Un moine du douzième siècle a comparé la fête de tous les saints à la grande solennité de Pâques. Dans un texte riche de spiritualité, il souligne que si, à Pâques, nous célébrons le Christ ressuscité assis à la droite du Père, aujourd’hui, nous contemplons ceux qui, par la puissance de la résurrection, ont suivi l’enseignement du Maître et siègent avec lui auprès de Dieu, le Père. Voici les paroles de ce maître de spiritualité :

 

« Aujourd’hui nous devons renouveler le chant pascal parce que si, à Pâques, nous avons contemplé le Christ vivant pour toujours à la droite du Père, aujourd’hui, grâce à l’énergie de la résurrection, libérée à Pâques, nous contemplons ceux qui, en Christ, sont à la droite du Père : les saints. À Pâques, nous avons chanté la Vigne vivante, ressuscitée ; aujourd’hui, l’Église célèbre les sarments qui ont donné leur fruit. Émondés et abreuvés par le Père sur la Vigne qui est le Christ, ils ont donné du fruit en abondance. Ces grappes de raisin forment ensemble un vin unique, celui du Royaume de Dieu. »

 

Nous comprenons mieux pourquoi Jean, dans l’Apocalypse, contemple dans le ciel une foule immense de saints, que nul ne peut dénombrer. D’après notre ami, le moine du XIIe siècle, les saints ont porté concrètement du fruit dans le monde, en demeurant unis à la Vigne qui est le Christ. À toutes les époques de l’histoire de l’Église, tant de personnes, de toutes origines et de toutes conditions sociales, ont témoigné de la sainteté de Dieu et annoncé l’Évangile par leur vie.

 

L’Église primitive s’était déjà rendu compte que le nombre de ceux qui portaient des fruits évangéliques dans le monde était important. C’est si vrai, qu’au quatrième siècle, on ne pouvait plus écrire au martyrologe (le livre qui présente la vie des saints) tous les noms de ceux qui ont vécu l’Évangile dans la sainteté ; c’est ainsi que fut instituée la fête d’aujourd’hui, dédiée aux saints.

 

Immense est la foule des saints ; ils ont porté du fruit en restant liés à la Vigne, en vivant l’engagement de leur baptême. Lumen Gentium, le document du concile Vatican II sur l’Église, déclare que tout baptisé a une vocation à la sainteté. Baptisés, nous sommes donc appelés à être et à devenir de plus en plus saints, portant des fruits généreux selon l’esprit de l’Évangile.

 

Dans ce sens, la fête d’aujourd’hui est notre fête, la fête des baptisés. Dans une bande dessinée, j’ai trouvé l’image d’un enfant en train de suspendre un cadre au mur de sa maison, un mur rempli de visages représentant des saints : saint François, sainte Thérèse, etc. Le nouveau cadre que suspend l’enfant le représente lui-même avec l’inscription : « Moi ». Cette bande dessinée nous fait comprendre notre vocation à la sainteté et nous stimule dans notre engagement quotidien à devenir de plus en plus à l’image de Dieu.

 

La fête que nous célébrons aujourd’hui, nous propose un grand devoir : celui de contempler au ciel ceux qui ont porté du fruit, mais aussi l’engagement de faire en sorte que le cadre de vie, que nous suspendons aux murs de la grande famille des enfants de Dieu, l’Église, devienne de plus en plus beau, resplendissant de couleurs et de nuances. Un vrai tableau d’auteur. Et cela sera possible si, jour après jour, attachés à la Vigne qui est le Christ, c’est-à-dire fidèles à sa Parole et à ses sacrements, nous portons de généreux fruits d’amour, de joie, de paix, de justice dans le monde.

 

Le cadre de notre vie deviendra de jour en jour plus resplendissant, si nous mettons en pratique l’Évangile des Béatitudes que nous avons proclamé. Tels sont les traits les plus beaux que nous puissions tracer sur la toile de notre vie.

 

Cette beauté de la sainteté qui doit transparaître de notre vie, le monde en a besoin. Aujourd’hui, les paroles ne suffisent plus, les gens ont besoin de témoins éloquents de la bonté de Dieu, d’humbles serviteurs de l’Évangile dans l’ensemble de leur vie, de présences fraternelles et remplies de compassion, qui révèlent la vérité de Dieu sur l’homme et sur le monde, d’hommes miséricordieux qui sachent porter les blessures de leurs semblables, en reconnaissant leur dignité de fils de Dieu.

 

Notre société a besoin de personnes qui sachent combler le vide né de la solitude de tant de personnes ; elle a un besoin urgent de personnes qui sachent être proches de tous les blessés de la vie, sans avoir la prétention d’offrir des recettes de consolation, encore moins de juger, mais seulement de partager leur vie en toute simplicité.

 

Devant les grands vides éducatifs de la famille, le monde requiert la présence de personnes qui aident les jeunes à chercher un sens à leur existence, qui sachent leur inculquer la vitalité et le courage d’affronter leur avenir, reconnaissant dans le Seigneur Jésus, la réponse à toutes leurs demandes.

 

Le monde a besoin de saints.

 

Aujourd’hui, se présentent de nouveaux saints, qui n’ont pas la tête dans les nuages et ne sont pas éloignés de la vie. Témoins du Ressuscité, ils seront capables de transformer en atmosphère de résurrection, différents lieux de mort où règnent l’anonymat, l’indifférence, l’arrivisme et la peur. Nous avons besoin de saints proches du langage de nos contemporains, qui sachent porter dans l’Église et la société, « le bon parfum du Christ par la miséricorde et le pardon ». À une époque de « tolérance zéro » envers celui qui a fauté, le pardon devient témoignage de sainteté et de présence de Dieu dans l’histoire des hommes.

 

Que le Seigneur nous aide à vivre jour après jour notre vocation à la sainteté, en répondant aux besoins du monde à la manière de l’Évangile des Béatitudes, à l’exemple de ceux que nous contemplons aujourd’hui. Par les portes entrouvertes du Ciel, nous voyons la foule immense de ces personnes qui, avec simplicité et cohérence, sont allées à la rencontre des véritables exigences de l’homme, avec les sentiments qui furent dans le Christ Jésus.

 

Elles ne sont pas saintes parce qu’elles font des miracles, ou apparaissent dans nos maisons, ou parce qu’elles sont nées immaculées. Elles sont saintes parce que, unies au Christ et abreuvées par lui, parfait Vigneron, elles ont produit des grappes mûres hautement capiteuses, capables de stupéfier le monde par l’amour.

 

Que l’on puisse un jour dire cela de chacun de nous ! Je vous le souhaite de tout cœur.

 

Amen.

Références bibliques : Ap 7, 2-4.9-14 ; PS23 ; 1Jn3, 1-3 ; Mt 5, 1-12

Référence des chants :