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Que sera donc cet enfant ? À la naissance d’un enfant, les amis de la famille et les voisins qui entourent le berceau se demandent : « Que sera cet enfant ? », et : « Quel est son nom ? » Telles sont les questions des amis d’Élisabeth et de Zacharie… « Ils voulaient l’appeler Zacharie, comme son père. » « Son nom sera Jean », dit Élisabeth. Tout le monde est étonné : « Personne dans la famille ne porte ce nom-là ! » Un nom nouveau pour un destin d’exception. Jean est aimé et appelé personnellement pour tenir une place qui n’appartient qu’à lui.

N’imiter personne. Cet épisode me rappelle une histoire hassidique. Les membres d’une communauté demandent à celui qui la dirige pourquoi, en bien des choses, il se comporte autrement que son père à qui il a succédé: « Je fais en tout, leur dit-il, exactement comme avait fait mon père. Et de même qu’il n’avait imité personne, je fais en sorte de ne pas l’imiter. » Beaucoup de saints ont commencé par vouloir imiter un modèle. Saint Ignace lit la Légende dorée et pense : « Pourquoi ne ferais-je pas ce qu’a fait François d’Assise ou ce qu’a fait Dominique ? » Jusqu’à ce que, sous l’action de l’Esprit Saint, dans la prière et l’errance du pèlerinage, il trouve sa voie propre, originale.

Une mission unique. Jean-Baptiste n’imite personne. Il a reçu une mission singulière. Il a suivi une voie propre. Les lectures de ce jour parlent d’un choix unique, d’une « pré-dilection » exceptionnelle : « Dès le sein de ma mère, Dieu m’a appelé. ». « Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur. » « Il m’a dit : Je vais faire de toi la lumière des nations. » Beaucoup plus tard, la question posée à sa naissance est adressée à Jean lui-même par ceux qui viennent le voir sur les bords du Jourdain : « Qui es-tu ? ». Les réponses de Jean sont négatives : « Je ne suis pas le Messie. Ni le grand prophète. Ni Élie ». … Jean-Baptiste est unique. Qui es-tu alors ? « Mon nom est Jean ».

Heureux qui est appelé par son nom. Nous pensons, avec envie : il est heureux, celui qui est tiré du lot commun de l’humanité, distingué et aimé personnellement ! Celui qui a reçu une mission assurée par aucun autre. La mission d’annoncer la venue du Messie. Et plus que cela encore : la mission de proclamer la venue de Dieu parmi nous. D’accueillir celui qui, au Jourdain, prend place dans la file des pécheurs pour recevoir le baptême et la consécration de l’Esprit !

« Personne n’a encore été moi. » Bien sûr, l’histoire de Jean-Baptiste est unique. Mais est-ce qu’il n’en va pas ainsi de tout être humain ? Jean-Baptiste n’est pas un modèle parce qu’il est exceptionnel, mais parce qu’il a entendu l’appel singulier qui lui était adressé, et qu’il y a répondu de manière exceptionnelle. Certes il a apporté quelque chose d’unique dans l’histoire du monde. Mais est-ce qu’il n’en va pas de même de chaque homme ? Chacun apporte quelque chose d’unique à l’histoire de l’humanité. Chacun est exceptionnel. Chacun est porteur d’une lumière neuve. Dans un roman lu récemment (Le livre des illusions de Paul Auster), un personnage déclare : « Personne n’a encore été moi. »

Dieu m’appelle par mon nom. Cela est encore plus vrai aux yeux de Dieu. Il nous dit à chacun : « Personne encore n’a été toi. » « Tu as du prix à mes yeux car je t’aime. » Comme il est difficile de croire que Dieu m’aime, moi, personnellement ! Qu’il m’appelle, moi, personnellement, par mon nom, qu’il attend de moi un service singulier. Mystère de Dieu infini dans son amour… Si je n’entends pas cet appel, je manquerai ma vie. Je ferai défaut à beaucoup de personnes qui comptent sur moi, sur ce que j’ai à dire, à être, à faire, moi et moi seul. L’attention à la Parole intérieure nous donne d’entendre ce que l’Esprit Saint dit à notre esprit, ce que Dieu me dit, de personne à personne, ce qu’il attend de moi.

Références bibliques : Jr 1, 4-10 ; 1 P 1, 8-12a ; Lc 1, 5-17

Référence des chants :