Notre célébration pour cette fête de la Trinité est tout entière tournée vers le Père. Nous ne faisons qu’un avec son fils éternel dans la mouvance de l’Esprit Saint.

Vous êtes, sans doute, nombreux comme moi à avoir eu une religion avec des compartiments séparés. Souvent lorsque nous regardons le Père, nous ne le voyons pas tel que son Fils éternel nous l’a présenté. Nous le voyons à travers les peintures de Michel Ange tel un vieillard austère, ou bien à travers Victor Hugo avec un oeil dans la tombe pour condamner Caïn. Lorsque nous pensons au Christ, nous le voyons comme Dieu fait homme, peut-être, mais il est seul. Croyant le rendre plus divin, nous le montrons éthéré. Quant à l’Esprit, il nous arrive de ne pas savoir où Le mettre. Est-il une colombe, un coup de vent ou une langue de feu ? Les gros sabots de notre raison écrasent sans pitié les fleurs du mystère. Conséquence logique : nous cessons de croire. De quel Dieu, alors, sommes-nous athées ?

Pour la plupart de nos contemporains qui ont suivi quatre années de catéchisme et en sont restés là, le Père n’est pas assez élevé pour être adoré ; le Fils est trop humain pour être aimé ; l’Esprit n’est pas assez intérieur pour être entendu. Quelques-uns en sont malheureux ! Assis entre deux chaises, ils dévalisent les supermarchés des religions et les librairies ésotériques. Brebis sans pasteurs, ils cherchent des guides venus de l’Inde ou du Tibet. Pour éviter de leur tendre la main, nous leur collons une étiquette infamante : New Age.

Si nous rencontrions nos frères musulmans et nos frères juifs, nous découvrions peut-être Celui que nous nommons la première personne de la Trinité. Il est sans visage, aussi invisible que celui de nos pensées. Qui oserait dire que nos pensées sont irréelles parce qu’elles sont invisibles ? Son silence est éloquent ainsi que la beauté de la création ou le mystère des nuits étoilées. Il a confié à Moïse Son Nom : "je serai qui je serai". Il lui a dit aussi : "Tu Me verras de dos"… Comprenez : "Tu Me connaîtras si tu suis Mes paroles, si tu marches à Ma suite."

L’Amour humain pourrait nous faire pressentir la troisième personne que nous avons tant de mal à faire entrer dans notre tête alors qu’elle habite déjà dans notre coeur. Un poème de Jacques Prévert m’avait mis il y a longtemps sur cette piste. Il personnifiait l’amour qui le reliait à son épouse Janine. Cet amour était comme une troisième personne qui ne faisait pas nombre avec eux deux. Il conjuguait inlassablement Je, Tu, Nous.

Et ceux qui rient de la Trinité parce qu’ils trouvent qu’elle fait injure à la mathématique ne rient pas de leur amour, où le "un" englobe le "trois". Jacques Prévert supplie cet amour qui le relie à sa bien-aimée de ne pas les quitter, de ne pas s’en aller : "Ne nous laisse pas devenir froids. Tends-nous la main. Sauve-nous !"

Mais comment parler de l’Esprit Saint sans avoir d’abord parlé de Celui qui est le "vis-à-vis" du Père, son Autre, Son Fils engendré avant le temps ? Sa venue sur notre terre a coupé l’Histoire de l’humanité en deux : des millions d’années avant Lui, bientôt deux mille ans après lui. Il n’a touché que ceux qui comprenaient son amour hors limites. Aujourd’hui, grâce à Lui sans doute, on comprend mieux l’infini de Sa compassion. Qui serait tombé si bas qu’Il ne pourrait l’y rejoindre ? Seul un Dieu pouvait briser à ce point l’image impériale que les hommes aiment se faire de Dieu : Tout-Puissant, Impassible, Solitaire. Seul un Dieu pouvait Se donner le droit d’être tout le contraire de ce que l’on attend de Dieu. Les risques que cet homme a pris pour devenir proche du plus lointain, consolateur du plus isolé, purificateur du plus souillé, ont été démesurés. Seul un Dieu pouvait accepter de perdre la face pour nous rendre un visage !

L’Evangile devient clair désormais. Jésus était l’Amour fait homme. L’amour éternel dont il était aimé rejaillissait sur ses frères humains. Il était le visage humain du Dieu invisible : "Qui me voit, voit le Père." Ses gestes, d’une bonté poussée à l’extrême ne sont pas les gestes ambigus d’un illuminé ou d’un anarchiste : c’est le Buisson Ardent de l’éternel Amour.

L’Evangile devient limpide. De toute éternité, Dieu est "Relation". "Le Père est l’Origine ; le Fils est le Visage ; l’Esprit l’Intériorité" (O. Clément). "Faisons l’homme à notre image ; homme et femme Il les fit", est-il écrit au premier livre de la Bible. "Au commencement était le verbe. "Dieu était, en Lui-même, conversation ininterrompue, échange, communion, don, accueil, partage… Le monde est né d’un débordement de la Joie divine. Et la fête des mères est aussi la fête de la tendresse de Dieu dont le nom hébreu est "Rahamim" : entrailles maternelles.

Chacun de vous, chers amis, est invité à entrer dans la famille éternelle. "Tout Homme est une histoire sacrée." Nous avons été créés pour entrer dans ce bonheur sans ombre, sans angoisse. Alors c’en sera fini de notre solitude. Le monde aura trouvé son enchantement. Il ne nous reste qu’à nous préparer un coeur où un tel feu puisse brûler

Références bibliques :

Référence des chants :