Je fais un don

Je suis sûr qu’il y a, à l’instant même, devant sa télévision, quelqu’un qui vient d’entendre par hasard cette page d’Evangile. S’il ne sait pas qui nous sommes et ce que nous faisons, je me demande comment il perçoit ces phrases :
  " Qui mange ma chair, qui boit mon sang… "
" Je suis le pain vivant … "
 Et nous aussi d’ailleurs, comment les entendons-nous ? Jésus ne dit pas que le pain est le symbole de son corps, il dit : " qui consomme ma chair ". Il a des mots charnels, des mots qui nous troublent autant que celui ci qui vient maintenant à mon esprit : celui d’anthropophagie . Il y a certainement une manière très profane de parler de ce mystère de l’Eucharistie. Le Pain consacré, puisqu’il s’agit bien de cela, n’est pas la chair humaine de Jésus, c’est le Corps Ressuscité du Christ : Communier, ce n’est pas manger la chair humaine du corps physique de Jésus, c’est participer au festin des Noces de l’Agneau de Dieu. Le Christ nous met dans sa communion, il nous inclut dans son Corps ressuscité : il fait de notre corps, son corps. C’est Lui qui se donne à nous parce que c’est Lui qui est ressuscité.
 Or, quand les apôtres entendent ces mots, Jésus n’est pas encore ressuscité et ses paroles sont proprement incompréhensibles. D’ailleurs beaucoup de ses disciples vont le quitter après ce discours sauf les Douze et quelques autres parce que Pierre aura dit en leur nom : " Seigneur, à qui irons-nous, tu as les paroles de la vie éternelle… ". Si on n’a pas la fin de l’histoire, on ne peut pas entendre et encore moins célébrer ces paroles. C’est pour cela que cette Fête du Corps et du Sang du Christ est vécue, dans la chronologie de nos liturgies, après Pâques et après la Pentecôte : Le don de l’Esprit Saint doit être préalable à la réception de l’Eucharistie. C’est l’Esprit (Saint) qui accorde à notre esprit la possibilité d’entrer dans ce mystère. Il le fait en nous donnant les paroles mêmes de Jésus Christ. J’en ai choisi trois aujourd’hui.
  " Qui mange ma chair demeure en moi " :
 Autrement dit, en communiant, nous demeurons en Jésus.
 En communiant, nous construisons notre relation et notre foi sur Jésus Christ. Notre foi n’est pas une adhésion à des valeurs religieuses, elle consiste à vivre dans l’union, dans la comm-union à Jésus Christ ressuscité: " si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’Homme, vous n’aurez pas la vie en vous ". Le Christ nous alimente et alimente notre foi. Sans cette communion, nous risquerions de faire de l’anorexie spirituelle, d’être sous-alimentés spirituellement. Nous pouvons alimenter notre foi à d’autres sources qui ne sont pas eucharistiques, mais celle ci a cela d’unique que nous ne nous la donnons pas à nous mêmes, nous la recevons. Nous ne nous construisons pas notre mystère de Dieu, nous recevons le sien, concrètement.

Deuxième Parole du Christ : " Celui qui mange ce pain vivra pour l’éternité "
 Ce pain nous communique notre part d’éternité. Dans la communion, nous avons part à cet état du Ressuscité. C’est Lui qui se déplace vers nous : Il y a du divin dans notre charnel : comme une prolongation de l’Incarnation en celui qui communie. Cette vie divine en nous est si importante aux yeux de Dieu qu’Il choisit de ne pas attendre notre mort et donc notre éternité pour nous la communiquer. Il l’anticipe en nous donnant le Corps et la vie du Fils bien aimé dés maintenant. Nous recevons donc cette capacité d’amour et de compassion qui est en Dieu pour mener le dur labeur de la vie.
 Communier, c’est recevoir le Christ pour donner le Christ. C’est un combat cruciforme (en forme de croix) et souvent crucifiant.
 La vie éternelle n’est donc pas la prolongation dans l’éternité de notre condition humaine. Avec humour, je dirais que ce n’est pas la carte " Vermeil " prolongé, c’est la carte " merveille " anticipée : la capacité de faire des merveilles de la part de Dieu dans notre vie. Communier nous donne la force du Christ.
 Enfin, je prends une dernière parole du Christ : " Ce pain qui descend du ciel n’est pas comme celui que vos pères ont mangé ". En disant cela, Jésus fait appel à la mémoire religieuse de son peuple: " Souvenez-vous du temps de Moïse quand vos pères étaient au désert du Sinaï. Dieu leur a donné la manne ". Comme nous, dans la lecture du Deutéronome : Dieu nous fait connaître la pauvreté pour nous faire désirer une autre nourriture: sa Parole. Or, continue Jésus, vos pères sont morts après le temps du désert, mais moi, je veux vous nourrir d’un pain d’éternité. Jésus qui va mourir ET Ressusciter veut nous communiquer sa Puissance plus forte que la mort. Ce Pain ne nous empêche pas de mourir, mais il nous donne l’éternité dans la mort, comme " à la place " de la mort.

Chaque dimanche, les cloches de la messe nous appellent à recevoir ces trois nourritures qui donnent consistance à notre vie spirituelle.

  1. La nourriture de la Parole : car nous appartenons à un peuple qui a cherché Dieu et que Dieu a trouvé. Ce peuple s’est posé les mêmes questions que nous et Dieu a déposé en lui ses réponses. Le Livre de sa Parole est notre premier festin.
  2. Le deuxième festin est bien celui de l’Eucharistie. Le seul repas dont Dieu Lui-même s’est fait le Serviteur, car Lui seul pouvait choisir de se livrer ainsi. Ce festin n’est pas le produit de notre réflexion, il est un pur don. Si nous avions inventé notre religion, nous n’aurions pas osé imaginer de telles paroles, si énormes. Ce que nous célébrons ne vient définitivement pas de nous.
  3. Et l’ultime repas n’est pas la moindre, c’est celui de la communauté: le Jour du Seigneur est le jour de la communauté, le jour où nous enlevons la solitude de notre acte de foi et où nous recevons des frères avec qui prier. Ainsi ce n’est pas en croyant qu’on devient petit à petit pratiquant, c’est en pratiquant que Jésus construit petit à petit, en nous, le croyant, jusqu’à ce que nous puissions dire, nous aussi : " A qui irons-nous, Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle "

Références bibliques :

Référence des chants :