> Homélie du cardinal Philippe Barbarin

Nous accueillons, comme un clin d’oeil de la Providence, en prélude à l’événement qui nous rassemble, l’Évangile de ce dimanche, tiré du chapitre 18 de saint Matthieu. Jésus sait comme il sera difficile à ses disciples de vivre dans la communion fraternelle. Et, tout au long de ce chapitre, il explique que l’unité de l’Église sera blessée par d’inévitables scandales. Il nous demande, lorsqu’une brebis s’égare, d’avoir le courage de la correction fraternelle. Il nous invite à nous réunir en son nom dans la prière – n’est-ce pas ce que nous faisons en ce moment ? Quel réconfort de savoir qu’il nous assure dès lors, de sa présence : « Je suis là, au milieu » de vous !

En fait, cette logique de la communion qui est le fondement de la vie de l’Église, risque de nous entraîner très loin. Pierre a flairé la difficulté et il ose présenter son objection à Jésus : Allons-nous, sous prétexte de pardon, laisser l’autre nous marcher sur les pieds et recommencer allègrement « jusqu’à sept fois », en toute impunité ? Il faut bien établir des limites !

Voilà justement ce que Jésus refuse : pas de calcul dans le pardon, car « la mesure d’aimer, c’est d’aimer sans mesure ». Peut-être penserez-vous que c’est une imprudence, voire une folie, mais tel est bien le prix à payer, l’attitude à adopter résolument pour que la communion fraternelle soit possible.

Jésus développe alors une parabole étrange. Un homme devait à son roi une somme inimaginable : dix mille talents (1). Sur une simple demande de sa part : « Prends patience avec moi et je te rembourserai tout », le maître annule sa dette. Or, ce malheureux n’est pas capable de renoncer à une somme dérisoire qu’on lui doit par ailleurs. Voilà qui est affligeant, certes. Comment avoir le coeur aussi dur, alors qu’on vient de bénéficier d’une générosité inespérée ? Mais ce qui est bien plus redoutable, c’est la conclusion de l’histoire, où la méchanceté de ce serviteur se retourne contre lui. Et le Seigneur dit : « C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son coeur ».

Ici, je ne peux m’empêcher de penser au moment où Jésus a enseigné le Notre Père. Il se doute bien que la demande qui posera de réels problèmes, c’est la cinquième : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». C’est d’ailleurs la seule qu’il commente aussitôt : « Oui, si vous remettez aux hommes leurs manquements, votre Père céleste vous remettra aussi ; mais si vous ne remettez pas… ».

Le pardon, nous le savons, c’est la merveille et la pierre d’achoppement du christianisme. Accepter que des monstruosités – dix mille talents – nous soient pardonnées par Dieu, et être incapables de pardonner « de tout [notre] coeur » les têtes d’épingle – cent deniers – dont les autres nous ont blessés, relève vraiment d’un comportement absurde. Et pourtant, c’est l’expérience que nous vivons. C’est pourquoi l’enseignement de Jésus dans tout ce chapitre, et surtout dans cette vigoureuse parabole, est une prolongation fort utile du commentaire du Notre Père.

Ne perdons pas de vue le cadre exceptionnel dans lequel nous entendons aujourd’hui le Seigneur nous expliquer ce défi de la communion. Il est clair qu’après les discussions théologiques et les rencontres fraternelles et spirituelles auxquels le mouvement oecuménique nous a – pour notre plus grande joie – habitués depuis quelques décennies, la clé des retrouvailles que désirent si ardemment tous les baptisés se trouve dans le pardon. Je devine que les chrétiens des autres Églises ne sont pas plus à l’aise que leurs frères et soeurs catholiques devant les perspectives abyssales que nous ouvre l’enseignement de Jésus. Et pourtant, il n’y a pas là matière à option. Les cent deniers, ces blessures que nous nous sommes infligées au long de l’histoire, doivent évidemment disparaître quand nous pensons aux dix mille talents de la Rédemption, où Jésus nous a aimés jusqu’à l’extrême, jusqu’à la folie.

La rencontre que nous allons vivre ces jours-ci à Lyon, avec nos frères aînés, les juifs, avec les musulmans et les artisans de paix des grandes religions du monde, nous en fait un devoir encore plus impérieux. C’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres que tous nous reconnaîtront pour ses disciples. Il faut que nous revenions et demeurions dans l’unité du Père et du Fils, pour que le monde croie que Jésus est l’envoyé du Père (cf. Jean 13, 35 et 17, 21).

(1) Pour l’auditeur, c’est l’exemple d’une hypothèse absurde. Qu’on pense par exemple à l’homme dont il est question quelques chapitres plus loin – nous lirons cette parabole des talents dans quelques semaines – et qui remet sa fortune à ses serviteurs : cinq, plus deux, plus un, c’est-à-dire en tout huit talents !

> Message de sa sainteté Karekin II, catholicos de tous les Arméniens.

Mes chers frères et soeurs,

Nous sommes venus d’Arménie, terre biblique d’Ararat, et nous apportons notre bénédiction depuis le premier sanctuaire édifié par l’état du premier pays chrétien, il y a dix-sept siècles – Sainte-Etchmiadzine – Au nom de la nation arménienne nous vous saluons et offrons nos prières au ciel pour que la paix devienne réalité et fleurisse dans la vie de tous les hommes et des peuples.

Pour nous chrétiens, être pacificateur signifie porter le témoignage du Christ. Par l’appel aux hommes « Paix sur la terre et sur les hommes de bonne volonté », le Fils de Dieu, notre Seigneur et sauveur, vint sur la terre et appela les hommes à s’aimer et à se réconcilier avec Dieu.

« Vivez en paix les uns avec les autres » (Marc IX, 50) tel est le message que le Christ nous adresse. Aimer Dieu signifie faire la paix et créer la paix. Le mystère de la réconciliation de l’âme avec Dieu est la paix entre les hommes, et son fruit, est l’amour de la vie et du travail accompli pour l’amour de l’Humanité. Si nous avons Foi en Dieu, alors nous avons une responsabilité de pacificateur.

Beaucoup de réalités ont changé depuis le commencement de la communion de prières de la communauté de Sant’Egidio notamment l’établissement et le développement de nouveaux types de relations entre les états débouchant sur des coopérations plus étroites. Néanmoins, le monde est perturbé par des conflits inter états, nationaux et religieux, sans parler des grands problèmes sociaux, de santé et d’environnement. On voit également les spectres de la pauvreté, de l’illégalité, de la violence, du terrorisme. La conscience universelle s’exprime ainsi qu’un besoin impérieux d’efforts à accomplir pour améliorer notre « maison commune ». Plus que jamais, la primauté des valeurs morales et spirituelles demeure un facteur essentiel de compréhension et de tolérance entre les sociétés. La spiritualité, en tant que source inépuisable d’énergie vitale au commencement de la connaissance de Dieu, contribuera au rétablissement du dessein de l’humanité. Nous appartenons à des peuples différents mais nous sommes tous les enfants du même Dieu, appelés à vivre en paix les uns avec les autres.

La paix, la liberté, la justice et l’amour vont ensemble. L’Europe qui porte le témoignage de la Foi chrétienne et de sa culture, continuera d’être la garante de ces valeurs d’humanisme et de droit pour lesquelles elle a tant combattu. Grâce aussi aux efforts constants du peuple de France, les droits de l’homme et des nations ont vu le jour, non sans peine, et se sont inscrits dans les instances juridiques internationales pour servir le bien de l’humanité.

Le peuple arménien pour sa part a toujours conservé tout au long de son histoire tragique, l’espoir de l’avènement d’un siècle de paix, de Droit et de justice ; et en cette année où nous commémorons le 90e anniversaire du génocide des Arméniens perpétré par l’empire ottoman, nos prières s’élèvent pour la paix sur terre et pour la sécurité des hommes. Les Arméniens, qui vivent dans de nombreux pays, sont les participants et les témoins du dialogue entre les cultures. Ils croient, telle la parole du prophète Isaïe, que « les nations n’enseigneront plus la guerre et qu’elles ne tireront plus l’épée les unes contre les autres ».

Depuis ce Saint sanctuaire où notre espoir pour la paix se trouve renforcé, nous adressons notre salut d’amour fraternel à sa Sainteté le Pape Benoît XVI, ainsi qu’aux chefs spirituels des communautés religieuses et Églises soeurs. Puissent nos prières s’unir pour rendre grâce et glorifier le tout-puissant et implorer humblement sa divine providence.

Seigneur,

Toi qui es le créateur de tout ce qui existe, entends notre supplique : protège ceux qui sont dans le besoin et le danger, console les affligés, et accorde la paix aux régions meurtries par les conflits et les guerres.

Donne-nous ta paix céleste, aujourd’hui et pour toujours. Amen

> Du Vatican, le 11 août 2005, par le cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d’État de Sa Sainteté
Monsieur le Cardinal,

Vous avez informé le Saint-Père de la Rencontre internationale pour la paix, organisée par la Communauté Sant’Egidio et votre diocèse, qui aura lieu à Lyon au cours du mois de septembre, sur le thème : « Le courage d’un humanisme de paix ».

Le Pape m’a chargé de vous faire savoir qu’il s’unissait volontiers par la prière à toutes les personnes rassemblées pour réfléchir et prier pour la paix et pour l’amitié entre les peuples. Il demande aux hommes de notre temps, et notamment aux jeunes, d’avoir le courage de s’engager toujours plus activement en faveur de la paix et du dialogue, qui seuls peuvent permettre d’envisager avec espérance l’avenir de la planète. La violence quelle qu’elle soit ne peut être une manière de résoudre les conflits. Elle hypothèque gravement l’avenir et n’est respectueuse ni des personnes ni des peuples. Puissent les hommes d’aujourd’hui implorer de Dieu le don de sa paix, en s’appuyant sur la promesse du Christ : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (Jean XIV, 27), afin qu’ils soient capables d’en accueillir toutes les exigences et d’être ainsi bâtisseurs de paix !

En vous confiant à l’intercession de Notre-Dame-de-Fourvière, le Saint-Père vous accorde, ainsi qu’aux Pasteurs, aux fidèles et aux membres de la Communauté Sant’Egidio rassemblés, la Bénédiction apostolique.

Heureux de me faire l’interprète du Saint-Père, je vous prie de croire, Monsieur le Cardinal, à mon cordial dévouement dans le Seigneur.

Références bibliques :

Référence des chants :