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"L’Esprit de vérité vous guidera vers la vérité toute entière." Quelle prétention : entrer dans la vérité toute entière. Qui peut entrer dans la vérité toute entière ? La fête de la Sainte-Trinité nous engage tout de même à entrer plus profondément dans la Vérité de Dieu. Nous ne pouvons jamais en saisir toute la vérité ; Dieu nous dépasse infiniment. Heureusement le Seigneur nous a parlé de Dieu, il nous l’a fait connaître. C’est en le regardant sur la croix que nous saisissons le mieux son message. La croix nous parle de Dieu, la croix de Jésus nous éclaire mieux sur Dieu que les plus grands miracles. Regardons la croix. Dans la foi.

Quand je regarde la croix, dans la foi au Ressuscité, je connais quelque chose de Dieu le Père tout puissant, de Jésus le Fils, de l’Esprit Saint, du Dieu unique. Tout simplement parce que j’y discerne la force de l’amour.

La croix nous dit un Dieu tellement Père pour nous, qu’il envoie son Fils livrer sa vie pour tous les hommes de tous les temps et de tous les pays, tous appelés à devenir pour lui des fils.

La croix nous dit un Dieu tellement Fils, qu’il obéit au Père jusqu’à entrer dans le drame du Calvaire et à mourir en croix pour ressusciter et nous partager sa vie.

La croix nous dit un Dieu tellement Amour, qu’il lie en un seul Dieu ce Père qui envoie le Fils et ce Fils qui obéit au Père. Voilà la vérité telle que Jésus la révèle au monde. Voilà la vérité que nous proclamons ce matin : Dieu est Père, Fils et Esprit car il est Amour. Une vérité qui donne sens à toute notre vie, à notre existence : nous sommes faits pour aimer et notre bonheur tient à la profondeur et à la vérité de l’amour qui s’exprime dans nos vies – l’amour don de soi à l’image de l’amour du Père et du Fils.

Il se trouve que nous proclamons cette vérité essentielle le jour anniversaire du débarquement et que cela nous permet de mieux réfléchir aux événements de cette époque. Il y a 60 ans. Je me souviens bien avoir vécu cette journée, j’étais à peine adolescent, réfugié dans un petit village de Loire-Atlantique. Quel espoir dans nos coeurs ! Quelle fête ! Nous espérions bien la réussite de ces combats.

Je ne savais pas ce qu’était la guerre, bien qu’ayant subi les bombardements de Nantes. Je ne réalisais pas que des jeunes hommes, par souci de nous arracher au nazisme, de nous apporter la liberté, tombaient sur les plages rebaptisées d’un nom de code. Je ne savais pas bien ce qui était en jeu, mais je savais qu’il fallait que l’occupation cesse et que la vie redevienne plus normale. C’était important la libération ; c’était la fin de la guerre. Nous disions merci à nos libérateurs et nous les acclamions.

Depuis, lentement, à la lumière de la réflexion chrétienne, nous sommes entrés dans la vérité sur la guerre. Le pape Jean Paul II a dit que la guerre est le moyen le plus barbare et le plus inefficace de régler les conflits. Tous ne l’admettent pas, il suffit d’écouter les informations pour le constater. Le 60e anniversaire du débarquement nous le redit tout de même lorsque nous réalisons que trop d’hommes sont morts chez nous, sur nos terres pour nous libérer. Acceptons la vérité qui se dégage de ces événements terribles Elle est complexe : il nous faut pouvoir nous défendre contre des attaques injustes, c’est vrai, mais nous devons nous interdire de déclencher la guerre si ce n’est en cas de légitime défense. La vérité, c’est la croix qui nous la suggère. La croix nous dit que l’amour, qui est plus fort que la mort, aurait pu nous défendre de la guerre. Il aurait fallu que beaucoup croient à l’amour. L’amour a manqué, l’amour n’a pas été écouté et des millions de morts ont été nécessaires pour mettre à bas la puissance d’une idéologie barbare. Et voilà que la guerre continue, que des peuples sont marqués par des guerres dramatiques. Comment se fait-il que la guerre existe toujours ? Comment se fait-il que certains sèment encore la guerre ? Comment se fait-il que les coeurs ne s’ouvrent pas davantage à l’amour ?

La suite des événements nous a fait entrer dans une autre vérité, celle de la paix. Bâtir la paix, bâtir la vraie paix, c’est extraordinaire. Quelle source de joie ! Mais il n’y a de paix durable, vraie, solide que celle qui est fondée sur la justice, le partage, le pardon et l’amour. La tentation est toujours là, quand on a triomphé par les armes, d’imposer la paix et d’en profiter pour abattre l’adversaire d’hier de sorte que, croit-on, il n’y ait plus jamais de guerre. C’est presque fatalement au contraire semer des germes de guerre pour demain.

Finalement, c’est quand je regarde le Crucifié que je comprends que la seule vérité c’est I’amour. Rien n’a davantage d’importance que d’aimer jusqu’à donner sa vie s’il le faut : l’amour don de soi, l’amour des époux qui se donnent l’un à l’autre, l’amour des mamans que nous fêtons aujourd’hui, l’amour des parents pour leurs enfants, l’amour du prêtre pour ses paroissiens, l’amour de tous ceux qui prennent des responsabilités pour servir et non pour être servis. Regardons le Crucifié et, en ce jour de la fête de la Sainte-Trinité, ouvrons nos coeurs à notre Père et à nos frères. Regardons le Crucifié qui nous révèle jusqu’où il nous aime et jusqu’où nous devrions nous aimer les uns les autres. Regardons le Crucifié qui nous révèle que Dieu est Amour et nous introduit ainsi à quelque chose de la vérité de Dieu.

Ouvrons nos coeurs à I’Esprit de vérité. Laissons-nous pénétrer par sa force. Il est doux comme la brise et puissant comme la tempête, laissons-nous marquer de son empreinte. L’Esprit qui fait l’unité du Père et du Fils nous conduira vers la vérité de l’amour. Alors nous deviendrons vraiment bâtisseurs de la paix, artisans de paix. Alors nous pourrons dire "Heureux ceux qui font oeuvre de paix".

Références bibliques :

Référence des chants :