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Le trésor, c’est toi !

J’ai longtemps identifié le royaume à un trésor, à un négociant ou à un filet, sans y voir grand-chose d’autre qu’une histoire d’homme chanceux, tombé sur une aubaine… un peu comme vous entendez distraitement à la radio qu’un tel a gagné des millions au loto. On est content pour lui, voire un peu envieux, et cela ne va pas plus loin. Vous aussi, peut-être, comme moi, vous êtes content pour ces gens dont parle Jésus, mais sans vous sentir trop concernés. Et si ces histoires, pourtant, parlaient justement de moi, de chacun de vous…

En réalité, il faut d’abord lire la parabole comme un tout. C’est bien l’événement, le récit, dans son entier, qui est comparé au règne de Dieu, depuis l’heureuse découverte, en passant par la vente de tous ses biens jusqu’à la transaction finale. Le royaume est bien plus qu’un trésor ou qu’une perle, bien autre chose qu’un renoncement à tout, très différent d’une opération commerciale particulièrement juteuse ou d’un heureux tirage au sort. Le plus important dans le récit est le contentement, la découverte qui donne tellement de joie, qui fascine tant, qu’on est prêt à tout pour cette attirance, pour cette joie inattendue. « La joie », dit le philosophe Jean-Louis Chrétien, « c’est l’arrivée en moi et chez moi, par surprise, d’un invité impromptu, l’Esprit Saint ».

Deux personnes sont tombées sur une chose extrêmement précieuse : l’un, par hasard, l’autre après une patiente recherche. Le premier doit tout vendre pour acheter le champ. C’est probablement un pauvre, un travailleur journalier. Le second, négociant en perle fine, un gros négociant sûrement, fait du commerce un peu partout et finit par trouver la perle rare. Le royaume de Dieu est destiné aux pauvres comme aux riches, à ceux qui tombent dessus à l’improviste, sans intention préalable, car ils n’ont guère le temps de s’en soucier beaucoup, comme à ceux qui ont pu le chercher depuis longtemps.

Je pense à cette femme, Aurélie, venue à l’église pour le mariage d’un couple d’amis, et soudain bouleversée lors de la prédication. Elle a demandé le baptême, pour elle et ses enfants. Je pense à saint Norbert, le fondateur de notre communauté religieuse, l’ordre de Prémontré, baptisé depuis longtemps, mais qui entend soudain, en chemin, cette parole du psaume : « Cesse de faire le mal, fais le bien, poursuis la paix, cherche-là ». Il quitte alors son existence superficielle pour vivre pleinement de la grâce de son baptême.

Au fond, la double parabole du trésor et de la perle est d’abord autobiographique. Jésus dit ici quelque chose de sa propre histoire et du choix fondamental de sa propre vie : venu dans le champ du monde, il y a découvert un trésor, une perle précieuse : ce trésor, cette perle, c’est l’homme lui-même, qui est fait pour Dieu. Alors, dans sa joie, il donne tout, il laisse tout, pour le règne de Dieu ! Il donne sa vie pour posséder le champ, la perle, c’est-à-dire notre propre cœur, notre propre existence, pour y allumer, par sa Passion, le feu ardent de son amour et de son Esprit.

Oui, le Christ est mort pour nous. Il est ressuscité, il est vivant. Il nous donne sa vie. Sa vie, c’est le prix qu’il a mis pour réconcilier l’humanité avec Dieu, pour faire de notre humanité une multitude de frères, pour nous donner sa gloire.

Frères et sœurs bien-aimés, l’eucharistie est la célébration de ce grand mystère dans lequel Dieu livre son propre fils. Ici à Mondaye et partout où vous êtes et d’où vous prenez part aujourd’hui à cette célébration, vous êtes ce trésor sans prix, caché dans le champ du monde. Laissez-vous trouver maintenant par le Christ ! Acceptez de lui appartenir, d’être à lui. Il vous cherche car c’est lui qui vous a fait.

Alors, avec saint Augustin, disons-lui à notre tour : « Tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne repose en toi. » Amen !