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C’est quoi un saint ?

C’est quelqu’un qui est habité par une passion.

Il y a les braves gens, que nous sommes, beaucoup d’entre nous. On fait ce qu’on peut, on travaille, on s’occupe des siens le mieux possible, on rend service. C’est important les braves gens : ce sont eux qui assurent la permanence d’une société ou d’une Eglise.

Et puis il y a les saints. C’est autre chose, les saints. Brûlés par un feu, soulevés par une tempête, habités par une douloureuse compassion ; sans cesse renouvelés, à la source, par le souffle de Jésus, jusqu’à l’extrémité de l’amour qui est de se perdre, de donner sa vie pour ceux qu’on aime.

Saint Martin, Evêque de Tours. Non sans mal. Lui, ne voulait pas ; c’est toujours difficile d’exercer le pouvoir, c’est dangereux. A cette époque l’Evêque était choisi par les autres évêques de la région et certains n’étaient pas très chauds pour Martin ; c’est un peu encombrant un confrère encombré par une passion. Mais on tenait compte alors de la demande du peuple. Ils sont allés le chercher dans sa retraite de Ligugé ; ils l’ont amené de force à la cathédrale.

Il ne payait pas de mine, habillé d’une bure noire de grosse laine, il semblait si misérable au milieu des beaux costumes des notables et des ornements de ses futurs confrères dont certains trouvaient indigne de l’épiscopat un homme de si piteuse mine, mal vêtu, mal peigné. Mais les acclamations de la foule et l’avis des évêques favorables l’emportèrent ; et on le consacra. Il refuse d’habiter le palais épiscopal et s’installe avec quelques frères dans une grotte des environs, à Marmoutier, pour continuer de se donner à la prière, de se ressourcer en permanence dans l’intimité du Christ, de se laisser habiter par l’Esprit qui est à la source de la passion évangélique. Mais ce n’était pas pour s’y enfermer. La flamme missionnaire le brûlait toujours. En ce IVème siècle les campagnes étaient généralement païennes et les problèmes étaient compliqués par le mélange des races et le brassage des populations de l’Empire romain. IL se donne alors à un ministère itinérant, particulièrement proche des pauvres et des opprimés ; il éveille de nombreuses vocations qui se joignent à lui dans ce dur mouvement d’évangélisation et c’est à lui, en grande partie, que nous devons aujourd’hui d’être chrétiens.

Aujourd’hui, mes frères…

Aujourd’hui encore, l’avenir est incertain. Le chômage, le racisme, la violence générale, la tentation de la drogue ; quels lendemains pour nos enfants ? Il est urgent d’inventer un autre monde où chacun ait sa place, pas seulement bénéficiaire d’un quelconque R.M.I., mais comme un acteur responsable d’un réseau de solidarité où soient pris en charge d’autres objectifs que la consommation courante et pas seulement dans les officines universitaires ou les cabinets ministériels, mais sur le terrain avec ceux de nos voisins que nous côtoyons si souvent sans les voir.

Nous y sommes si peu prêts ; il faut pour cela soulever l’immense inertie de nos peurs et de nos intérêts. Et c’est pourquoi il nous faut demander à Dieu de susciter, pour vaincre nos résistances, le témoignage de quelques saints immenses. Comme Martin au IVème siècle ou François au XIIIème. Seuls, ils peuvent réveiller la générosité qui sommeille au coeur de la plupart.

Mais je pense aussi aux saints ordinaires. J’en rencontre tous les jours dans mon quartier. Arlette, l’assistante sociale, habitée par la passion des plus pauvres. Irma – elle ne va pas souvent à la messe, mais il n’y a pas une détresse du quartier qui ne trouve chez elle l’accueil d’une inlassable tendresse ; ou cette religieuse, professeur d’Université, qui a tout quitté pour partager les souffrances et les joies des habitants de Wezemmes. Tant de jeunes surtout qui n’auront pas hésité à donner quelques années de leur vie, ou quelques heures de leurs journées pour expérimenter sur le terrain le bonheur d’aimer et de construire un autre monde avec les plus pauvres.

Il nous faut maintenant les rejoindre, habités de la même passion pour le Christ et ses frères de détresse. Alors, mais alors seulement, à l’horizon de notre monde d’inquiétude, commencera de poindre à nouveau la lumière de l’Espérance

Références bibliques :

Référence des chants :