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Quel texte curieux, n’est-ce pas ? Un peu difficile à comprendre, un texte qui peut donner lieu à toutes les interprétations et on ne s’en est pas privé. C’est important d’y voir clair. Essayons.

Ce matin, je n’ai pas envie d’entrer dans une longue explication littérale de ce texte. Seulement vous dire que Jésus a sans doute voulu prononcer ces paroles intentionnellement dramatiques – à la manière des prophètes de l’Ancien Testament – pour attirer l’attention de ceux qui l’écoutaient et les provoquer à entendre un message essentiel. Quel message ?

J’ai retenu deux thèmes bien présents dans cet Évangile :

· la destruction du Temple

· et les événements tragiques

La destruction du Temple. Au temps de Jésus, c’était le deuxième de l’histoire d’Israël. Il était encore en chantier. C’était déjà un ensemble prestigieux. Sur l’ample esplanade, les portiques s’élevaient déjà. Le fronton plaqué or rutilait au soleil. Pas étonnante la réflexion des disciples devant cette magnifique construction, qui était pour les Juifs le lieu de la présence de Dieu.

« Ce que vous contemplez là, dit Jésus, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »

Jésus voit venir, en effet, la révolte imprudente de certains groupes extrémistes et donc la prévisible répression brutale des Romains. De fait, en l’an 70, le Temple sera détruit par l’armée romaine. Vous devinez l’effroi des disciples devant cette annonce faite par Jésus.

Le vrai message de l’Évangile aujourd’hui, il est dans la réaction de Jésus. Elle est étonnante cette attitude. Il ne partage pas l’effroi de ses disciples. Car il n’est pas impressionné par les constructions importantes. L’essentiel pour lui – il n’a cessé de le dire – ce ne sont pas les bâtiments de pierre, c’est la foi de ceux qui s’y rassemblent.

Savez-vous que ce message de Jésus n’a rien perdu de son actualité. Je trouve même qu’il est très actuel. Eh oui ! Aujourd’hui, un peu comme les apôtres hier, nous nous désolons parce que l’église de notre village est fermée. Certains se désespèrent en énumérant toutes les églises qui sont fermées le dimanche. Et c’est vrai que ce n’est pas sans question.

Mais Jésus nous redit ce matin : « L’essentiel, ce ne sont pas les bâtiments de pierre, mais la foi de ceux qui s’y rassemblent. » Eh bien ! La foi de ceux qui se rassemblaient dans votre église n’est pas morte.

Alors, pas de panique ! Ne passons pas notre temps à gémir sur le bon vieux temps passé. J’ai aimé lire cette remarque d’un évêque, le père Albert Rouet : « L’heure n’est plus à énumérer les églises fermées, ni même à compter qui vient à l’église, l’heure est de savoir vers qui va l’Église ».

Eh bien ! Les bonnes réponses ne manquent pas. Que d’initiatives nouvelles, que d’assemblées de prière en l’absence de prêtre, que de messes de familles, que de groupes de parole, que de rassemblements de jeunes et d’enfants, je n’oublie pas la messe télévisée, que d’associations de solidarité sans oublier les mille dévouements qui soutiennent les grandes causes.

J’aime me souvenir de ce que l’apôtre Paul osait écrire aux chrétiens de Corinthe. La ville de Corinthe avait 500 000 habitants. Y avait-il 3 ou 400 chrétiens ? Saint Paul osait dire : « Vous êtes le Temple de Dieu… Le Temple, c’est vous » (1Co 3, 16).

Mes amis, le Temple de Jérusalem autrefois était le signe visible de la présence de Dieu au milieu de son peuple. Nous sommes le nouveau Temple. Est-ce que ceux qui cherchent Dieu le découvrent ou le reconnaissent en nous voyant vivre ?

Deuxième thème : les événements tragiques. L’énumération qu’en fait Jésus est impressionnante. Commençons, si vous le voulez, par ce que Jésus annonce à ses disciples eux-mêmes.

« On portera la main sur vous. On vous jettera en prison. On vous fera comparaître devant rois et gouverneurs. Vous serez livrés même par vos familles… »

Imaginez la tête des disciples en entendant cela. Mais ont-ils retenu la réaction de Jésus ? Elle est inattendue. Elle est limpide : « Vous n’avez pas à vous soucier de votre défense. Je suis là Je vous inspirerai le langage qui convient ».

Mes amis, ces paroles de Jésus n’ont rien perdu de leur actualité. Des persécutés, il y en a encore, parmi les disciples de Jésus et dans la nuée des militants des droits de l’homme. La promesse tient toujours. On le constate encore dans les réparties pathétiques et balbutiantes d’un persécuté ou dans l’héroïsme de ne rien dire même sous la torture ou encore dans le courage de parler au péril de sa vie. « Ce sera pour vous l’occasion de rendre témoignage. »

Pierre Claverie était évêque d’Oran. Ses amis, ses prêtres lui disaient : « Attention, vous parlez trop, vous prenez des risques ». Il leur répondait : « Je ne peux pas me taire ».ça lui a coûté la vie. Mais c’était pour lui l’occasion de rendre témoignage.

Les événements tragiques que Jésus prévoit, ce ne sont pas seulement les persécutions de ses disciples mais les malheurs du monde. « On se dressera nation contre nation, il y aura des tremblements de terre, la famine, les épidémies de peste… ».

On se reconnaît bien dans cette énumération. Au journal de 20 heures, on entend beaucoup parler de cela.

Les disciples, et nous aussi sûrement, aurions aimé une parole pour expliquer. Jésus n’explique pas, il constate. À plus forte raison, il ne justifie pas, comme si ces événements tragiques étaient voulus par Dieu. Vous savez bien qu’il y a encore des gens qui disent que la souffrance est envoyée par Dieu pour nous punir, pour punir le péché des hommes. D’autres disent que les souffrances, les maladies sont des épreuves que Dieu nous envoie pour notre bien !

Eh bien ! Non, non et non ! C’est le contraire de l’Évangile. Il faut dire de toutes nos forces à ceux qui en douteraient que ce n’est pas Dieu qui nous envoie cancers ou tsunamis. Il faut dire au contraire de toute notre foi que Jésus, que nous voyons pris de peine, de compassion guérir malades et infirmes, nous révèle le vrai visage d’un Dieu Père présent avec nous pour nous aider à vivre les événements qui nous arrivent ou à les combattre.

Retenons les dernières paroles de Jésus après sa résurrection : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ». Oui, le Christ est là avec nous, en nous par son Esprit d’amour pour que tout événement, même tragique, puisse être parfois avènement de plus de vie et d’amour. Depuis la résurrection, en effet, nous savons que Dieu peut faire surgir la vie même dans les décors de mort.

Voilà, j’espère que nous avons bien retenu que ce texte d’Évangile, qui ne semblait contenir que des menaces, n’est finalement que bonne nouvelle et message d’espérance.

Références bibliques : M1 3, 19-20 ; 2Th 3, 7-12 : Lc 21, 5-19

Référence des chants :