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Demain, Noël.

Et peut-être, une fois encore, pour tel ou tel d’entre nous le temps d’un visage de Jésus.

Avant celui de sa vie publique, de sa souffrance et de sa mort : le visage d’un enfant.

Noël c’est, avec les bergers, d’abandonner un moment dans la nuit les brebis de notre quotidien pour retrouver au plus intime l’écoute d’un chant venu d’ailleurs.

Ce sont quelques sages, chercheurs de Dieu, avec leurs pauvres et précieux cadeaux pour honorer un bébé dont le gazouillis heureux prélude à l’avènement d’un monde renouvelé ; c’est le vieux Syméon, que j’aime, et qui peut s’en aller en paix parce qu’il aura perçu dans la venue de cet enfant la promesse d’un univers réconcilié qu’avec les prophètes, il espérait depuis longtemps.

Noël, c’est surtout au bord d’un berceau la présence d’une mère, de Marie, cette jeune femme qui dans la nuit se penche sur son premier-né et s’émerveille, dans le secret , de la lumière de son visage, pressent quelque chose de l’importance de sa présence :

« Au commencement était le Verbe

« Et le Verbe s’est fait chair

« Et il a habité parmi nous

« Et nous avons vu sa gloire

« Cette gloire, que fils unique

« Plein de grâce et de vérité

« Il tient de son Père »

C’est le visage d’un Dieu qui a voulu dans la faiblesse d’un enfant, nous éveiller à un autre bonheur.

Mais un bonheur   menacé.

Celui que vénèrent les mages est un enfant « à la rue » ; à tout le moins dans un logement de fortune parce qu’on n’a pas voulu de ses parents à l’auberge du village.

Bientôt Joseph sera obligé de s’enfuir à l’étranger pour le mettre à l’abri des recherches d’un pouvoir corrompu.

Noël dans le visage d’un enfant, comme celui de la petite Léa dans le film qui a précédé cette messe.S’associer à son émerveillement mais sans oublier que notre Dieu est un Dieu qui a voulu par la suite partager le dur combat des hommes pour la justice et pour la paix.

Quand, plus tard, ses disciples l’interrogeront sur son identité profonde, il leur dira :

« J’ai eu faim et soif, J’ai été étranger, Nu, Malade et prisonnier »

Rejoindre aujourd’hui l’enfant de la crèche, c’est aussi se préoccuper de ceux qui ne mangeront pas à leur faim, des étrangers en quête d’un autre logement, de ceux qui sont malades ou qui vivront Noël derrière les barreaux de nos prisons en France, ou dans les geôles de Palestine, d’Irak ou du Darfour. Plus près de nous, peut-être, ces réfugiés qui se cachent dans les dunes de Sangatte avec l’espoir d’une hypothétique traversée vers l’Angleterre.

Oui, Noël, aujourd’hui encore, pour ceux qui s’en seront donné le temps et l’attention, le bonheur d’un anniversaire partagé avec ses chants, ses lectures, ses cadeaux, la joie d’être ensemble, mais c’est pour retrouver par la suite la difficile patience d’un quotidien ordinaire, peut-être la rencontre de ces gitans et de ces sans-papiers qui campent près de chez nous, dans un dénuement complet.

Chaque année, à Condette – beaucoup l’auront vu dans le documentaire qui a précédé cette messe – nous retrouvons une soixantaine des fidèles de notre communauté dite du 28, pour un temps de réflexion et de prière. Le premier matin, au petit jour, nous entreprenons une marche vers la mer, un peu difficile pour certains. Après la forêt et les dunes, le temps du désert, de se recueillir tous ensemble dans le silence, de se laisser habiter par la rumeur de l’océan, de s‘éveiller à l’infini d’une présence.

La dernière fois que nous avons vécu ensemble ce temps de méditation, a jailli dans le lointain un homme qui courait sur la plage ; on ne découvrait pas bien son visage, mais l’immensité de l’horizon s’est trouvé habitée de ce quelqu’un, comme jadis l’humanité par la présence de l’Emmanuel. Et d’un coup, dans cet inconnu, c’était comme si Dieu était venu traverser notre vie.

Peut-être demain, parce que nous aurons été éveillés à l’attention, le Jésus de Noël nous aidera à reconnaître dans le désert d’un quotidien difficile, le bonheur de cette présence.

Références bibliques : Is 7, 10-16 ; Ps 23 ; Rm 1, 1-7 ; Mt 1, 18-24

Référence des chants :