Marie, une adolescente qui n’avait pas quinze ans, tombée enceinte sans pouvoir l’expliquer vraiment… Une adolescente sans doute harcelée par le questionnement des adultes qui ne supportent pas d’être confrontés à des situations qu’ils ne peuvent expliquer de manière rationnelle. Et même son meilleur ami, Joseph, avait des doutes… Une adolescente sans doute fustigée par ses camarades, qui n’apprécient guère que l’on puisse s’écarter de la norme du groupe… Une adolescente, qui ne supporte plus la lourdeur des regards posés sur elle… Alors, soudainement, voici qu’elle quitte son village et s’enfuit dans la montagne.

Combien m’arrive-t-il de rencontrer, dans mon travail d’éducateur spécialisé, des adolescents qui, un jour, n’en pouvant plus, décident, sans prévenir personne, de fuguer. Mais le plus difficile dans la fugue, ce n’est pas de partir, c’est de savoir où aller. Et c’est alors une vraie chance pour un adolescent d’avoir un papy, une mamie, un parent âgé, dont on est sûr qu’il sera capable de vous accueillir, sans poser de questions, quoique vous ayez fait, tant il sera heureux de vous recevoir. Le plus grand manque dans les quartiers sensibles où je travaille, ces quartiers marqués par tant de violence et d’insécurité, c’est l’absence de grands parents, et l’adolescent en conflit est alors récupéré par la rue !

Marie se rend donc chez un couple de vieux cousins… et ce qui est extraordinaire, c’est qu’Élisabeth l’accueille dans sa maison, sans poser de questions sur le pourquoi du comment. Et non seulement elle l’accueille, mais elle accueille aussi l’enfant qu’elle porte en son sein. En accueillant Marie, elle accueille son Seigneur : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? ».

Accueillir le Christ en accueillant l’adolescent. Tel est sans doute le plus beau résumé que l’on puisse faire de la vie et de l’œuvre de ce prêtre éducateur à qui est consacrée cette église, Don Bosco, celui dont Jean Paul II disait qu’il était sans doute, parmi les saints, celui qui a le mieux compris la portée de cette parole du Christ : « Celui qui accueille un enfant en mon nom, c’est moi qu’il accueille ». En Barthélémy Garelli, l’adolescent qui chahutait dans une église, il sut voir ce jeune sur qui s’appuyer pour fonder l’Oratoire du Valdocco. En Dominique Savio, l’adolescent sage, un peu isolé, il sut voir un formidable médiateur entre ses camarades, et entre eux et le Christ. En Michel Magon, le caïd des faubourgs qui terrorisait les passants, il sut voir un extraordinaire meneur de jeux. Repérer dans tout adolescent, quel que puisse être son comportement, aussi offensif soit-il, les germes de talents déposés par le Seigneur dans le cœur de chacun… Tel est le regard que Don Bosco porta sur les jeunes, en particulier ceux qui sont les plus stigmatisés dans la société. Tel est le regard que continuent de porter tous les salésiens qui marchent à sa suite.

Et lorsqu’on l’interrogeait sur la fulgurance du développement de son œuvre, il disait, en désignant Marie, « c’est elle qui a tout fait ». Marie, celle qui sut goûter en son sein la présence de Celui qu’elle attendait. Marie, celle qui crut à l’accomplissement des paroles du Seigneur. Marie, l’Auxiliatrice, à qui Don Bosco confia ses garçons de l’Oratoire après la mort de sa chère maman Marguerite.

Nous voici, frères et sœurs, à quelques heures de la merveilleuse nuit de Noël. Et nous sommes invités à attendre comme Marie. Car il est deux manières d’attendre Noël. On peut veiller comme on attend un train sur le quai d’une gare. On sait exactement à quelle heure il arrive, à quelle heure il part. C’est une attente vide ! On peut veiller comme on attend un ami invité à un repas d’anniversaire. À chaque crissement de pneu, on part guetter à la fenêtre. C’est une attente déjà toute emplie de la présence de celui qui vient. La joie de notre fête de ce soir sera à la mesure de la qualité de notre attente.

Nous sommes donc invités, dès maintenant, à goûter à la présence, sur la table eucharistique, de Celui dont nous allons fêter dans quelques heures la naissance, de Celui dont Michée nous dit qu’il est lui-même la paix. Une mangeoire, c’est un signe qui ne trompe pas, un signe qui ne parle qu’à celui qui a faim. Noël n’a véritablement de sens que pour celui qui a faim d’un monde de justice et de paix, où les processus d’exclusion seraient terrassés, d’un monde sans violence où les enfants ne mourraient plus sur les trottoirs de nos villes en guerre, ou dans les cours de récréation de nos écoles.

Joyeux Noël à chacune et chacun d’entre vous !

Références bibliques : Isaïe 11,1-2 – Michée 5, 1-4a – Lettre aux Hébreux 10, 5-10 – Luc 1, 39-45

Référence des chants :