Ma flamme est si fragile !

Pourquoi ces jeunes filles sages et sensées ne donnent elles pas de leur huile aux autres ? Elles attendent l’amour puisqu’elles attendent l’Epoux et elles ont ce geste égoïste ! Etonnant ! Pire : l’Epoux va se servir de leur geste pour refuser d’accueillir leurs compagnes à leur retour. Est ce une nouvelle victoire de l’individualisme, chacun tirant son épingle du jeu ?

J’espère que non. Je sais que non parce que j’ai vu ce geste des lampes allumées par les jeunes confirmands dans notre église de Grigny et cela m’a éclairé, si j’ose dire.

Regardons cette parabole : elle est située par Saint Matthieu à la fin de son Evangile, un peu avant l’arrestation de Jésus. Or la situation des apôtres au moment de Gethsémani est très voisine du scénario de cette parabole : ils dorment alors qu’ils devraient être éveillés (comme les jeunes filles) et ils ne sont pas prêts à accueillir l’Epoux parce qu’ils vont fuir au moment crucial. Ces jeunes filles pour moitié insensées et pour moitié avisées sont la figure de l’Eglise qui attend le Bien Aimé comme les Apôtres sont figures de l’Eglise Epouse. Toutes s’endorment, comme les apôtres seront absents et feront défaut quand on va arrêter le berger.

De ce parallèle, je tire cette réflexion sur l’attente : c’est long d’attendre… d’attendre le Christ, l’Epoux. D’attendre, comme certains attendent que la foi tombe sur eux comme une révélation fulgurante, comme un feu du Ciel. Mais la foi tombe rarement comme cela en direct. Elle passe beaucoup plus souvent par des intermédiaires humains, des évènements, en tout cas, toujours par l’Eglise qui a les moyens de communication adaptés pour cette rencontre de Dieu.

C’est pour cela que je vous regarde, vous les confirmands. Ce que vous demandez à Dieu dans ce sacrement, c’est cette force pour communiquer dans la vérité avec le Seigneur, cette force qui ne vient pas de vous, mais de Dieu et qui a pour nom l’Esprit du Seigneur. Dans l’Ancien Testament, cette force avait un autre nom, un premier nom : la sagesse de Dieu, sa sagesse resplendissante. «Celui qui la cherche ne se fatiguera pas, il la trouvera assise à sa porte. Celui qui veille en son honneur sera délivré du souci». Attendre Dieu, ce n’est pas tenir passivement une lampe, c’est chercher le carburant qui va dans la lampe : le carburant de la sagesse de Dieu que nous trouvons dans le patrimoine de l’Ecriture Sainte. Si nous ne nous appuyons que sur nous mêmes pour chercher Dieu, nous ne tiendrons pas longtemps la route : notre lampe va s’épuiser. Devenir croyant en Dieu, en Jésus Christ qui est le chemin et la vérité, c’est entrer dans une histoire où d’autres avant moi ont cherché et laissé à notre porte la sagesse resplendissante du mystère de Dieu. Il n’y a pas de foi réaliste sans un peuple croyant (ou alors nous faisons de l’auto persuasion). Pas d’acte de foi sans ce corps vivant d’une tradition et d’un peuple qui nous donnent accès au mystère insondable de Dieu. L’huile de la lampe est pour nous ce matin, ce don de la persévérance spirituelle transmis au moment de la Confirmation : la puissance de la sagesse de Dieu remise entre nos faibles mains.

Cette huile qui permet de durer dans l’attente du jour des noces donne aussi le courage spirituel d’être saint dans notre monde de brutes. Oui, on peut toujours attendre qu’un autre commence à faire du bien quand tout le monde fait du mal. Mais la Parole de Dieu nous dit le contraire. En effet, dans la parabole, tout le monde reçoit une lampe, tout le monde est invité aux noces. A tous, il est donné de pouvoir briller, aux sages comme aux insensés, aux bons comme aux mauvais. C’est après que les choses se compliquent. Les insensées pensent que cela suffit. Autrement dit, elles se suffisent à elles mêmes. Comme Pierre à Gethsémani qui s’appuie sur lui seul et trahit alors qu’il était sincère au moment de son engagement. A Gethsémani, Pierre épuise la lampe de sa foi. Il grille ses batteries spirituelles car il ne compte que sur lui. Il se met spirituellement du même côté que ces jeunes filles insensées dont parle la parabole. Et le Christ est livré. Et le Christ rend l’Esprit. Tant que le don de Dieu n’est pas fait, l’homme tombe. Or aujourd’hui, le don est fait. Jésus Christ a répandu la vie de l’Esprit dans son Corps qui est l’Eglise. A nous, Eglise, de recevoir ce que Jésus nous donne pour tenir notre lampe allumée.

C’est l’un des sens de cette terrible répartie, à la fin de la parabole : «Allez vous chercher vous-mêmes de l’huile chez les marchands» : il y a des réalités qu’on ne peut pas se transmettre les uns aux autres. Il y a des dons qu’un homme ne peut pas faire à une autre personne parce que c’est Dieu lui même qui le fait. Il en est ainsi de la foi et du don de l’Esprit.

Un homme peut donner son témoignage, mais Dieu seul donne la foi. Un homme peut donner du courage, mais Dieu seul peut donner l’Esprit. Ces dons existent et sont à la disposition de tous. La foi ne se capitalise pas, l’Esprit Saint ne se provisionne pas. Ces jeunes filles sensées ne sont pas propriétaires de ce qu’elles ont reçu. Elles ne peuvent que nommer l’endroit qui les a nourri, approvisionné. Et cet endroit, c’est l’Eglise.

«Tu es béni, Seigneur, pour l’ Eglise qui tient cachée en son mystère tant de ressources spirituelles. Tu es béni par ceux qui reçoivent le don de l’Esprit. Tu es béni pour ta sagesse, Seigneur, ton Esprit Saint qui, comme l’huile sainte, permet à nos lampes si fragiles de brûler».

Références bibliques :

Référence des chants :