Vivre au monde

 

Avez-vous peur du monde ? Si quelques optimistes disent que nous vivons une époque formidable, d’autres diront que le monde est hostile. Alors certains s’accommodent de l’isolement et de l’individualisme. Des croyants se désoleront que le monde est athée. Des chrétiens voudront se garder d’un monde malsain. Le monde ne peut pas changer, diront certains, et ils deviendront complices de la médiocrité. D’autres s’installeront dans une contre-culture, voulant créer le club des purs. Mais en ne se confrontant plus à l’adversité, ils ne témoigneront plus de rien.

 

Vivre au monde n’est pas simple. Jésus lui-même le reconnait lucidement dans la prière à son Père quand il lui parle de nous : « le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde ». Mais il lui dit : « je ne prie pas pour que tu les retires du monde ». Même si par son Ascension il nous montre que nous sommes faits pour la gloire du ciel, il dit que, pour l’heure, notre place est bel et bien dans ce monde : « De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde ».

 

Alors quelle posture prendre, frères et sœurs ? Ne pas jouer les « inadaptés à ce monde ». Dieu ne nous protège pas par l’extérieur. Il nous garde de l’intérieur. Il nous donne une colonne vertébrale, pas une carapace : c’est cette colonne vertébrale qui fait que nous aimons, que nous restons joyeux et que nous cherchons la vérité.

 

Cette colonne vertébrale, c’est l’Esprit Saint. C’est par lui que Dieu nous garde de l’intérieur, pour nous rendre capables de nous risquer vers l’extérieur, vers toute adversité ou vers tout appel. « Voici comment nous reconnaissons que nous demeurons en Dieu et Dieu en nous : il nous a donné part à son Esprit » (Cf 1Jn, 4, 11-16). Nous engager dans le monde, c’est vivre notre histoire. C’est prendre part à l’histoire du monde en nous y tenant de plain-pied mais portés par l’Esprit-Saint.

 

« L’histoire est une mystique, une marche vers Dieu », disait Giorgio La Pira, ancien maire de la ville italienne de Florence, très investi auprès des pauvres et soucieux du bien commun. Il faisait partie à la fois du Tiers-Ordre dominicain et du Tiers-Ordre franciscain (ce sont des fraternités, dans l’esprit des confréries que l’on trouve en Corse). Il était donc un chrétien laïc avec une vie spirituelle qu’il essayait de garder solide pour tenir sa place dans ce monde et y rayonner de la prévenance de Dieu.

 

Vivre au monde est notre première expérience mystique si nous désirons que l’Esprit Saint soit notre mouvement intérieur, notre gouvernail dans l’histoire des hommes. Nous marchons vers Dieu en empruntant sans état d’âme la terre des hommes.

 

Entre l’Ascension et la Pentecôte, nous voici dans une neuvaine pour demander à Dieu son Esprit. Mais nous ne demandons rien qui nous soit extérieur. Nous demandons à Dieu de réveiller en nous ce qu’il a déjà donné et qui est si intérieur à nous-mêmes : l’Esprit créateur, l’Esprit d’amour, l’Esprit de liberté, l’Esprit de joie, l’Esprit de vérité…

Alors peur du monde ? Non, car l’Esprit est notre vie (cf. Rm 8, 1-11) : Dieu pour nous !

 

Le récit du choix de Matthias pour remplacer Judas et garder douze apôtres montre combien les chrétiens croient l’Esprit présent à la vie de l’Eglise en ce monde. Mais à nous de redire que nous voulons qu’il agisse en nous ; qu’il soit notre guide.

Lorsque nous prierons toute cette semaine : « Viens Esprit de sainteté ! », comprenons que nous disons : « Ô mon être, fais confiance, agis par l’Esprit que Dieu t’a donné !

Ô mon Dieu, agis par moi pour que je vive en ce monde en faisant le bien ». Amen.