Etre saint, c’est se laisser traverser par Dieu

Sans doute, frères et sœurs, vous souvenez-vous de cette histoire d’enfant qui visitait avec son papa une belle église comme celle de Thierenbach et qui lui demanda qui étaient les personnages qu’il voyait représentés sur les vitraux, et le papa de répondre à son enfant : « eux, mon fils, ce sont les saints ». Et l’enfant de répondre aussitôt à son père : « Alors les saints, ce sont ceux qui laissent passer la lumière ! »

Oui, frères et sœurs, voilà ce qu’est être saint : être saint ça n’est pas être parfait, mais c’est être traversé par Dieu, se laisser traverser par sa lumière ! Les Béatitudes que nous venons d’entendre ne disent pas autre chose : elles ne disent pas « Heureux les parfaits ! Heureux les sans défauts », mais plutôt : « Heureux les pauvres ! Heureux ceux qui pleurent ! ». Oui, être saint, comme le suggèrent les Béatitudes, ce n’est pas avoir toutes les qualités pour réussir dans la vie, mais c’est s’en remettre radicalement à Dieu qui passe à travers les failles de nos vies souvent bien imparfaites. On pourrait de ce point de vue ajouter au cortège de Béatitudes que nous venons d’entendre, une dixième béatitude- apocryphe celle-là : « Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière ! » Les saints en effet, ne sont pas forcément des gens brillants, mais ils rayonnent. Comme les vitraux, ils sont beaux parce qu’ils sont traversés par la lumière de Dieu.

Mais attention, frères et sœurs, si les saints ont en commun de s’être tous laissés traverser par la lumière de Dieu, ils ne se ressemblent pas tous pour autant !

En effet, la sainteté ne neutralise pas les talents ou le caractère singulier des hommes, au contraire, elle les déploie ! Tout en appartenant à une même famille, chaque saint est unique : il y a des saints drôles comme Philippe Néri, des érudits comme Thomas d’Aquin ou des généreux comme Mère Teresa de Calcutta. Oui, chaque saint garde sa personnalité unique et singulière, parce qu’être saint, ça n’est rien d’autre que révéler nos charismes, laisser la lumière de Dieu mettre au jour les dons qu’il a déposé en nous !

Et si chaque saint garde à ce point son caractère unique et singulier, c’est parce que, tout simplement, frères et sœurs, les saints sont libres ! Oui, ils sont libérés du poids de je ne sais quel destin. Se jouant de la fatalité, ils ne s’arc-boutent pas contre les événements, mais ils les transforment. Ils ne se raidissent pas, mais ils rebondissent. Et leur liberté leur donne d’avoir souvent une attitude anticonformiste : ils osent, comme Catherine de Sienne, qui malgré son illettrisme, osera aller trouver le Pape en Avignon pour le ramener à Rome ! Oui, en bien des circonstances qui pourraient nous apparaître tragiques, les saints osent, ils font preuve de culot, ils nous sortent du conformisme ambiant et ça fait du bien : parce qu’ils sont libres ! Libres de se laisser habiter par Dieu et d’inventer la vie qui va avec !

Alors, frères et sœurs, vous l’aurez compris, si vous n’êtes pas parfaits, si vous percevez en vous une singularité inaliénable à laquelle vous ne voulez surtout pas renoncer et si vous êtes foncièrement anticonformistes, la sainteté est pour vous : en vous laissant traverser par Dieu, vous serez libres, uniques et rayonnants ! En répondant à son père que les saints sont ceux qui se laissent traverser par la lumière, l’enfant se laisse lui-même traverser par la sagesse et la lumière de Dieu. Il ne laisse pas la sainteté sur les vitraux, mais elle descend en lui. Alors, à l’image cet enfant, ne laissons pas non plus la sainteté sur les vitraux, mais laissons-la descendre en nous !