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Ici il y a un homme, Jean-Baptiste. Il y a un message, il est sévère. Beaucoup d’entre nous savent qu’il est décisif, qu’il peut changer le cours d’une vie.
De ce fait l’événement premier, ici, n’est pas la lecture d’un texte que nous aimons mais ce que cet homme et ce message produisent en nous. « Une voix crie dans notre désert. »
Jean-Baptiste est l’homme de l’essentiel.
Un vêtement de poil de chameau, une ceinture de cuir, il se nourrit de presque rien. Autour de cet homme seul, le désert. Rien ne l’encombre et rien ne le distrait. Il n’a pas d’argent ni de bibliothèque. Il brûle sans se consumer comme le Buisson Ardent. Il est plein de la présence de Dieu. Comme un chrétien qui communie. Il s’est jeté dans le désert en notre nom à tous, « réservé pour la joie unique d’entendre la voix du Seigneur » : il va nous rendre attentifs. Jean-Baptiste est aussi un homme de violence dont les cris étonnent car on accourt à lui dans le désert : « Engeance de vipères qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? » « N’allez pas dire en vous-même nous avons Abraham pour père… » « Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être jeté au feu. »
Il faut aimer beaucoup pour être ainsi sévère. Il faut réveiller l’homme de ce qui l’endort loin de l’amour de Dieu. Loin de la foi. Loin de l’Agneau de Dieu. Il a droit de savoir que Dieu l’aime. Qui ne souhaiterait que les prêtres, que les hommes politiques… que tout homme ait parfois ce langage qui prend « à rebrousse poils » parce que la vérité est en jeu ?

2. J’aime les passages où Jésus nous dit que Dieu nous cherche.

Il est difficile de faire découvrir à d’autres ce qu’est Dieu pour nous (mais nous le savons)… Qui le supprimerait de son champ de recherche ? La violence même de Jean-Baptiste nous indique qu’entre Dieu et l’homme, c’est une relation vive qui secoue des vivants sinon il ne se passe rien. Je m’explique. Il y a un vers magnifique de Vigny à la fin de « La Maison du Berger » : « Pleurant comme Diane au bord de ses fontaines Ton amour taciturne et toujours menacé. » Vigny Quand un homme est pris par une inquiétude, il peut être atteint par un appel. Lequel d’entre nous ne sait pas ce que c’est que d’avoir du tourment ou de la joie pour quelqu’un ? Il y a des moments où le coeur de l’homme est inquiet, mais il est frémissant… Il vit ! Il frémit devant l’exaucement de son désir, il est troublé dans la menace de son éloignement. Mais il vit.
Dieu voudrait bien être Celui qui inquiète le coeur de l’homme.
Pour moi c’est le sens de toute la Bible. Notre histoire en tous temps est une « histoire de bruit et de fureur » mais en elle il y a la découverte du nom de Dieu… Dieu se préoccupe pour l’homme : voilà ce que découvrent les hébreux après le passage de la Mer Rouge… pour eux Dieu était à l’oeuvre. C’est pourquoi « le Cantique de Moïse » dans l’Exode est comme la première confession de foi. Vous ne me croyez pas ? lisez aussi le « Cantique des cantiques ». Dieu est partenaire, il est là.
Dieu ne souhaite qu’une chose : s’expliquer avec chacun de nous comme il le fait avec son peuple… comme l’ont fait en son nom les prophètes, comme le fait le dernier d’entre eux aujourd’hui, Jean-Baptiste.
Comme j’aime le cri de Claudel converti : « Voici que tu es quelqu’un tout à coup. » Certains s’imaginent qu’ils ne sont pas intéressants pour Dieu. Une telle pensée est le contraire de la foi. Le contraire de la foi ce n’est pas de douter de Dieu mais de son intérêt pour ce pauvre homme que je suis. C’est le péché de Caïn, de Judas.

3. L’annonce d’un événement imminent, d’une Présence.

« Convertissez-vous, le royaume de Dieu est tout proche. » Voilà le message de Jean. C’est un cri d’espérance et une profession de foi. C’est pour cela que l’évangile cite la lointaine annonce du prophète Isaïe : « Une voix crie dans le désert, préparez une route pour notre Dieu » ; Jean-Baptiste est adossé à tous les prophètes : au prophète Élie qui lui aussi annonçait la vivacité de Dieu : « Il est Vivant Celui devant qui je me tiens » (1 Samuel XVII).
Voilà ce qui nous est donné à croire ; voilà proprement l’annonce chrétienne : c’est une parole efficace, celle qui sera relayée par la même annonce cette fois faite par Jésus lui-même quelques versets plus loin. C’est pourquoi nous ouvrons le Livre avec une main tremblante.
De l’homme à Dieu il y a toujours cet affrontement et c’est ce qu’avec vigueur clame Jean-Baptiste au nom de Celui dont il est le héraut et le précurseur. « Il vient après moi, celui qui est plus fort que moi et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. »
Le Seigneur s’adresse toujours à une liberté et c’est cet affrontement qui construit un homme. Cette présence nous arrache peu à peu « au cercle enchanté de la vanité ». La vanité ? ce sont nos erreurs de perspective, de jugement, nous donnons tant d’importance à ce qui devrait s’ignorer ou s’oublier, la fascination pour ce qui est passager et dans notre tête nous sommes pris au piège.
Un autre prophète, Jérémie, livre cette parole de Dieu : « Ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive pour des citernes qui ne retiennent même pas l’eau » ce sont tous les abandons de la société.
Les paroles d’exigences sont les paroles d’un amour inquiet.
Le temps de l’Avent a de ce fait cette note de frustration et de joie en même temps… car la foi est en même temps présence et écart.
Ainsi il y a deux mille ans il y a eu un plein de l’histoire… Qu’en ont fait les hommes ? Il ne faut pas que ça se reproduise jusqu’à la fin des temps. « Qu’avons-nous fait de l’attente ? » demandait Teilhard de Chardin, pensant que s’il n’y avait plus cette attente le monde serait mort et revenu de tout… où est l’issue du monde dans le chaos où nous sommes ?… la libération sexuelle ou les frivolités ou les dérisions de certaines émissions ne résolvent rien… en revanche un couple qui s’engage sur le chemin d’aimer… d’initier un enfant à l’amour du monde et des gens… C’est à pleurer de joie… il y a un psaume qui dit cela très bien : « Tu fais des enfants un rempart contre les adversaires ». La présence du Christ révélera ce que nous avons choisi. Il est proche pour nous parler à hauteur de ce que nous sommes capables de comprendre. « Il tient en main la pelle à vanner… il amasse le grain… » Il révélera ce que nous avons construit nous-mêmes, il y a le grain dur et la paille qui s’envole. L’évidence de la conséquence de nos choix.

4. L’accomplissement du salut par le don de l’Esprit.

« Le plus fort que moi vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu » : le feu est sans doute celui de la passion et l’Esprit que livre Jésus au moment de mourir, la présence même de Dieu en nos coeurs.
Voilà la Révélation, l’annonce de l’événement nouveau. C’est lui que nous allons invoquer sur notre assemblée et sur le pain et le vin. En ce moment on joue beaucoup de pièces de Paul Claudel. Elles décrivent toutes cet affrontement du Dieu d’amour qui « cherche » l’homme et la résistance de l’homme. Il y a cette phrase qui dit l’insistance de Dieu au coeur de l’homme « voici que de nouveau j’entends l’inexorable appel de la voix merveilleuse ».

Voilà le surgissement de l’Avent qui s’opère dans l’Église.

Références bibliques :

Référence des chants :