Je fais un don

Ci sarebbe dunque un cibo che scende dal cielo ? Accanto al grano che sale dalla terra, frutto della terra nostrale e del lavoro degli uomini, ci sarà questo cibo d’altrove ? O magari, sarebbe il nostro pane quotidiano, ma trasformato, trasfigurato, come proprio nella messa ? Volevo da principio salutarvi caramente, fratelli e sorelle di Nola, e dirvi, pur brevemente, il tema di questa predica.

Frères et soeurs,

À côté des nourritures terrestres, fruit de la terre et du travail des femmes et des hommes, il y aurait donc une autre nourriture ? Les amoureux nous disent qu’on peut vivre d’amour et d’eau fraîche – et c’est sans doute un bon critère pour savoir si on est vraiment amoureux, quand on se nourrit de la présence l’un de l’autre, et même qu’on en perd l’appétit…
Mais ce n’est pas réservé aux amoureux : chacun de nous a pu en faire l’expérience à plusieurs moments de son existence.
Je pense à ces jeunes parents que je rencontrais l’autre jour, émerveillés devant leur premier bébé : oui, ils ont donné la vie, mais leur vie à eux, tout autant, se nourrit de la présence de leur petit.
Je pense à ces deux garçons que j’ai croisés l’autre nuit en train de se parler, assis sur une marche, comme on parle à 16 ans avec un ami.
Je pense à tous ceux, jeunes ou vieux, qui cet été partagent quelques jours de leurs vacances avec des personnes dont ils sentent qu’elles ont besoin de leur présence.
Je pense à vous, ici ce matin, garçons et filles de Bordeaux et de Nola, et à tous ces jeunes qui, du monde entier, convergent vers Rome pour ces Journées mondiales de la Jeunesse. J’en suis sûr : ce temps de fraternité, d’amitié si simple et spontanée entre vous, sera quelque chose de fort et de nourrissant dont vous garderez longtemps le goût.

Voi, ragazzi e ragazze di Nola e di tutto il mondo, non è mica vero che questa amicizia tra di voi, cosi semplice, sarà cibo vero, per nutrire in voi la vita nuova ? Si, l’amore è cibo di vita.

Alors, en réfléchissant à cela, je me suis souvenu de l’épisode où Jésus vient de parler avec cette femme étrangère, cette Samaritaine, qu’il a rencontrée près d’un puits. Les disciples ont été cherché de quoi manger au village d’à côté et ils disent à Jésus : " Rabbi, mange ! ". Mais Jésus leur répond : " J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. Ma nourriture c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son oeuvre."
Jésus est vivant aujourd’hui parce qu’il s’est lui-même nourri quotidiennement de cette nourriture-là : écouter, être accueillant à l’étrangère, à l’étranger, parler, fraterniser – aimer.
Aimer, c’est une nourriture. " Oui, donne-nous toujours, Seigneur, de ce pain-là ! "
Voyez, ce commandement de l’amour, qui fait le fond de notre foi : " Dieu est Amour ", cette Parole de l’amour, qui fait le fond de toute la Bible, Dieu nous l’a donnée parce que c’est une vraie nourriture et pour qu’elle soit, pour nous, une nourriture : nourriture de vie, plus forte que la mort.

Les Prophètes l’avaient bien compris, eux qui mangeaient cette parole de l’Amour de Dieu. Et comme dit un Psaume : " ta parole est plus douce que le miel, plus savoureuse qu’un rayon de miel ". La " terre promise " est une terre où coulent le lait et le miel, où poussent le blé et la vigne, parce que c’est une terre de justice et de vérité, de paix et d’amour. Aussi, là où il nous est dit " Tu aimeras ! ", nous avons à entendre en même temps " Tu vivras ! ".

Fratelli, in tutta la Bibbia, là dove ci è detto : " Amerai ! ", abbiamo da sentire altrettanto : " Vivrai ! " : amare, voler bene all’altro, essere compagno (cioè condividere il pane), questo è vita, perchè amare è un cibo, cibo di vita.

Au fond, voyez-vous, il y a deux façons de manger – et deux façons de vivre.
L’une, c’est de manger tout seul – et je pense à tous ceux, parmi vous, qui êtes isolés, malades, prisonniers, âgés : vous savez bien, hélas, vous qui souffrez de cette isolement que, bien sûr, il faut manger chaque jour, mais que ce pain mangé seul ne nourrit qu’à moitié.
Car l’autre façon, la façon humaine de manger, c’est de rompre le pain. Les premiers chrétiens appelaient la messe la " fraction du pain ", et ils rompaient le pain dans leurs maisons avec joie et simplicité de coeur. Nous-mêmes, c’est ce que nous allons faire ici dans un instant en communiant. Mais sachez-le, vous qui êtes seul, vous qui ne savez plus comment sortir de votre isolement, vous qui peut-être vous êtes enfermés en vous-même, et vous aussi qui vous sentez en perte de vie : le Christ s’approche de vous et lui-même s’assoit à votre table. Et chaque fois qu’il y a en nous en vrai désir de partager notre pain, notre vie, il prend lui-même ce pain, cette vie dans ses mains et il les transfigure. Pain rompu, vin offert, deviennent pain de vie et vin de joie. Vie donnée, vie trouvée.

Quando accettiamo di spezzare il pane dei nostri pasti quotidiani, di condividerlo, Cristo lo prende lui stesso dalle nostre mani nelle sue e lo trasfigura. Pane condiviso, vino offerto, diventano pane di vita e vino di gioia.

Pour terminer, je voudrais vous raconter une histoire, une histoire vraie, celle qu’a vécue un soldat italien pendant la guerre en Russie, en 1943.

Raccontero adesso una storia, quella di un Alpino italiano sul fronte russo, nel gennaio 1943. La racconta Mario Rigoni-Stern, nel suo bel libro " Il Sergente nella neve ".

Il y avait à l’époque dans l’armée allemande des régiments italiens. L’un de ces soldats italiens raconte comment, au cours d’une journée très dure de combats pour s’emparer d’une petite ville russe, alors qu’ils battaient en retraite, tout à coup il se retrouve tout seul, coupé de ses camarades. Le combat semble se calmer. C’est déjà presque le soir, le soleil va se coucher. Il a faim. Il voit une isba. Au hasard, il entre, pensant qu’elle est peut-être vide. Mais il se trouve devant toute une famille en train de manger, et il y a aussi des soldats russes – des ennemis – qui mangent là, eux aussi. Tout le monde s’arrête, lui, les autres, comme pétrifiés de stupeur. Alors il dit, en russe, simplement et comme naturellement : " J’ai faim. Je voudrais manger, s’il vous plaît ". Silence. Une femme alors se lève de table, prend une assiette, la remplit à la soupière commune et la lui apporte. Lui, il passe son fusil sur l’épaule, il prend l’assiette et il mange. Pas d’autre bruit que celui de sa cuiller de bois dans l’assiette. Quand il a fini, il lui rend l’assiette et dit : " Spaziba – merci ". Et elle répond : " Je vous en prie ". Il se retourne, va vers la porte et elle l’accompagne jusqu’à l’entrée.
Et des années après, lorsqu’il raconte cette histoire, il ajoute : un tel moment est bien sûr incroyable. Pourtant il a existé. Et pour chacun de ceux qui l’ont vécu, sûrement, il est inoubliable : moment d’humanité vraie, signe d’espoir.
L’amour devenu nourriture de vie. Le fruit de la terre et du travail des hommes, le pain rompu, devenu Corps du Christ.
Frères et soeurs, ce que chacun de nous, ce matin apporte de lui-même dans le désir vrai de le partager, le Christ le prend lui-même de nos mains dans les siennes, il le partage et il nous le donne : " prenez et mangez, je suis le Pain de la Vie. "

Références bibliques :

Référence des chants :