ne sachions pas assez quel trésor nous portons.

Religieux rime avec ennuyeux (ennuyeux comme une messe ! vous connaissez l’expression ?). Notre invitation ne doit pas être assez joyeuse.

( Notre invitation est-elle assez actuelle ? Les chrétiens sont-ils des hommes et des femmes de leur temps ? Sont-ils présents aux carrefours d’aujourd’hui ? « Allez aux carrefours des chemins » dit Jésus.

Les carrefours importants aujourd’hui, quels sont-ils ? Contentons-nous d’en énumérer quelques-uns. Ils sont indiqués, comme tous les carrefours, par les panneaux de signalisation.

* Voici HÔPITAL-SILENCE. À ce carrefour de la souffrance, l’Église a-t-elle une parole pour ceux qui souffrent, ceux qui meurent, pour ceux qui soignent et ceux qui soulagent ?

* Voici RALENTIR ÉCOLE. L’Église est-elle ce carrefour de la jeunesse et de la culture ? A-t-elle quelque chose à dire à ceux qui enseignent et à ceux qui apprennent ?

* Voici SORTIE D’USINE. Quelle parole qui rejoigne les travailleurs, les employeurs, les chômeurs ? Quelle invitation à la justice, et à la solidarité ?

* Voici MAISON D’ARRÊT CENTRE DE DÉTENTION. L’Église a-t-elle une parole, quelque chose comme « tout homme est une histoire sacrée, tout homme est à l’image de Dieu » ?

* Voici le panneau VOUS N’AVEZ PAS LA PRIORITÉ. L’Évangile dit : « priorité aux petits, aux démunis ». L’Église sait-elle le dire et le vivre ?

* Voici le panneau STOP ou SENS INTERDIT. Les interdits sont encore des bonnes nouvelles pour la vie des hommes.

Ils ne sont pas là pour nous empêcher de vivre, mais pour nous permettre de vivre ensemble. Est-ce que l’Église trouve toujours les mots pour le dire ?

* Que dire encore des carrefours importants de L’IMMIGRATION, du DIALOGUE ENTRE LES RELIGIONS, de LA MONDIALISATION, de LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE. Quelle invitation à la paix, à la tolérance, aux Droits de l’homme, à la solidarité ?

Sommes-nous présents à tous les carrefours importants de la vie d’aujourd’hui ?… Sinon notre invitation ne sera pas assez actuelle.

*
* *

Voilà, nous sommes passés de l’héritage à la proposition de la foi. Cette proposition repose bel et bien sur nous tous… Eh bien ! Nous ferons tout pour que cette proposition soit assez joyeuse et assez actuelle.

Références bibliques :

Référence des chants :