Depuis, nous ne cessons de confesser sa foi. Mais la foi de Pierre n’est pas le roc pur et dur des certitudes intransigeantes. Car le même Pierre qui voulait donner sa vie pour Jésus a renié ! Pierre a chancelé, le Christ l’a relevé. Pierre est devenu le roc de la miséricorde. Pierre a renié ; Jésus était pourtant à côté, dans le prétoire… Pierre aimait son Seigneur, mais il était faible… Que de larmes il a versées ! Pourtant, si le souvenir de cette faute ne le quitte plus, il se souvient plus encore du pardon reçu. Aussitôt son reniement, aussitôt le chant du coq, Jésus se retourna vers lui : regard plein d’amour que Pierre n’oubliera plus.

Nous avons eu, nous aussi, nos reniements. Que de pleurs après ! Des années de détresse peut-être ! Mais la lumière de Dieu est enfin venue, à la faveur d’une rencontre, d’un pèlerinage, d’une confession… Oui, Dieu nous a libérés. Que s’est-il passé ? Ecoutons les deux paroles de Jésus à Pierre : elles lui rendent sa dignité. Nous verrons alors notre vie s’illuminer.

Première parole : «Pierre, m’aimes-tu ?» Par trois fois, Jésus l’interroge, faisant ainsi allusion à son triple reniement. Plein de délicatesse, Il ne dit pas, de façon crue : «Tu m’as renié, mais je te pardonne». Ce serait déjà là une parole forte, mais centrée sur la faute. Or, Jésus interroge non sur le péché, mais sur l’amour de Pierre, sur son amour faible, pauvre, mais réel. Jésus n’évoque le douloureux reniement que pour donner à Pierre l’occasion de l’effacer en manifestant son amour. Pierre n’oubliera pas : j’ai renié mais Jésus m’a relevé en libérant l’amour en moi, joie du pardon. Nous aussi, nous sommes bouleversés par nos fautes. C’est là prendre acte de notre responsabilité. Nous confessons notre péché, bien sûr ! Mais le Seigneur nous relève lorsque nous confessons enfin notre amour pour lui. C’est l’amour qui purifie – brûlure un temps douloureux – mais c’est l’amour qui restaure. Ce qui nous sauve, c’est cet amour que le Christ fait surgir de nouveau au plus profond de nous. Vous le savez aussi, Jésus peut faire naître un amour plus fort que la mort dans le coeur le plus fermé, auteur des crimes les plus abominables ! Nous prions pour ces frères. Jésus est venu sauver l’irréparable. «Pierre, m’aimes-tu ?»… Jésus redonne aussi sa dignité à Pierre.

Dans sa seconde parole : «Pais mes brebis», Jésus donne à Pierre la responsabilité du peuple, la charge de toute l’Église. Bien avant sa passion et sa résurrection, Jésus l’avait choisi : «Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église». Jésus le lui redit aujourd’hui… mais quelle nouveauté : Pierre n’est plus cet homme au coeur d’or mais impulsif et léger, il est devenu cette pierre de miséricorde. Sa tâche sera celle d’encourager, d’affermir ses frères. Qui mieux que lui peut comprendre les difficultés du peuple, lui qui, pauvre, a été relevé ?

La responsabilité de Pierre, c’est aussi celle de nous tous, pécheurs pardonnés. Toujours celui qui retrouve sa dignité auprès de Dieu, reçoit en partage des frères et des soeurs. Libre, il peut enfin les aimer de façon vraie. Il sera pour eux comme un «berger», comme un guide, comme une lumière pour leurs pas. L’ardeur nous saisit de vouloir sauver le monde ! Rien ne doit nous arrêter.

Jésus peut conclure. Il honore maintenant la demande fondamentale de son apôtre. Pierre voulait donner sa vie pour lui. Jésus lui annonce qu’il le fera effectivement, et même que ce don aura une portée qu’il n’avait pas imaginée. Pierre aura fait grandir l’église. Quand il s’offrira à la suite de Jésus, il sera invisiblement habité par une multitude, cette humanité dont il porte l’avenir en son coeur. Frères et Soeurs, nous ne mourrons pas seuls ! Mystérieusement mais réellement, nous entraînerons ces peuples qui nous habitent, ces êtres que nous aimons, ceux-là aussi avec qui nous nous sommes réconciliés… nous les entraînerons avec nous vers la Vie.

Jésus termine en disant, à Pierre, à chacune : «laisse monter l’amour qui est dans ton coeur ! N’aie pas peur ! Suis-moi !»

Références bibliques :

Référence des chants :