Combien de clefs saint Pierre a-t-il reçues ? La question peut surprendre. Nous sommes habitués à voir deux clés, soit dans les mains de Jésus, soit dans celles de Pierre, soit sur les armoiries du Pape.

Dans la cathédrale de Soissons, un tableau représente Jésus donnant deux clefs à Simon Pierre, l’une en argent, l’autre en or, comme pour signifier le double pouvoir sur la terre et dans le ciel.

Or que lisons-nous exactement dans l’Évangile ? « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux. ». Pas question de deux, trois ou dix clefs. Jésus donne « les clefs », c’est-à-dire qu’il fait totalement confiance à Pierre.

Ce détail peut nous sembler loin de la fête de saint Pierre et de saint Paul, loin de cette « Année de saint Paul » où nous serons invités à mieux connaître l’Apôtre, sa vie, son œuvre, ses écrits et surtout sa passion pour le Christ crucifié : « Je n’ai rien voulu savoir sinon Jésus Christ et Jésus Christ crucifié. ».

Mais pour bien commencer cette « Année de saint Paul », il nous faut commencer par lire l’Écriture avec plus de lenteur et plus de précision. Paul Valéry écrivait : « Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme c’est la peau. ».

De même nous pourrions dire : ce qu’il y a de plus profond dans la Parole évangélique c’est sa peau, c’est-à-dire le texte lui-même. Certes nous voudrions accéder immédiatement aux sens de l’Écriture : pour les uns un sens spirituel, pour d’autres un sens moral qui engage dans la vie. Mais n’allons pas trop vite : il nous faut tout d’abord bien lire avant de comprendre. Commencer une « Année de saint Paul », c’est avant tout décider de lire la Parole de Dieu et de la lire avec lenteur. Essayons avec notre Évangile.

Il est bien connu, trop peut-être. Jésus se demande ce que pensent les gens et ses disciples. Ce n’est pas une question d’image. Jésus ne se préoccupe pas de sa côte de popularité ! Jésus veut révéler son Père et sa filiation divine à ceux qui l’entourent. Pour cela, il interroge ses disciples, sur ce que disent les gens. Ceux-ci ne sont pas sans opinion. Ils ont tous une « petite idée ». Jésus ne réagira pas à ce qui se dit, mais il va faire réfléchir les siens. «Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?»

Et c’est Pierre qui va répondre. Pierre va confesser une foi qui vient déjà de la résurrection : « Toi, tu es le messie, le Fils de Dieu le vivant. ».

Ce n’est pas la première fois que l’on attribue ce titre de « fils » à Jésus. Souvenons-nous, après la marche sur les eaux, les disciples se sont prosternés et ont confessé : « Vraiment, tu es fils de Dieu. ». Mais ici Pierre va plus loin. Il ne dit pas « tu es fils de Dieu », mais « tu es… le Fils de Dieu ». Jésus n’est pas un fils de Dieu, mais le Fils de Dieu. Ce petit article dit tout le chemin de foi que Pierre est en train de faire.

Bien plus, il ajoute : « tu es le Messie ». Nous le voyons : la foi de Pierre est celle de l’Église aujourd’hui. Il affirme ainsi pleinement la foi qui est encore la nôtre envers Jésus.

Mais continuons de lire la peau de notre Évangile. Pierre n’a pas dit : « tu es le Christ » mais : « Toi, tu es le Christ… ». Et Jésus a répondu : « Toi, tu es Pierre ». Jésus semble lui dire : « Puisque tu as dit avec foi : ‘Toi, tu es le Fils de Dieu’, moi je te dis : ‘Toi, tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église.’ ». Jésus reprend l’expression de Pierre.

C’est comme un écho entre Jésus et Pierre : « Toi, tu es le Messie… toi, tu es Pierre… ». Mais c’est plus qu’un écho : c’est un dialogue d’amitié, c’est une confiance qui progresse, un dialogue qui tient compte de l’autre.

Dernière remarque, mais il y en aurait tant d’autres sur cette belle « peau d’Évangile », Jésus ne dit pas : « Toi, tu as bien confessé la foi, sur cette foi je bâtirai mon Église. ». Non. Jésus va s’appuyer sur Pierre en personne pour bâtir son Église. Il bâtit l’Église sur quelqu’un, avec ce qu’il est, avec ce qu’il sera. Le Christ fonde l’Église sur Pierre et non sur la foi de Pierre. Ce détail est beaucoup plus important qu’il n’y paraît.

Jésus s’appuie sur Pierre en personne. Aujourd’hui le Seigneur compte sur chacun de nous en personne dans l’Église. Il ne s’appuie pas sur notre peu de foi, sur un indice de foi. Heureusement ! Il s’appuie sur ce que nous sommes, tels que nous sommes, qui que nous soyons : Pierre, Paul, Jacques, Lucie, Blandine, Cécile… bref chacun de nous. Paul le dira autrement : « Les membres du corps qui sont tenus pour plus faibles sont nécessaires. » (1 Co 12,22).

Bien plus Paul proclamera la continuité entre Jésus glorifié et son corps qu’est l’Église. Paul découvrira sur le chemin de Damas que l’Église, cette communauté nouvelle, ne fait qu’un avec le Ressuscité : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? ».

Alors continuons de lire la peau des Écritures, de lire avec d’autres les écrits de l’Apôtre des Nations.

Je vous souhaite une année pleine de découvertes. Grâce à Paul, avec la grâce de Dieu, découvrez le Christ et son Église. Même si c’est parfois difficile, lisez saint Paul de plus près, avec lenteur et avec bonheur.  « L’amour prend patience » écrivait l’Apôtre. Osons ajouter en cette « Année de saint Paul » : « l’amour de la Parole prend patience » et avec joie, nous rendrons grâce à Dieu le Père.

Références bibliques :

Référence des chants :