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Frères et Soeurs,

L’Évangile ferait-il l’éloge de l’injustice ? Les caprices et la fantaisie du patron seraient-ils les critères déterminant le salaire de ses ouvriers ? À réentendre l’Évangile de ce dimanche, on peut légitimement se poser la question de sa crédibilité dans un monde où la recherche d’un nouvel ordre économique mondial est au coeur des préoccupations de beaucoup.

Mais le Christ – n’en déplaise à certains ! – n’est pas venu pour imposer un système économique : l’enjeu est ailleurs. Nous voici en effet devant une parabole qui, partant des réalités humaines, veut nous faire entrer dans une compréhension plus profonde du mystère du Royaume de Dieu.

La justice de Dieu n’est pas la justice des hommes… et heureusement ! Essayons donc d’entrer dans une compréhension nouvelle de ce texte d’Évangile :

* la vigne, c’est le Royaume de Dieu
* le vigneron, c’est Dieu,
* les ouvriers, ce sont tous les hommes et toutes les femmes, nos frères et soeurs en humanité.

Et voici que Dieu embauche… ou pour le dire autrement, Dieu appelle. Il rejoint chacun de nous à l’heure où sa liberté intérieure se fera disponibilité à l’inattendu de l’Amour. Certains seront rejoints dès le début de leur vie ; d’autres feront le parcours souvent sinueux d’une existence ballottée par tous les vents contraires de l’éphémère et du superficiel.

Dieu sait attendre car l’Amour est patient. Jamais résigné et toujours en alerte.

Car, voyez-vous, c’est d’abord de Dieu dont il est question dans l’Évangile… sinon nous risquons de tomber dans le piège d’une compréhension moralisante et réductrice.

Voici dont le vigneron sorti pour embaucher des ouvriers pour sa vigne. Dieu veut avoir besoin des hommes pour que la vigne de son Royaume produise des fruits savoureux.

Aux premiers qu’il embauche, le maître promet une pièce d’argent : le contrat est clair. Aux suivants, il ne dit pas combien ils seront payés… il dit seulement qu’ils auront « ce qui est juste »…

Car l’amour ne se calcule pas : la confiance l’emporte toujours sur le salaire et le bonheur ne se bâtit pas sur ce qui est dû, mais sur ce qui est donné… gratuitement.

Avez-vous remarqué combien le vigneron ne se lasse pas d’embaucher… car Dieu ne se résigne jamais ! Et les dernières heures de la journée n’empêcheront pas les derniers d’être engagés.

Jusqu’ici, on pourrait dire que le vigneron est un patron généreux qui ne veut exclure personne. Tout se complique lorsqu’on découvre que le salaire est le même pour tous et que les heures de travail n’ont aucun rapport avec la rémunération. On entre alors dans le cercle infernal des comparaisons et des jalousies là où l’abondance de l’amour devient source de mesquineries, de rancoeurs, voire même de vengeances. N’est-ce pas là le trop juste reflet d’un monde qui confond le calcul et la justice ?

Aujourd’hui, le Christ nous invite d’abord à reconnaître la gratuité de son Amour. À la vigne du Royaume, la confiance sera toujours plus importante que le calcul de nos mérites et de nos vertus. Loin de moi l’idée de banaliser ou de déprécier mérites et vertus… mais seul l’Amour permet de les resituer à leur juste place et à leur juste mesure.

Comparer, c’est souvent se tromper.

Saurons-nous, aujourd’hui, nous réjouir de ce que les autres ont reçu dans l’abondance de l’amour ? Saurons-nous redécouvrir que le Royaume de Dieu n’est pas fait de concurrence mais d’émerveillement ?

Ici, à Mons, sainte Waudru est souvent représentée avec ses filles qui deviendront religieuses à Valenciennes (en France). Dans son ermitage, elle nous rappelle que la rencontre de Dieu se fait dans la prière. Et dans le même temps, la confrérie dite des « Beubeux » nous dit combien la rencontre des prisonniers révèle le visage du Christ solidaire de toutes nos réalités humaines.

Mais, ne l’oublions pas, Dieu ne cesse d’embaucher. Et si la retransmission de cette messe télévisée devenait, pour vous, le rendez-vous où Dieu vous rejoint pour vous remettre le seul salaire qui soit digne de Lui : son Amour, c’est-à-dire « ce qui est juste ».

Références bibliques :

Référence des chants :