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Puisque nous voici rassemblés pour un anniversaire significatif dans ce sanctuaire marial plusieurs fois centenaire, l’occasion est bonne pour nous, n’est-il pas vrai, de méditer un instant sur la place de Marie dans la foi de l’Église, en même temps que sur son rôle dans la foi et la vie des chrétiens.

1. Une vocation et une mission unique
  Première chose à dire : Marie a reçu une vocation et une mission uniques dans le dessein de Dieu.
  a. D’abord et avant tout, elle a été appelée à devenir la Mère de Jésus, c’est-à-dire à donner naissance au propre Fils du Dieu vivant lorsqu’il est venu prendre chair en notre humanité. Privilège insigne et unique, qui fait bien évidemment de Marie la femme bénie entre toutes les femmes, la mère choisie entre toutes les mères.
  b. Si Marie a été cette mère unique, la Mère de Dieu, c’est évidemment par pur choix de Dieu, par pure grâce de Dieu. Déjà l’Ange de l’Annonciation la saluait comme "comblée de grâce". Et la foi de l’Église a compris que cette grâce a totalement investi Marie, au point même qu’elle a été de toujours exemptée de tout péché, qu’elle n’a donc rien eu à voir avec le péché, ainsi que nous le reconnaissons lorsque, comme à Lourdes, nous célébrons son Immaculée Conception.
  Bien sûr, c’est un miracle, un grand miracle de Dieu. Bien sûr, c’est une merveille, une haute merveille de Dieu ! "Le Seigneur fit pour moi des merveilles. Saint est son nom !" Aussi bien, à travers tous les siècles, la foi chrétienne n’a-t-elle jamais manqué de célébrer les splendeurs de l’oeuvre de la grâce en Marie : en Marie toute gracieuse, toute pure et sans tache. Dans notre monde où il y a tant de laideur et tant de méchancetés, et pourtant, en même temps, tellement d’appels à la beauté et de désirs de pureté, comment ne pas nous réjouir qu’en Marie ait éclot une si pure merveille, ait resplendi ce pur fruit de la grâce toute-puissante et tout-aimante de Dieu ?
  c. Allez vous étonner, après cela, qu’à la merveille de sa Maternité divine, et à celle de son Immaculée Conception, soit venue s’ajouter celle de son Assomption ! Selon la foi de l’Église toujours, Marie n’a en effet pas connu la corruption du tombeau : dès qu’elle s’est endormie dans la mort -dès sa "Dormition"-, elle a été élevée au ciel dans son âme et dans son corps, rendue déjà, et à jamais, participante de la résurrection toute glorieuse de son Fils.
  De sorte que, comme le dit la Fête du 15 août, elle apparaît maintenant comme "un grand signe levé dans le ciel" : elle nous signifie déjà l’espérance qui nous attend, associée qu’elle est définitivement à la victoire de son Fils sur tout mal et tout péché, sur toute souffrance et toute mort.

2. Un exemple et un appel pour nous.
  Quand on a mentionné tout cela, on n’a pourtant, en vérité, encore exprimé que la moitié de ce qui est à dire quand on s’interroge sur la place de Marie dans la foi de l’Église, et sur son rôle dans la vie des chrétiens. Car s’il y a en elle tout ce côté par lequel elle est absolument unique, il faut bien voir aussi, comme le dit Péguy, qu’elle n’en est pas moins "une toute petite fille, cette Reine des Anges" ! Si on peut la croire issue de noble lignée en Israël, elle fut de condition modeste et resta toujours de pauvre situation. Surtout, elle est femme entre les femmes, elle est humaine et non pas divine !
  a. Notons d’abord que c’est par sa seule foi, par sa seule confiance, que, compte tenu de sa mission de grâce, elle a été sainte et pure, grande et unique, elle a vécu de si grandes choses. La clé de sa réussite est ni plus ni moins sa foi : "Qu’il me soit fait selon ta parole !"
  Or, la foi, elle nous est bel et bien possible à nous aussi !! Certes, Marie est seule à avoir été -à être- la Mère de Dieu ; mais, chacun à notre place, nous pouvons tous l’imiter dans la foi qui fut la sienne. D’ailleurs, un jour où Jésus avait si bien parlé, une femme de la foule, qui ne faisait que laisser parler son coeur, s’écria : "Bienheureuse la femme qui t’a porté et le sein qui t’a nourri !" Or, telle fut la réplique de Jésus : "Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu, et qui la mettent en pratique !"
  b. Il y a un deuxième aspect par lequel, dans toute son unicité, Marie est pour nous un modèle imitable et un appel : son attention aux autres, son sens du service, son aide à autrui – tout ce par quoi elle a justement su, pour sa part, "mettre en pratique" la Parole de Dieu à laquelle elle avait accordé sa confiance.
  Déjà lors de ce qu’on appelle la Visitation : tout juste après son Annonciation, elle n’a rien de plus pressé à faire que d’aller rendre visite et porter assistance à sa cousine Elisabeth, elle-même enceinte de plusieurs mois. À Cana, c’est elle qui s’aperçoit de l’ennui dans lequel vont être les mariés, qui n’ont plus de vin pour leurs invités. Au pied de la Croix, alors que tous ont décampé à commencer par le bon Pierre, elle est toute seule pour assister son Fils crucifié et abandonné, avec quelques pauvres femmes et Jean le bien-aimé. Au Cénacle enfin, elle est encore là : pour assister de sa présence et de sa prière les disciples totalement décontenancés par le départ de leur Maître.
  c. À la totale foi et au vrai service des autres, on peut ajouter un troisième aspect par lequel l’exceptionnelle et unique Marie peut pourtant être pour nous un exemple et un appel : sa prière et, plus précisément, son sens de la louange et de l’action de grâce : "Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur !"
  Nous autres, je vais vous dire, nous sommes toujours plus ou moins grincheux. Nous aimons rouspéter : voilà la vérité ! Marie nous invite, au contraire, à reconnaître tout ce qu’il y a de bon et de bien autour de nous, tout ce que nous avons reçu, tout ce qui nous est donné : "Le Seigneur fit pour moi des merveilles. Saint est son nom !"

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Oh, je sais bien –­­­ je termine par là -, je sais très bien, oui, je le vois tous les jours : il y parmi nous et en nous bien autre chose que des merveilles, bien autre chose que de bonnes et belles choses ; il y a aussi du mal et des souffrances, des épreuves – quelquefois bien grandes -, et de vraies tristesses… et Marie en connut aussi sa part ! Mais, justement parce qu’elle est à la fois unique par sa mission de Mère de Dieu, et proche de nous par son appartenance totale à notre humanité, nous pouvons aussi invoquer Marie pour qu’il nous soit donné de l’imiter dans sa foi, en attendant de la rejoindre un jour dans sa gloire. Telle peut en effet toujours être notre prière à elle adressée :
  "Je vous […], pleine de grâce, […] sainte Marie Mère de Dieu" : voilà pour la mission unique de Marie.
  Et voici pour son lien avec nous et pour le secours qu’elle peut nous apporter : "Priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen !"

Références bibliques :

Référence des chants :