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Tout autre chose maintenant : je me souviens d’une communauté de moines que je rencontrais avec stupéfaction à l’âge de 20 ans. Je pensais : " ils sont complètement coupés du monde ! " J’ai découvert qu’ils étaient incroyablement branchés sur le monde, au courant de tous les événements importants sans être noyés par le superficiel, portant ce monde dans leur prière, accueillant ce monde car on venait chez eux prendre du recul avec leur aide et laisser décanter les événements.

Ces deux exemples montrent qu’il n’est pas si simple pour nous d’être bien dans ce monde, les pieds sur terre, sans fuir en avant et sans à l’inverse se perdre dans les tourbillons des modes. Alors que ce n’est pas si simple, voici que Jésus semble compliquer l’affaire dans l’évangile de ce dimanche en déclarant : " mes disciples ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde. "

Comment comprendre cette provocation ? Eh bien je regarde comment Jésus se comporte tout au long de l’Évangile. Il ne cesse d’arpenter son monde et d’établir de nouveaux contacts. Il parle aux gens de leur vie ordinaire : l’argent, le travail, les relations quotidiennes. Il ne fuit absolument pas ce monde, mais d’un autre côté il est bien souvent un signe de contradiction. Les lépreux, les malades, les pécheurs, les étrangers, il les approche, il les touche, tandis que les gens " bien comme il faut " ne veulent pas même le voir. Il dénonce avec force l’hypocrisie de certains puissants de son époque. On voudrait faire de lui un roi, on voudrait faire de lui un magicien ? Il revendique d’être simplement l’envoyé du Dieu très bas. Ainsi, lorsqu’on voit comment Jésus agit tout au long de l’Évangile, on comprend mieux : Jésus, après sa mort sur la croix et sa résurrection, va quitter ses disciples. Ses dernières recommandations portent sur la manière d’être dans ce monde. " Mes disciples ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde ", dit-il, mais d’un autre côté, dans sa prière, il dit au Père : " De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. "

Une première clef de compréhension est là : être non pas du monde, mais dans le monde. Non pas sous la dépendance du monde, de ses courants et de ses modes, mais dans le monde, dans la pâte de ce monde et au service de ce monde loin des rêves ou de l’enfermement dans une tour d’ivoire.

Et puis voici une deuxième clef de compréhension : si nous sommes envoyés dans le monde, c’est donc que nous sommes porte-parole de celui qui nous envoie. Nous sommes porteurs de la parole qui vient de Dieu. C’est comme cela que je comprends les paroles de Jésus que nous venons d’entendre : " Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom… Consacre-les par la vérité. Ta Parole est vérité. "

Ce que je comprends dans le texte d’aujourd’hui c’est que si je veux être fidèle à Dieu, je dois trouver une position d’équilibre pas toujours facile j’en conviens. Ne pas fuir ce monde, ne pas être ballotté par les " prêts à penser " qui viennent du monde prétendument branché, trouver le moyen d’être dans ce monde porte-parole de Dieu qui crée ce monde, aime ce monde et désire ce monde libre !

À longueur de ce qu’on appelle très improprement " télé réalité " on veut nous imposer un modèle de relations où l’on s’exploite, où l’on se dénonce et se jette, où l’on se mire dans le regard de l’autre. Serons-nous dupes de cette crétinisation des esprits et surtout de cette pompe à fric par les produits dérivés et le piège à publicité qu’elle engendre ? " Non pas du monde, mais dans le monde ", comme ces deux fiancés qui écrivent à la veille de leur mariage : " Nous avons choisi de nous unir devant Dieu pour qu’il nous aide à avancer dans notre projet de vie, pour recevoir de lui une assurance et une mission. Dieu nous appelle à montrer que la fidélité est possible. Seul l’amour du Christ ne passera jamais, c’est dans cet amour que nous nous efforçons de construire notre vie. Nous ne nous aimons pas pour nous-mêmes. Nous nous aimons pour donner de l’amour. "

Autre exemple où je m’adresse surtout aux plus jeunes : la fascination du look ! " T’as pas le look " parce que tu ne portes pas la bonne marque de vêtement, parce que tu ne portes pas la bonne coupe de cheveux ! Je comprends cet attachement à se présenter sous un jour plaisant, mais demande-toi, à 15 ou 17 ans, si tu enlèves le look, est-ce qu’il reste quelque chose ? Je crois bien qu’en fait, oui, il reste quelque chose, mais ne l’étouffe pas, développe-le, et en prenant une bonne place, pas artificielle, dans ce monde !

Un autre exemple m’était fourni ici même hier soir. Dans cette église se trouvent des personnes qui viennent d’un village de Lorraine, le village de Riche. En 1940 les habitants de ce village ont fui la guerre et trouvé refuge à Donzenac et ils en font mémoire aujourd’hui. Alors que le monde s’enfonçait dans la folie de la guerre, ici, à Donzenac, des personnes étaient signe de contradiction en accueillant, en fournissant un hébergement, en fournissant un travail, en permettant de survivre et de vivre bien !

A nous tous de chercher maintenant d’autres exemples pour nous situer avec ces repères simples : non pas du monde, mais dans le monde comme des êtres libres et comme porteurs de la parole de Dieu !

Références bibliques :

Référence des chants :