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C’était la première fois.
 La première rencontre entre Jésus et nous. Le premier regard.
 Il y avait là André. Et l’autre disciple : nous ne savons pas son nom, mais c’est peut-être lui qui nous raconte cet épisode, le " disciple que Jésus aimait ". Et ce qui commence ce jour-là, à quatre heures du soir, c’est aussi ce qui se continue ce matin, ici, avec vous-mêmes, avec moi, avec chacun de ceux qui sont croyants : car la foi chrétienne, c’est une amitié, une rencontre. Depuis Abraham jusqu’à aujourd’hui, la foi, pour les Juifs, les Musulmans, les Chrétiens, c’est une amitié avec Dieu ; et si l’on est chrétien, une amitié avec Jésus, le Christ.
 Une amitié, de celles qui durent toute une vie.
 Il est quatre heures du soir et il y aura toute cette longue soirée où ils vont demeurer ensemble : première découverte, premier repas ensemble sans doute. Ce qu’ils se sont dit, nous ne le savons pas ; mais ce dont nous pouvons être sûrs, toute la suite de l’Évangile de Jean le montre, c’est que cette rencontre a été si forte, si décisive, qu’elle va désormais les habiter pour le restant de leur vie. Elle demeurera au coeur de leur existence, même quand il leur arrivera de la perdre de vue.
 Bien sûr, il y aura, comme pour nous, le quotidien avec ses hauts et ses bas. Il y aura des éloignements, les leurs, les nôtres. L’éloignement aussi de Jésus parfois, quand il se dérobera, car on ne peut jamais mettre la main sur un ami. Mais il y aura désormais ce lien, " si fort que rien ne pourra le défaire " : rien, pas même nos infidélités, pas même le reniement de Pierre ou le nôtre.
 C’est cela que nous appelons aussi le " Sacré-Coeur " de Jésus – et cette paroisse est sous le vocable du Sacré-Coeur : une amitié qui nous propose un coeur à coeur avec Jésus, le Christ. Ainsi notre foi n’est-elle ni de l’ordre de la croyance, ni de l’ordre de la morale. Elle est de l’ordre de l’amitié. Elle naît parce qu’un jour nous avons été ainsi " regardés " – toi, moi, chacun – de ce regard lumineux, plein de la tendresse de Dieu. Comme le regard d’un enfant. Comme le regard de certaines icônes du visage du Christ qui nous touchent parfois si fort.
 Aussi voudrais-je le dire à tous ceux d’entre nous qui ont des difficultés à croire, ou des critiques envers l’Église : ces difficultés, ces critiques, ce sont aussi les nôtres, ce sont bien souvent les miennes ! Mais ce qui fait la foi et l’Église, ce qui nous a menés ici ce matin, c’est cette amitié et le désir de la vivre un moment. C’est simplement le désir de " demeurer " un moment avec le Christ. Ensemble – car vous l’avez remarqué, ils étaient deux déjà pour cette première rencontre, comme un début d’Église.
 Le reste, tout le reste : les dogmes, la morale, les engagements, les activités, ou encore le Pape, les évêques, les structures de l’Église, rien de cela n’a de sens en dehors de cette présence et de cette amitié. Tout cela est né, ce soir-là, au bord du Jourdain, de ce premier regard. Tout cela continue seulement parce qu’un certain nombre de femmes, d’hommes, d’enfants, de personnes âgées, jusqu’à aujourd’hui, sont ainsi rencontrés par le Christ.
 * * *
 Souvent nous nous posons la question : " Comment transmettre notre foi ? " ; en particulier, comment la transmettre à nos proches, à nos enfants et petits-enfants ?
 Voyez alors ce qui s’est passé ce jour-là : il ne s’agit ni de convaincre, ni de convertir, ni d’expliquer, ni de justifier ! Faisons plutôt comme quand nous invitons des amis ensemble pour qu’ils se connaissent : " Tiens, j’aimerais bien que tu rencontres telle personne. Tu verras : c’est quelqu’un que j’aime beaucoup ! Je vais vous inviter ensemble à la maison – ainsi vous pourrez faire connaissance. " Voilà ce que nous pouvons faire : essayer de les mettre en relation avec le Christ. Ensuite, c’est en quelque sorte à eux de jouer.
 Par exemple au catéchisme avec les enfants : le plus beau, le plus important de ce que nous faisons là avec les enfants, c’est de les aider à se préparer à cette rencontre. Le reste, les activités, les célébrations, ce qu’on leur apprend n’a de sens que pour leur permettre une telle rencontre personnelle, chacun d’entre eux avec Jésus le Christ.
 Vous avez entendu tout à l’heure l’histoire de l’enfant Samuel et du vieux prêtre Éli. Quand Éli finit par comprendre que Dieu appelle l’enfant, que lui dit-il ? Il lui dit : " Écoute ! " Écoute ce qu’Il te dira dans ton coeur. Les enfants savent bien ce que c’est que d’écouter " dans son coeur ". Pour nous, adultes, c’est plus difficile…
 Pourtant là est bien le chemin. Et il est valable pour chacun, que nous soyons croyants ou non. Car il y a des paroles qui sont enfouies dans notre coeur à chacun. Elles sont là, depuis longtemps peut-être, mais aurons-nous le courage ou la force de les écouter ?
 Aussi ce matin, je voudrais nous dire à chacun, à vous, à moi : que tu sois croyant ou non, écoute ton coeur ! Si tu es croyant, écoute et dis : " Parle, Seigneur, ton ami t’écoute… "
 Et si tu doutes de Dieu, toi aussi, écoute ! Écoute cette parole intérieure qui t’habite depuis si longtemps et que tu n’as pas encore laissé venir jusqu’à toi. Fais silence. Laisse monter en toi cette voix intérieure. Écoute !

" Écoute, écoute, surtout ne fais pas de bruit ! On marche sur la route, on marche dans la nuit. Écoute, écoute, les pas du Seigneur vers toi, Il marche sur ta route, Il marche près de toi. "

Références bibliques :

Référence des chants :