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Madeleine-Sophie Barat, fondatrice, il y a deux cent ans, des Soeurs du Sacré-Coeur – votre congrégation, mes soeurs – est née en cette ville de Joigny et a été baptisée en cette église. Alors qu’elle n’avait que huit ans, le curé de cette paroisse l’interrogea : " Qui vous a créée et mise au monde, ma petite Sophie ? " Le prêtre s’attendait peut-être à une réponse du catéchisme : " C’est Dieu qui m’a créée… " Mais l’enfant répondit : " C’est le feu ! " En effet, un incendie s’était déclaré dans la maison voisine de celle des Barat et sa mère, effrayée, mit au monde Sophie avec deux mois d’avance ; c’était le 12 décembre 1779. On ne sait pas si Madeleine-Sophie avait conscience de la portée symbolique de sa réponse mais, de fait, sa vie fut comme un grand feu. Oui, c’est le feu qui l’a fait naître, grandir, vivre ! Le feu, c’est l’amour brûlant de Dieu en elle, c’est cette flamme forte et discrète de cet amour qui surgit sans cesse du coeur de Jésus pour ce monde. Si Madeleine-Sophie Barat institua une congrégation pour l’éducation des jeunes, elle ne visait que la propagation de ce feu : que les jeunes découvrent l’amour de Dieu et qu’ils en soient partout les témoins. " Dieu est amour " disait saint Jean tout à l’heure. Y a-t-il plus grande lumière à propager ?

Si Madeleine-Sophie Barat, et tant d’autres saints comme elle, ont été animés par le feu de l’amour de Dieu, quel sera notre chemin ? Comment nous aussi découvrir que Dieu est amour, que Dieu est un feu d’amour ? Nous le savons, qui que nous soyons, l’amour est déjà en nous. Créés à image et ressemblance de Dieu, nous sommes toujours capables d’aimer. Un amour juste et beau est à notre portée. Certes, nous pouvons là être blessés de bien des manières, être amers en notre âme, malades en notre corps, mais nous pressentons pourtant qu’aimer avec clarté est le but de la vie. Ainsi, regarder nos frères sans peur ni honte, en vérité, s’estimer les uns les autres, c’est là s’aimer. Se pardonner mutuellement peut être le plus beau geste de l’amour. Donner sa vie jusqu’à l’extrême, sans compter son temps, ses forces, par amour pour un proche ou pour une cause juste, beaucoup en connaissent le courage quotidien. Oui, nous sommes capables d’aimer. Voilà déjà cette flamme qui nous brûle.

Mais nous voudrions davantage. Ce feu, cet élan de la vie est admirable. Mais nous voudrions un amour plus grand, nous avons la nostalgie d’un amour plus beau encore, d’un élan d’éternité. Cela est-il possible ? Dieu rend possible ce qui nous est si difficile. Dieu fait demeurer son amour dans notre amour. Saint Jean nous le disait : " Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui ". Celui qui révèle l’amour éternel vivant en notre humanité, c’est Jésus. Homme et Dieu, Jésus a vécu en notre chair l’amour même de Dieu pour nous. Voilà le coeur même de Jésus : Jésus demeurant dans l’amour de son Père, Jésus vivant pour le salut du monde, Jésus au coeur transpercé, ouvert sur cette terre assoiffée de vérité, Jésus frère de l’humanité souffrante, Jésus qui veut que sa joie soit en nous. En notre chair, un homme, l’un d’entre nous, unique parmi nous, le Fils de Dieu, a aimé comme Dieu seul sait aimer. Cet amour, présent à jamais en notre humanité, nous sauve, ouvre notre coeur dès maintenant sur l’éternité !

À cette lumière, tout change. Même si notre vie nous semble la même avec ses ombres et ses clartés habituelles, tout s’éclaire autrement. Un feu intérieur nouveau peut brûler en nous, si notre amour est vécu dans le Christ. Notre amour peut désormais être habité par l’amour même de Dieu. En notre coeur peut battre le coeur de Jésus pour ce monde. Chacun de nos gestes, de nos mots, de nos silences, de nos courages et de nos pleurs peuvent désormais s’emplir de la force de l’amour de Dieu pour les hommes. Christ vit en nous. " Dieu est amour " et nos pauvretés ne l’arrêtent point. Il demeure en nous pour embraser la terre.

Nous comprenons maintenant le commandement du Seigneur : " Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ". Comme le Christ, soyons habités par l’amour même de Dieu.

Peut-être éprouvez-vous quelques réticences : ne serait-ce pas là un idéal encore lointain ? N’ayez crainte, ne soyez pas inquiets de vos lourdeurs et de vos faiblesses. Aimer comme Dieu aime, nous le pouvons, car le Christ en nous a ouvert le chemin. Aussi laissez-le faire, confiez-vous à lui, donnez-vous à lui ! Jésus viendra allumer au coeur de chacun de nous le feu qui ne s’éteint pas : nous aimer les uns les autres.

Références bibliques :

Référence des chants :