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Cette réflexion d’Élisabeth sera la nôtre aujourd’hui en cette veille de Noël, avec ce récit évangélique de la Visitation.

Une scène bien visuelle, presque banale à première vue.

Deux cousines se rencontrent et partagent leur joie de se savoir enceintes. Voilà qui traduit une vie familiale où l’on se connaît et se rencontre ; des gestes et des paroles d’accueil sont échangés. Ce qui se passera à Noël pour beaucoup d’entre vous.

Elle est toute naturelle cette solidarité familiale et nous en apprécions la beauté toute simple : ceux qui en sont privés éprouvent particulièrement leur difficile solitude en ces jours de fête, je pense aux malades qui n’auront pas de visite, aux célibataires loin d’un environnement amical ou familial, aux prisonniers et à d’autres isolés.

Mais voilà que par cet évangile, la famille des chrétiens vient vous visiter à domicile et vous invite à découvrir qu’il y a beaucoup plus profond en ces jours-là.

Marie a tellement accueilli la Parole de Dieu qu’elle la porte : elle conçoit le Fils du Dieu vivant, celui qui sera nommé « Dieu sauve » : Jésus.

D’une marche rapide et joyeuse, avec le pas allègre de l’obéissance à Dieu notre Père mentionné par saint Augustin dans sa Règle, l’humble servante du Seigneur quitte son village de Nazareth, ce trou perdu ? « de Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » dira Nathanaël à l’apôtre Philippe (Jean l, 45) ? Et elle va, Marie, avec la rapidité de l’amour du prochain vers la maison d’Élisabeth et de Zacharie dont le nom signifie « Dieu se souvient ». Pleine de grâces, Marie vit de l’amour de Dieu ; elle pressent qu’il y a un rapport entre ces deux fécondités inattendues : l’une des mamans est trop âgée et stérile ; l’autre ne vit pas encore avec son futur mari. Mais rien n’est impossible à Dieu qui se souvient toujours de son amour pour son peuple et pour chacun de nous. À nous de nous en souvenir aussi.

Arrivée à la maison de Zacharie, Marie, enceinte, est accueillie par l’enfant et sa mère Élisabeth. Le petit ? déjà formé, car il a six mois ? se retourne si curieusement dans le sein maternel, que le verbe employé par l’évangéliste saint Luc, est celui qu’emploie la Bible pour exprimer la danse joyeuse de David devant l’Arche d’alliance. II bondit et ce tressaillement de Joie est celui qui nous est proposé à l’approche de Noël : souvenir actualisé de la venue de Jésus Sauveur. Nous ne sommes plus dans l’anecdote d’une banale rencontre de deux futures mamans. Mais dans le mystère de la rencontre de Dieu et de chacun de nous à qui il propose de faire alliance.

« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous, s’exclamera l’apôtre saint Paul. Ni la mort, ni la vie, ni le présent ni l’avenir, rien ne pourra me séparer de l’amour du Christ » (I Corinthiens III, 22). Voilà ce qui est pressenti dans cette rencontre. Ce qu’était l’Arche dans l’ancienne alliance, le lieu de la présence de Dieu parmi son peuple, Marie l’est dans la nouvelle alliance. C’est en elle que le Verbe de Dieu demeure et elle le porte au monde. On passe de la figure à l’accomplissement de la Promesse. Dieu anime toujours l’histoire humaine, opérant des merveilles et suscitant la joie messianique. Le futur Jean-Baptiste ? dont le nom signifie que Dieu a fait grâce ? il nous fait signe aujourd’hui pour nous faire bouger dans notre relation à Jésus, Messie attendu par chacun. Le rencontrer d’une manière ou d’une autre, inaugure un éveil spirituel qui éclairera toute notre existence.

« Comment, ce matin, par cette messe télévisée, ai-je ce bonheur que la Mère de mon Sauveur vienne à moi ? »

Nous pouvons répondre que ce n’est pas par hasard, mais par une invitation, une provocation providentielle, qu’il m’est proposé de me souvenir de Marie, la sainte Vierge, la maman de Jésus.

Saurons-nous accueillir celui-ci dans les personnes que nous rencontrerons à Noël lors de nos visites et à qui nous pourrons donner des signes de bonté et en recevoir ?

Découvrirons-nous son évangile, la bonne nouvelle qui peut nous mettre ou nous remettre en route rapidement et dans une joie intérieure dont nous avions peut-être perdu le goût mais gardé la nostalgie ?

Pourrons-nous entendre le message de sa mère transmis par le récit des noces à Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jean II, 5) ; et redire sincèrement avec elle : « qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc I, 38).

Oserons-nous joindre notre voix, celle qui vient du fond de notre coeur, à celle du messager de l’Annonciation complété par l’exclamation d’Élisabeth et murmurer tout simplement : « Je vous salue, Marie, pleine de grâces… vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus votre enfant est le Béni ».

C’est le don de la Foi que j’espère pour vous en cette petite visite que Dieu vous fait par Marie et son Fils en cette veille de Noël : « Heureux ceux qui croient à l’accomplissement des paroles qui leur sont dites de la part du Seigneur. »

Références bibliques :

Référence des chants :