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Mon Seigneur et mon Dieu !

"Moi, je suis comme saint Thomas ! Je veux bien y croire, mais d’abord, d’abord il me faut voir !"

Frères et sœurs, nous connaissons tous des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes qui un jour ont usé du prénom de Thomas pour s’affirmer et justifier leurs doutes, leurs hésitations. Peut-être nous-mêmes nous est-il aussi déjà arrivé d’utiliser Thomas et le doute de Thomas pour excuser notre propre doute, notre manque de confiance, pour reculer devant l’engagement de notre vie. Thomas est sans doute l’apôtre le plus familier de la majorité de nos contemporains, y compris pour celles et ceux qui n’ont jamais ouvert la Bible et lu cette page de l’Évangile de Jean que nous propose la liturgie de ce jour.

Nous sommes le soir du premier jour de la semaine. Rendez-vous hebdomadaire, jour anniversaire de ce premier jour de la semaine où dans la résurrection du Christ, Dieu fait toute chose nouvelle. Les apôtres sont ensemble. Tous sont là. Enfin presque ! Il manque Thomas ! Le temps devrait être à la fête, il est à la peur. Les apôtres ont peur ! Peur comme nous aussi il nous arrive d’avoir peur. Et un rien, nous le savons bien peut nous faire peur. Un rien peut nous faire hésiter et même reculer. Nous avons peur de dire qui nous sommes, peur d’intervenir au nom de la justice, peur de prendre parti ou position, peur d’être reconnu, peur d’un engagement pour les plus pauvres et les exclus, peur de faire confiance, peur de perdre la face, peur peut-être tout simplement du doute.

Après la mort de Jésus, les disciples rasent les murs. Au cœur de la communauté des disciples paralysés par la peur et enfermés dans leur cénacle verrouillé, une parole se fait soudain libératrice et créatrice : « La paix soit avec vous ! ». Jésus est là, au milieu de ses disciples. Dans cette rencontre avec le Ressuscité, la peur recule pour céder la place à la confiance. Pour les disciples, l’horizon bouché se dégage. L’avenir s’ouvre. L’acte de foi devient possible.

Mais Thomas manque ce rendez-vous. Ce même Thomas qui peu de temps auparavant, dans une autre page de l’Évangile de Jean semble se positionner comme leader du groupe des disciples en les encourageant d’une parole forte à prendre la route avec Jésus pour aller rendre visite à Lazare qui est malade, oui, ce Thomas là manque le grand rendez-vous.

Mes amis, nous savons tous ce que nous ressentons lorsqu’il nous arrive de manquer tel ou tel rendez-vous important, lorsqu’il nous arrive de n’avoir pas vécu quelque chose dont tout le monde parle autour de nous, lorsque nous pensons que notre présence aurait été indispensable au bon déroulement des choses. Nous sommes sans doute un peu vexés d’être passés à coté de quelque chose. Ah si seulement nous avions été là !

Pauvre leader. Pauvre Thomas. Homme au rendez-vous manqué. Homme à la confiance si faible que la parole de ses amis ne suffit pas à ouvrir en lui le sillon de la foi. Thomas refuse de croire. Thomas veut voir, il veut toucher. Thomas doute et son doute est à la fois quête et recherche.

Autre jour, autre rendez-vous. "La paix soit avec vous !" Jésus est là, au milieu de ses disciples. Thomas est là. "Avance ton doigt, vois mes mains, touche !" Jésus entre dans le désir de Thomas. Lui qui voulait voir, lui qui voulait toucher, le voilà comblé. En entrant ainsi dans le désir de Thomas, Jésus éveille en lui une liberté extraordinaire qui semble dire "regarde, vérifie, et puis, sois libre, décide de toi-même, toi le douteur si peu capable de confiance dans la parole de tes frères, au vu de ce que tu vois, décide de toi-même".

Thomas n’a pas d’autres signes que les plaies qui ont conduit Jésus à la mort pour comprendre qu’il est ressuscité. Touchant les plaies du Christ, Thomas touche à la réalité et à la grandeur du don que Jésus fait de sa vie. Christ est vrai parce qu’il se donne. Christ est vrai parce qu’il a payé de sa vie pour nous sauver et ouvrir devant nous la porte de Dieu. Thomas est sur le chemin de la reconnaissance de son Seigneur. Un chemin qui, dans la liberté, le conduit à l’acte de croire. Un chemin qui demande une démarche personnelle, un engagement, une adhésion, une parole de foi : "Mon Seigneur et mon Dieu !".

Mes amis, d’une certaine manière, l’aventure de Thomas est le récit de notre propre aventure spirituelle que nous pouvons relire et parcourir comme un chemin qui nous conduit à l’acte de croire. Nous avons tous connus des hommes et des femmes, des témoins du Ressuscité qui, un jour, en nos vies, ont semé une parole qui nous a marqués, que nous avons portée et ruminée jusqu’au moment où cette parole s’est faite fondatrice d’un acte de foi dans le Dieu de Jésus-Christ reconnu comme compagnon de nos routes humaines.

Le Pape Jean-Paul II a été pour notre monde un des ces hommes, un de ces témoins… Ardent défenseur des droits de l’homme, portant partout une attention particulière aux jeunes et aux blessés de la vie, aux pauvres et aux petits, infatigable pèlerin, il n’a eu de cesse d’annoncer le Christ à tous les hommes, sous toutes les latitudes. Et nous pouvons rendre grâce.

Vous qui vous préparez à recevoir le sacrement de la confirmation, vous êtes aussi invités à parcourir et à relire le chemin de votre rencontre avec le Christ. Apprenez toujours plus à découvrir, à reconnaître le Ressuscité au cœur même de votre vie. En recevant le sacrement de la confirmation vous dites votre foi. Et d’une certaine manière, l’Église, dans ce sacrement, vous répond. Elle vous dit combien elle reconnaît dans votre foi la foi de l’Église, elle vous dit, aussi et surtout, combien elle vous fait confiance sur la manière dont vous allez vivre de cette foi en Christ et sur la manière dont vous allez être ambassadeurs du Christ pour vos contemporains, car c’est à cela que votre confirmation vous appelle.

Si un jour en votre vie survient le doute, n’ayez pas peur du doute. Comme Thomas parlez en autour de vous, avec des amis et des frères. L’Église existe aussi pour permettre cela. Elle nous donne des frères. Laissez le Christ vous rejoindre, vos frères en sont le plus beau visage. Vous savez, la foi n’est jamais aussi sincère, aussi profonde, aussi solide que lorsqu’elle a traversé les flots du doute.

Puisse la quête de Thomas nous pousser à aller toujours plus, au-delà de nos doutes, dans le mystère même du Christ Ressuscité pour que nous puissions dire peu à peu, comme l’apôtre Paul : "Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi".

Références bibliques :

Référence des chants :