Frères et sœurs, l’Évangile du jour nous oblige à une vigilance ragaillardie, avive en nous une espérance lucide. Lumière sera faite, proclame le Christ, soyez sans crainte :  « Tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu » . Une lumière qui fait le tri, crève les baudruches, nous émonde pour nous réduire à l’essentiel de ce que nous sommes : les fils adoptifs du Père. Poussons un ouf de soulagement !

Le siècle dont nous sortons a caracolé en tête du peloton des horreurs. Les millions et millions de morts qu’a charriés l’histoire, et notamment la plus récente, nous laisse sur une impression de néant si grande que nous nous sommes mis à douter de tout, et de notre bien fondé. La lumière incisive du Christ vient à point. Nous le savons : l’être humain est aujourd’hui en grand danger de décomposition. La frontière de l’homme et de l’animal tend à s’estomper, l’inviolabilité de l’âme personnelle fait hausser les épaules, de scabreuses manipulations génétiques reposent en stratégie de labo, la perte de spiritualité nous tire vers le bas, et son chloroforme, la santé légitimement recherchée a fait oublier trop souvent le salut.

Dans le magma des cruautés de siècles qui se chevauchent, dans l’avachissement des valeurs qui nous fait prendre des vessies pour des lanternes, l’argent, la vaine gloire et les plaisirs immédiats pour ce qu’ils ne sont pas : la porte du paradis, le Christ tranche par sa lumière sans sunlight, par sa lucidité qui nous met au large de tout autre chose. La merveilleuse nouvelle du Christ, dure en sa qualité de diamant, la voici : nous serons tous, un par un, mis à nu, réajustés à sa charité, car  « même nos cheveux sont tous comptés » , c’est dire le prix inestimable de notre personne pour Celui en qui nous sommes sans cesse pétris. L’histoire entière si inextricable sera dénouée, car l’Esprit ne la laisse pas à l’abandon. Elle ne part pas aux égouts. Comme la Création « elle est dans les douleurs de l’enfantement ».

Non, je ne suis pas qu’un fétu emporté dans les remous d’époque, une marionnette de foule, aussi tiré à hue et à dia que je sois, et versatile. Plus profond que tout, notre âme est inexorablement liée à son Auteur, qui l’appelle, l’invite par voix de conscience, et voie de conversion. Ne vends donc pas ton âme pour une bouchée d’arrogance, de pouvoir et de séduction aveugle, ou la frénésie de l’instant qui passe et va au trou. Vendre son âme à l’air du temps, à la vie superficielle, c’est donc avoir été acheté, comme on le dit de quelqu’un qui a perdu son honorabilité. La nôtre, frères, est d’être  « à l’image de Dieu » , dont Jésus en son humanité a dressé le portrait. Le culte du corps et de l’épanouissement personnel, qui imprègne nos sociétés, s’accompagne hélas trop souvent d’une âme inculte de son Dieu. Alors, réveillons-nous ! « Craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps », nous avertit Jésus. Quel combat ! Une conversion de tous les instants. Dissous donc ta misère dans la lumière du Christ au lieu de t’y résoudre.

Il y a des premiers en ce monde qui seront les derniers en l’autre, et des derniers en ce monde qui seront les premiers dans l’amour éternel. Car la loi de l’Évangile prend tout le monde à rebrousse-poil. Elle est justice à rechercher, soutien du pauvre, compassion, impatience devant le mal, patience devant ses propres faiblesses, douceur brûlante de cet amour indéfinissable prêt à tous les pardons. Frères, cet Évangile ressort comme une pépite d’or. Il nous ramène à l’essentiel, il recadre les choses, comme on dit. On en a bien besoin ! Amen.

Références bibliques : Jr 20, 10-13 ; Ps 68 ; Rm 5, 12-15 ; Mt 10, 26-33

Référence des chants :