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Le mal, la mort, la souffrance sont absurdes. Et pourtant, chaque jour l’actualité de notre monde déverse inlassablement, au rythme des flashs d’information, son lot de misère et de détresse humaine. La haine, la guerre, les attentats, l’oppression des pauvres et des petits semblent s’inscrire malgré nous au registre de la normalité.

La liturgie de ce jour nous invite à contempler la Croix du Christ, à la regarder, à la regarder en face. Oh, bien sûr, nous avons l’habitude de voir la Croix. Peut-être tellement l’habitude que nous passons à côté d’elle sans trop la voir, sans trop la remarquer, sans trop nous arrêter. Ouvrons donc les yeux sur les croix de nos campagnes et de nos villes, sur les croix que nos aînés ont dressées aux carrefours des chemins. Croix de calvaires, croix de missions, croix de passions, crucifix de nos chambres et de nos maisons… Arrêtons-nous devant la Croix, et prenons simplement le temps de la regarder.

C’est vrai qu’il nous est toujours difficile de regarder la Croix, et surtout de la regarder pour ce qu’elle est : du bois ! Deux morceaux de bois assemblés pour donner naissance à un instrument de torture, à un outil de supplice et de mort lente. Frères et soeurs, la Croix nous rappellera toujours ce que l’homme peut faire à l’homme. Sur le corps transpercé du Christ s’écrit ce qu’un homme est capable de faire à un autre homme. La Croix touche notre humanité, ce qu’elle est parfois malgré elle, et ce qu’elle est appelée à être. La Croix blesse l’homme, elle le défigure, mais par-dessus tout elle le sauve ! Voilà tout le mystère que nous célébrons aujourd’hui.

Dressées aux carrefours de nos chemins, les croix ne manquent pas. Pas plus que ne manquent nos propres croix, et les croix de nos contemporains, toutes ces croix qui pèsent sur le dos de notre humanité, toutes ces croix que l’homme lui-même pose sur le dos de l’homme, le défigurant et se défigurant comme image de Dieu. Oui, frères et soeurs, en tous points de notre monde où l’homme est menacé, défiguré comme image de Dieu, et partout où l’image de Dieu elle-même est menacée dans l’homme, il y a une croix de trop. Oui, il y a des croix trop lourdes, il y a des croix de trop ! Et toutes ces croix de trop ne manquent ni à l’est, ni à l’ouest, ni au nord, ni au sud. Et elles ne manquent pas non plus à notre porte, dans nos quartiers et dans nos villages.

Les siècles peuvent passer, la Croix demeurera toujours signe de souffrance, de torture, de peur, d’injustice, d’humiliation et d’annihilation. Cependant, au coeur de notre vie de baptisés, la Croix ne cesse d’indiquer le passage de la mort à la vie. "Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique !"

Frères et soeurs, la Croix n’est pas un mauvais moment par lequel Jésus est passé. La Croix n’est pas non plus un mauvais moment que Jésus n’a pu éviter. La Croix est, avant tout, signature d’une vie donnée, elle acte un don qui dit tout l’amour de Dieu pour son peuple. La résurrection n’est pas le contraire du vendredi saint, elle n’en est pas l’inverse, la résurrection est la gloire de la Croix. La seule réalité que nous montre d’ailleurs la résurrection, c’est Jésus qui s’est livré pour nous, en fidélité à la volonté de son Père. "Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique !" Thomas n’a pas d’autres signes que les plaies qui ont conduit Jésus à la mort pour comprendre qu’il est ressuscité. Touchant les plaies du Christ, Thomas touche à la réalité et à la grandeur du don que Jésus fait de sa vie. Christ est vrai parce qu’il se donne. Christ est vrai parce qu’il a payé de sa vie pour nous sauver et ouvrir devant nous la porte de Dieu.

La Croix est signe d’une vie donnée, toute entière ! La Croix est preuve d’amour ! La Croix est le prix de notre liberté, de notre Salut, elle est clef de notre avenir et fondatrice d’une histoire toujours en naissance.

Frères et soeurs, la Croix ne devient salutaire que par le poids d’amour qui s’y révèle et s’y vit. Au pied de la Croix, c’est toujours l’heure de l’offrande libre, l’heure où le Fils dépose sa vie entre les mains du Père. C’est l’heure où l’amour va au bout de l’amour, jusqu’au plus lointain de son élan. C’est l’heure de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Voilà ce qui nous est donné à contempler aujourd’hui. Voilà le grand mouvement d’amour dans lequel le Christ nous entraîne vers le Père, tout en nous appelant, nous aussi, au don de notre vie. "Père entre tes mains, je remets mon esprit !"

Références bibliques :

Référence des chants :