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A l’occasion du centenaire de la naissance de Monseigneur Jean Rhodain, fondateur en 1946 du Secours Catholique

« Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique » (Deutéronome VI, 4).

Cette belle prière du Shema Israël, que tout juif fervent récite chaque jour, porte le premier commandement : Écoute.

Écouter Dieu qui parle et qui avant d’ordonner se révèle « notre Dieu », Dieu qui se donne à nous et non une force divine inconnue. Alors, en retour je peux l’aimer et aimer le prochain.

Et pour préciser ce qu’est aimer, Jésus recentre sur l’écoute. « Écoute, tu aimeras le Seigneur ton Dieu et ton prochain comme toi-même. » Une même écoute tient un seul commandement à deux faces.

Face humaine, qui en Jésus devient la Sainte Face, et face divine qui donne sa parole d’amour dans le visage humain. Deux faces indissociables d’un même amour qui n’a qu’un seul visage.

Depuis que la Parole de Dieu a pris chair en Jésus, le visage nous fait voir et entendre la parole de Dieu et des hommes.

C’est pour cela qu’écouter est épuisant, car l’écoute épuise l’égoïsme pour nous laisser toucher par la parole.

Oui, écouter nous vide… Nous vide de nous-mêmes pour faire place à l’autre. Et cela devient une joie : écouter c’est aimer. Aimer, dans les visages, la parole qui rend Dieu proche.

Mais cette joie fait peur. Alors nous faisons semblant d’écouter ; il est si facile de mimer celui qui écoute ! Ou pire, nous croyons écouter.

Nous écoutons les mots, avec attention et exactitude… mais nous supprimons le visage qui parle en le prenant au piège des mots.

C’est l’écoute mensongère qui déshumanise parce qu’elle ne retient que des mots sans chair, sans les larmes, les sourires ou les silences des visages. Et nous savons tous le faire, même au nom de la charité ou du devoir.

C’est le visage parlant qu’il faut écouter, le visage habité et illuminé par la parole, même si, tout petit, bébé, il ne sait pas encore articuler des mots ou si âgé, malade, agonisant il ne peut plus le faire.

Écouter n’est pas qu’une affaire de technique mais un mouvement du coeur, une ouverture.

Car la Parole est un glaive qui coupe pour ouvrir, faire vivre. Elle appelle à aimer. Les cris des malheureux nous le rappellent, parfois plus durement que le Livre, calme et silencieux.

Depuis le premier Noël la Parole de Dieu se découvre à visage humain.

Aussi, prier comme aimer, c’est faire silence pour sortir du malentendu et écouter en même temps Dieu et les hommes, la Bible et le journal.

« Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu qu’il ne voit pas » dit saint Jean (1 Jean IV, 20).

Écouter transfigure le regard et fait voir l’invisible.

Dans la rencontre d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards, pauvres, blessés par la vie ou rejetés… Dieu nous dit sa présence. Et tous nos morts… nous ne les voyons plus près de nous, mais nous écoutons leur mystérieuse présence en nous. Pour aimer Dieu, les autres et soi-même, écoutons la parole qui se donne à voir en tout visage.

C’est la force de Mgr Rhodain, né il y a cent ans, d’avoir su écouter les détresses d’aujourd’hui comme parole de Dieu. À Lourdes, il venait raviver cette exigence de la charité confiée au Secours Catholique qu’il a fondé : écouter pour aimer.

Comme Bernadette. Sans son écoute aimante de Marie et de Jésus, les pécheurs, les malades, les pauvres n’auraient pas leur place ici, spécialement en cette Cité Saint-Pierre.

À Lourdes nous redécouvrons l’écoute.

C’est pour cela que les Évêques de France y tiennent leur assemblée, comme actuellement. Dans le silence de la grotte et sur la foule des visages, la vivante Parole se donne, comme une source qui, pour notre joie, ne tarit pas. Ami, n’aie pas peur d’aimer. Écoute !

Références bibliques :

Référence des chants :