Thérèse de l’Enfant-Jésus est vivante, elle est près de Dieu en qui elle a mis sa confiance jusqu’à la mort. Et maintenant, elle est témoin de nos prières. Elle comprend nos désirs.

Beaucoup de gens le savent aux quatre coins du monde, souvent bien au-delà des frontières de l’Église. En regardant vers elle, nous sommes appelés à faire l’expérience de Dieu et de sa miséricorde, avec ce mélange étonnant de réalisme et d’audace qui est son secret.

Son réalisme, c’est celui de la foi en Dieu. Dès son enfance, elle n’a pas peur de tout confier à Jésus. Elle lui parle. Elle lui dit ses joies et ses peines, ce qu’elle découvre et ce qui la blesse, surtout après la mort de sa mère. Tout pour elle fait partie du dialogue de la foi.

Thérèse, rappelle-nous que les enfants sont capables, comme toi, d’entrer dans ce dialogue avec le Dieu vivant.

Mais toi, dès ton enfance, tu es lancée dans une " course de géant  ", ou plutôt tu laisses Dieu accomplir en toi cette course. Cela commence par ce fameux Noël de tes 13 ans. Après la messe de minuit, tu te prépares à prendre les cadeaux dans la cheminée, et ton père fait alors une remarque très désagréable : "  Heureusement que c’est la dernière fois ! " Tu aurais dû pleurer, et te voilà saisie par le Christ qui te rend forte et courageuse pour tous les combats à venir.

Et les combats vont se multiplier au Carmel de Lisieux où tu entres à 15 ans. Le combat contre la maladie qui te ronge, et surtout contre ces ténèbres qui ont envahi ton âme et qui te poussent vers le néant : "  Avance, avance, réjouis-toi de la mort qui te donnera, non ce que tu espères, mais une nuit plus profonde encore, la nuit du néant. "

Et nous qui nous imaginions que les vocations contemplatives sont des vocations protégées, alors que le désir de Dieu atteint aussi ce qu’il y a de plus obscur en nous.

Mais le secret de Thérèse, au milieu de ses combats, c’est de se livrer à Dieu, au lieu de succomber à la peur. Alors elle découvre ce qu’elle appelle sa " petite voie " de confiance et d’amour : elle se remet totalement entre les mains du Père des cieux. Et la voilà consolée, transformée par Dieu lui-même qui agit comme une mère !

L’enfance selon Dieu, ce c’est donc pas le symbole des illusions perdues par des adultes qui refuseraient de vieillir ! Au contraire : c’est une attitude résolue de confiance plus forte que tout.

Alors l’audace est possible, qui n’enlève rien ni au réalisme, ni aux épreuves. C’est l’audace de l’amour, de l’amour d’abord reçu de Dieu, comme une source vive, et de l’amour vécu de façon ordinaire. Thérèse le pratique au milieu de ses soeurs. Elle comprend qu’il n’est pas facile d’aimer vraiment, de s’oublier soi-même, ou comme elle le dit, de ne pas attirer à elle les coeurs des autres, mais de les conduire à Dieu.

Elle s’offre elle-même à l’Amour miséricordieux, et elle va faire un jour la découverte fulgurante de sa vocation dans l’Église : " Dans le coeur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour ! " Elle ose s’inspirer de l’apôtre Paul, pour entrer dans le mouvement qui anime le Corps du Christ.

Et elle a été exaucée : cette sainte devenue docteur de l’Église n’en finit pas de rappeler à l’Église entière sa mission essentielle, qui est d’inscrire l’expérience de Dieu au plus profond de notre humanité.

Thérèse, apprends-nous, apprends à l’Église de ce temps, à être, comme toi, réaliste et audacieuse pour cette mission-là !

Réaliste pour reconnaître que des obstacles à l’Évangile et à l’évangélisation sont nombreux, à cause de la dureté et de l’égoïsme de nos sociétés, et aussi à cause de nos peurs et de nos inerties.

Audacieuse, pour proposer l’Évangile à frais nouveaux, en repartant du Christ, comme notre pape Jean Paul II nous y a invités au début de ce nouveau millénaire, car " Face aux grands défis de notre temps, ce n’est pas une formule qui nous sauvera, mais une Personne, avec la certitude qu’elle nous inspire : "  Je suis avec vous ". "

Cet engagement de Jésus fonde le travail de l’Église. Dans notre diocèse d’Angoulême comme ailleurs, nous avons à manifester le dynamisme de l’Évangile, qui est inséparablement celui de la foi en Dieu et celui de l’amour reçu de Dieu et vécu en vérité.

Thérèse, patronne des missions, patronne de la France, mets en nous le désir fort et pur de manifester ce dynamisme de l’Évangile ! Et permets-moi une prière, en écho à l’une de tes dernières paroles, une des plus audacieuses : " Même si nous avions sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre ", que nous puissions nous jeter dans les bras de Jésus, comme des enfants prodigues, avec la même confiance que toi, en espérant toujours.

Cette prière est personnelle. Elle vaut aussi pour notre monde, surtout quand il faut espérer que l’amour soit plus fort que la haine, particulièrement à Jérusalem, et aussi chez nous, dans nos maisons ! Pour tout cela, sois avec nous, petite soeur ! Apprends-nous à devenir des enfants de Dieu !

Références bibliques :

Référence des chants :